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    Mettez-y un peu de 1812

    Ottawa aimerait que les francophones et les autochtones utilisent leur fête annuelle pour commémorer la guerre anglo-américaine

    Le premier ministre canadien Stephen Harper à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, en septembre dernier, pour commémorer la guerre de 1812. Les commémorations dureront trois ans.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Le premier ministre canadien Stephen Harper à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, en septembre dernier, pour commémorer la guerre de 1812. Les commémorations dureront trois ans.
    Après le 200e anniversaire de la guerre de 1812, c’est maintenant l’heure du 201e. Les célébrations 2013 de la Saint-Jean-Baptiste et de la Journée nationale des autochtones devraient ainsi idéalement comporter un volet soulignant la guerre de 1812, souhaite le gouvernement fédéral.

    Le Devoir a constaté que dans les documents faisant la promotion du financement offert par Patrimoine canadien pour « la période du Canada en fête » - soit la journée des autochtones (21 juin), la Saint-Jean Baptiste, la Journée canadienne du multiculturalisme (27 juin) et la fête du Canada -, Ottawa « encourage les demandeurs [de financement à] intégrer le thème de la guerre de 1812 à leur événement », écrit-on.


    En effet, les célébrations du 200e anniversaire du conflit anglo-américain sont loin d’être terminées. La guerre ayant duré trois ans, les commémorations dureront elles aussi trois ans, a prévu et prévenu Ottawa.


    Le gouvernement conservateur estime que la lutte menée par des milices francophones, anglophones et autochtones aux côtés des forces armées britanniques pour contrer une invasion américaine en 1812 constitue un jalon essentiel de l’histoire canadienne. Pour témoigner de l’importance de l’événement, les célébrations entreprises l’an dernier se déploient d’une multitude de manières : exposition, application iPad, pièces de monnaie, monument, bande dessinée interactive, DVD éducatif…


    La directive encourageant à célébrer 1812 le 24 juin ne devrait pas trop affecter les fêtes organisées au Québec, indique toutefois le Mouvement national des Québécois (MNQ). C’est ce dernier qui organise ou gère l’ensemble des célébrations de la Fête nationale. Depuis mai 1977 et l’adoption d’un décret par le gouvernement Lévesque, ce n’est plus la Saint-Jean-Baptiste que les Québécois célèbrent officiellement le 24 juin, mais bien la Fête nationale.


    « Tout notre financement vient de Québec [3,6 millions], note le porte-parole du MNQ, Francis Mailly. Ottawa n’investit rien dans cette fête, à part le prêt des plaines d’Abraham pour un spectacle. Mais de toute façon, il n’y a pas de lien à faire entre la Fête nationale et les événements de 1812. On fête une nation et un peuple, pas un conflit. »

     

    Distorsion


    Ailleurs au Canada, Patrimoine canadien finance plusieurs fêtes de la Saint-Jean-Baptiste. Ottawa décrit cet événement comme « une célébration de l’identité, de la culture et de l’histoire francophones partout en Amérique du Nord ». Or, pour le député bloquiste Jean-François Fortin (Haute-Gaspésie), demander aux francophones d’intégrer à leur fête annuelle des éléments du conflit de 1812 constitue une « distorsion » de l’histoire.


    « Le ministre du Patrimoine a prétendu [en juin 2012] que cette guerre a servi à protéger le français, mais c’est faux et plusieurs historiens le disent », affirme M. Fortin. Il cite à l’appui les commentaires de l’historien Jacques Lacoursière, qui soutient que la guerre de 1812 a fait vivre au fait français ses pires années au Canada - notamment à cause de l’arrivée d’un grand nombre d’immigrants britanniques et de loyalistes.


    M. Fortin s’étonne aussi de la volonté du gouvernement de demander aux communautés autochtones de célébrer cette guerre. « Les autochtones ont beaucoup souffert de ce conflit, ils ont perdu de grands territoires », rappelle-t-il. En juin, l’historien Donald Fyson, spécialiste de la période et professeur à l’Université Laval, disait au Devoir que cette guerre n’a fait aucun gagnant, mais assurément un grand perdant : les autochtones.


    « Le gouvernement veut nous faire croire que les francophones et les autochtones ont gagné quelque chose avec cette guerre, dénonce ainsi M. Fortin. C’est toujours cette idée d’influencer la perception que les gens ont de l’histoire pour que ça corresponde à la vision des conservateurs. »


    Le critique néodémocrate en matière de patrimoine, Pierre Nantel, estime qu’en « proposant d’intégrer 1812 à des fêtes qui n’ont pas rapport, les conservateurs essaient d’imposer un [programme politique]. C’est une vision qu’ils veulent voir se répandre partout. Et pour des organismes qui ont besoin de financement, ça peut être difficile de dire non ». Jean-François Fortin craint pour sa part que « les projets qui intégreront 1812 soient favorisés par rapport aux autres ».


    Ottawa dit toutefois qu’il n’en sera rien. « Le choix d’intégrer la thématique de 1812 et la façon de le faire sont à la discrétion des demandeurs, indiquait lundi le porte-parole du ministre du Patrimoine, James Moore. Toutes les soumissions, dont celles qui n’intègrent pas d’éléments de 1812, seront soigneusement évaluées et révisées selon les modalités du programme. »

     
     
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