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    Scientifiques muselés par le Canada - Le Canada doit redonner leur liberté aux chercheurs à son emploi

    4 janvier 2013 |Marie-Andrée Chouinard | Canada
    Depuis plusieurs mois, le gouvernement de Stephen Harper a été vivement critiqué pour avoir apparemment empêché des scientifiques reconnus de communiquer les résultats de leurs travaux.
    Photo: The Wichita Eagle, Mike Hutmacher - Associated Press Depuis plusieurs mois, le gouvernement de Stephen Harper a été vivement critiqué pour avoir apparemment empêché des scientifiques reconnus de communiquer les résultats de leurs travaux.
    Une autre voix percutante dénonce « la relation défectueuse » entre les scientifiques et le gouvernement conservateur du Canada, accusé de museler ses experts en les empêchant de communiquer leurs découvertes. Dans une lettre envoyée au Devoir et au Globe and Mail, la Société royale du Canada (SRC) réclame une politique de divulgation qui protégerait l’indépendance des chercheurs et renforcerait « le rôle de la science dans l’élaboration des politiques publiques ».

    « Dans un contexte mondial en évolution constante, le Canada ne pourra réussir que s’il tire parti des meilleures recommandations scientifiques pour prendre des décisions », écrit Yolande Grisé, présidente de la SRC. « Dans l’immédiat, le gouvernement du Canada doit redonner leur pleine liberté aux scientifiques à son emploi et les laisser faire leur travail. C’est l’intégrité de l’élaboration de politiques publiques fondées sur les preuves qui est en jeu. »


    La relation constructive qui a existé entre les scientifiques et le gouvernement du Canada « est présentement en danger », poursuit la présidente de la SRC, un organisme fondé en 1882 regroupant scientifiques, chercheurs et gens de lettres, dont le rôle est de favoriser l’acquisition du savoir et la recherche. « La SRC a été fondée il y a 130 ans par un Acte du Parlement », rappelle-t-elle d’ailleurs. « On avait compris la nécessité du dialogue entre les politiques publiques et la recherche scientifique. »


    Un dialogue basé sur ces conditions : le devoir pour les scientifiques d’agir de manière éthique et intègre ; le devoir pour le gouvernement de « respecter les recommandations des scientifiques et de ne pas entraver la diffusion des connaissances scientifiques ». Cette seconde prémisse est mise en péril.


    Depuis plusieurs mois, le gouvernement de Stephen Harper a en effet été vivement critiqué pour avoir apparemment empêché des scientifiques reconnus de communiquer les résultats de leurs travaux. Des groupes de communicateurs scientifiques, irrités par les nouvelles embûches les empêchant de discuter directement avec des chercheurs, ont dénoncé ces nouvelles pratiques de communication.

     

    Des cas célèbres


    Quelques célèbres cas ont fait la manchette : celui de David W. Tarasick, chercheur scientifique principal chez Environnement Canada, et son incapacité de causer d’une découverte percutante sur la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique. Celui de Kristi Miller, scientifique chez Pêches et Océans, qui a publié en 2010 dans la revue Science le fruit de ses découvertes sur les stocks de saumon du Pacifique, mais qui n’a pas pu en parler publiquement ensuite. Celui de Scott Dallimore, un scientifique travaillant dans les laboratoires de Ressources naturelles Canada, qui s’est vu interdire de répondre aux questions des journalistes après la publication dans la revue Nature d’un article sur une inondation d’envergure survenue dans le Nord canadien il y a 13 000 ans.


    Soudainement incapable de contacter des chercheurs avec qui elle causait aisément auparavant, la journaliste scientifique Margaret Munro, de Postmedia News, a documenté les politiques du Canada en faisant une demande d’accès à l’information qui lui a permis de comprendre que de nouvelles règles en vigueur au sein du gouvernement obligeaient les scientifiques à obtenir l’approbation des cabinets de ministres avant de pouvoir parler publiquement, via les médias. Démarra alors une vague de dénonciation de ce qui fut appelé la loi du bâillon.

     

    Deux mille fellows


    La SRC, qui compte 2000 fellows issus de champs d’expertise très variés, a une politique portant précisément sur les interventions au sujet de questions d’intérêt public. Tout en reconnaissant que les positions des scientifiques et du gouvernement peuvent diverger, la SRC insiste particulièrement sur l’importance capitale pour les autorités d’établir les politiques publiques « sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles ».


    L’organisme réclame donc une politique qui aurait le mérite de clarifier les relations entre le gouvernement et les scientifiques à son emploi. Cette politique porterait sur l’importance pour les autorités de solliciter des avis de la part des chercheurs, de les promouvoir et les diffuser, d’en utiliser le contenu, bien qu’il soulève parfois des incertitudes et provoque des prises de position diverses, et d’assurer l’indépendance des avis scientifiques.


    En juin dernier, la présidente Yolande Grisé avait directement écrit au premier ministre Stephen Harper, s’inquiétant des effets néfastes de coupes imposantes en matière de recherche, notamment en environnement, liées à la loi-mammouth C-38. « Ces compressions ne sont pas simplement des ajustements mineurs, ainsi que certains l’ont suggéré », déplore Mme Grisé dans sa lettre. « Elles ne doivent pas non plus être observées isolément, au cas par cas. Dans leur ensemble, réparties dans toutes les agences et les ministères, ces réductions budgétaires minent la capacité de recherche du Canada pour le présent et l’avenir. »


    Plusieurs voix ont décrié la mise au rancart de la science par le gouvernement conservateur et la banalisation de l’importance des connaissances dans l’élaboration des politiques publiques. On se rappellera les vives réactions à la suite de la décision des troupes de M. Harper de délaisser la version longue du recensement pour n’imposer désormais aux résidents qu’un formulaire court.

     
     
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