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    Bureau de la liberté religieuse - Retour en arrière

    22 février 2013 |Bernard Descôteaux | Canada

    Le premier ministre Stephen Harper a procédé cette semaine à la mise sur pied du Bureau de la liberté de religion, dont la création avait été promise lors de l’élection de 2011. Ce geste permet de voir ce qui distingue l’actuel gouvernement conservateur de ses prédécesseurs.


    Le Canada n’a pas toujours été exemplaire en matière de respect des droits et libertés de ses propres citoyens - pensons à l’internement de Canadiens d’origines japonaise et allemande pendant la dernière guerre ou encore à l’emprisonnement sans mandat de Québécois pendant la Crise d’octobre. Dans une sorte de sursaut instinctif, il a cherché ces dernières décennies à se faire le champion de la défense des droits et libertés à l’étranger.


    C’est ainsi que le gouvernement de Brian Mulroney institua en 1988 le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, connu par la suite sous le nom de Droits et Démocratie. La loi l’instituant, saluée par tous, lui octroyait un statut indépendant. Le choix de son premier président en la personne de Ed Broadbent, ancien chef du NPD, confirmait le caractère apolitique du nouvel organisme qui était libre de déterminer ses priorités d’action.


    Droits et Démocratie n’existe plus. Il a été définitivement dissolu il y a dix-huit mois au terme d’une guerre sourde que lui mena le gouvernement Harper, qui lui reprochait de mener des politiques contraires aux siennes. Le Bureau de la liberté de religion vient en quelque sorte le remplacer, mais en est tout à l’opposé.


    Le nouvel organisme ne disposera d’aucune indépendance ni liberté d’action. Il sera intégré au ministère des Affaires étrangères et sera un « outil » de promotion de la liberté de religion qui devient « un élément prioritaire de la politique étrangère du Canada ». Son patron, qui aura le titre d’ambassadeur, aura pour mandat premier de faire de la sensibilisation par des conférences au Canada et à l’étranger tandis que son équipe de fonctionnaires se livrera à de l’analyse et à la mise au point de programmes et de politiques qu’il reviendra au ministre d’approuver et de mettre en oeuvre.


    Autre grande différence, ce bureau ne s’intéressera qu’à la liberté de religion plutôt qu’à la défense de l’ensemble des droits. Ce choix, étonnant, répond à la conviction du premier ministre que « la liberté de pratiquer sa religion selon sa propre conscience détermine notre personnalité et constitue donc le fondement de toutes nos libertés ». La liberté de religion est dans son esprit un préalable à l’émergence de la démocratie.


    À la différence des gouvernements précédents, celui de Stephen Harper établit une hiérarchie des droits : la liberté de conscience et de religion vient avant celle du droit d’association, de la liberté de parole, du droit à l’égalité des races et des sexes. C’est là une vision qui ne tient pas compte que les droits s’affrontent les uns les autres et que la liberté de religion peut devenir prétexte à une oppression. Les religions ont été et sont encore très souvent non pas les victimes, mais les oppresseurs.


    L’expression libre des convictions religieuses est bien évidemment bafouée dans nombre de pays. Le Canada n’est pas le seul État démocratique à se préoccuper des droits des minorités religieuses. Mais pourquoi établir une primauté de la liberté de religion sur les autres droits, sinon pour légitimer le virage religieux et moral que prend le gouvernement Harper dans sa politique étrangère ? Cela justifiera que le critère de la religion vienne colorer l’action humanitaire dispensée par l’ACDI et l’imposition de choix moraux relatifs à la sexualité. Voilà qui plaira aux fondamentalistes du Parti conservateur ainsi qu’aux électeurs des minorités ethniques. Pour l’ensemble des Canadiens, il y a dans cette politique un retour en arrière.

     
     
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