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    La réplique › L’avortement - Interdire l’avortement sexo-sélectif, un leurre?

    Les conservateurs cherchent à provoquer des débats basés sur des éléments non probants pour prendre le contrôle du corps des femmes

    31 janvier 2013 |Alexa Conradi - Présidente de la Fédération des femmes du Québec | Canada
    Le député conservateur Mark Warawa défend devant les journalistes sa motion contre les avortements sexo-sélectifs. Cette motion est un écran de fumée au service de l’obsession conservatrice et religieuse de contrôler le corps des femmes, estime Alexa Conradi.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le député conservateur Mark Warawa défend devant les journalistes sa motion contre les avortements sexo-sélectifs. Cette motion est un écran de fumée au service de l’obsession conservatrice et religieuse de contrôler le corps des femmes, estime Alexa Conradi.
    Le déclencheur

    « En mars prochain, la Chambre des communes à Ottawa débattra […] d’une motion qui a priori devrait rallier tout le monde et sa mère : M-312 condamne, parce que considérés comme discriminatoires envers les femmes, les avortements dits sexo-sélectifs visant à se débarrasser des fœtus féminins. Mais voilà. Comme chaque fois que le mot “ avortement ” émaille une initiative parlementaire, le débat sera tout sauf nuancé. Dans le coin gauche du ring, on retrouve déjà les opposants à la motion, les groupes de femmes et les pro-choix, au motif qu’elle rouvre le débat sur l’avortement. Dans le coin droit, ceux qu’on soupçonne de vouloir revenir 25 ans en arrière. Pourtant, divers sons de cloche (sondages, vox pop, lettres aux lecteurs) tendent à démontrer que les Canadiens n’aiment pas l’idée qu’on interrompe une grossesse seulement parce que celle-ci résultera en une fille. »

    Interdit levé, mais tabous créés, Hélène Buzzetti, Le Devoir, 26 janvier 2013.

    L'article Interdit levé, mais tabous créés aborde la question de l’avortement sexo-sélectif et affirme : « même la Fédération des femmes du Québec ne condamne pas la pratique ». Or, cette seule phrase peut induire en erreur. Afin d’apporter les nuances réclamées dans l’article, j’aimerais alors présenter la réflexion de la FFQ plus en détail.


    Nous affirmons que la préférence sociale pour les garçons et l’avortement sexo-sélectif sont inacceptables, car ils témoignent d’une inégalité profonde entre les femmes et les hommes. L’État doit-il pour autant intervenir dans le choix de femmes de disposer de leur corps et de décider de poursuivre ou non une grossesse ? À cela, la FFQ répond non, car une telle interdiction risque d’être inefficace et contre-productive alors que des solutions non sexistes existent.


    Pour la Fédération des femmes du Québec, les femmes doivent être au coeur de leur propre choix. Nous favorisons l’autodétermination des femmes et la lutte contre des systèmes d’oppression. Lorsqu’il y a tension entre les deux, il ne faut surtout pas introduire de nouvelles formes de contrôle social où les femmes perdent du pouvoir sur leur vie et sur leur corps. Il est important de faire confiance au jugement des femmes de savoir comment composer avec les préjugés et discriminations auxquels elles sont confrontées. Combattre le sexisme avec le sexisme ne nous avance pas.


    Retenir de l’information sur le sexe du foetus pourrait-il s’avérer une solution ? Non. Il a fallu des années de luttes pour que les femmes aient le droit de maîtriser leur propre vie. Nous sommes mal à l’aise avec l’idée que le personnel médical puisse être en possession d’informations auxquelles les femmes n’ont pas accès. Posséder l’information sur soi est indissociable à l’exercice de son droit à la liberté.


    Dans les pays où l’avortement sexo-sélectif est répandu, l’interdiction et le contrôle des femmes sont inefficaces. L’Inde, où la pratique est interdite, a connu une augmentation de la pratique. Semblent plus efficaces - en Corée du Sud, par exemple - les mesures substantielles sur les plans social et économique visant à offrir une plus grande égalité aux femmes. On parle de campagne de valorisation des filles, d’accès à l’éducation et au marché du travail.


    Aux États-Unis, où des républicains ont présenté des lois visant à interdire la pratique, des groupes féministes actifs au sein des communautés asiatiques craignent que les autorités médicales soient appelées à questionner certaines femmes, et non d’autres, sur le motif de leur avortement. On pourrait alors refuser un avortement à une femme d’origine asiatique sur la base de présomptions raciales ou culturelles. Elles se verraient privées d’un droit reconnu pour les autres femmes.


    Inventons-nous un problème au Canada ?


    Il n’existe pas d’étude, autre qu’anecdotique, pour déterminer avec assurance que la pratique existe au Canada. Ce qui n’a pas empêché les anti-choix de se lancer en campagne. Toutes les stratégies semblent bonnes pour réduire l’accès et le choix des femmes en la matière. D’ailleurs, les plus importantes voix pour un encadrement de l’avortement sexo-sélectif sont contre le droit à l’avortement et pour l’introduction de plus de restrictions. C’est le cas de Margaret Somerville, de REAL women, et de Rona Ambrose, ministre de la Condition féminine. C’est à se demander plutôt s’il s’agit d’abord et avant tout d’un phénomène médiatique.


    Avec sa motion, M. Warawa dit vouloir « protéger les filles » contre la discrimination en demandant au Parlement de condamner les avortements sexo-sélectifs. Cette motion est un écran de fumée au service de l’obsession conservatrice et religieuse de contrôler le corps des femmes. Les filles et les femmes n’ont pas besoin de protection, elles ont besoin d’une société égalitaire qui leur fournit les moyens de s’épanouir. C’est là où les conservateurs laissent tomber les femmes avec des politiques faisant reculer le financement des groupes féministes, l’accès à l’avortement à l’étranger, le droit à l’équité salariale, la sécurité des réfugiées victimes de violence conjugale et encore.


    En conclusion, nous constatons que les conservateurs cherchent à provoquer des débats basés sur des éléments non probants pour prendre le contrôle du corps des femmes. L’avortement sexo-sélectif en est un. Nous sommes contre l’avortement sexo-sélectif. Cependant, le moyen d’éviter que cela devienne un problème est de changer la société sexiste et d’assurer une vie égalitaire pour toutes et tous, mais pas de légiférer. Il demeure cependant encore et toujours que c’est aux femmes de décider.

    ***
     

    Alexa Conradi - Présidente de la Fédération des femmes du Québec













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