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    Révolte autochtone - Le temps d’écouter

    4 janvier 2013 |Josée Boileau | Canada
    Il y a un an tout juste, les chefs des Premières Nations se préparaient avec espoir à un premier sommet avec Stephen Harper. Aujourd’hui, la colère gronde, et les chefs interpellent le premier ministre parce qu’une des leurs mène une grève de la faim. Entre les deux, des mois d’indifférence. Encore. Hélas. Les autochtones en ont, à juste titre, assez.

    À la veille du 24 janvier 2012, les attentes étaient immenses du côté autochtone. Premier ministre depuis janvier 2006, jamais encore Stephen Harper n’avait formellement rencontré les chefs des Premières Nations. Plusieurs évoquaient « un jour, une rencontre historique », plaçant la barre d’autant plus haute que le sort de la communauté d’Attawapiskat, aux prises avec une scandaleuse crise du logement, venait de faire les manchettes. Il fallait, disait-on, que ce sommet aille au-delà des promesses.


    Au sortir de la rencontre, le bilan était toutefois fort embrouillé. On avait mis en place un comité de suivi et un groupe de travail, avec engagement de faire rapport un an plus tard. Progrès ou déception ? Les chefs hésitaient.


    Recul aidant, c’est Michèle Audette, alors présidente de Femmes autochtones du Québec (devenue depuis présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada), qui avait le mieux pressenti le sens de l’exercice. Elle « note que les consultations promises sont souvent des exercices de façade ayant pour but de mieux faire accepter par l’opinion publique les changements législatifs unilatéraux qu’Ottawa a déjà dans ses cartons », rapportait Le Devoir du 25 janvier 2012.


    La façade, l’unilatéralisme : c’est aujourd’hui exactement la cible de la colère autochtone que porte le mouvement « Idle No More » (« Finie l’apathie ! », comme l’a joliment traduit un collègue), dont l’expression la plus médiatisée est la grève de la faim entreprise par la toujours tenace chef d’Attawapiskat Theresa Spence le 11 décembre dernier.


    L’unilatéralisme a été la bougie d’allumage du mouvement puisqu’il s’agissait de s’insurger contre C-45, projet de loi mammouth dont les conservateurs se sont fait une spécialité : des centaines de pages modifiant des dizaines de lois sous couvert de mise en oeuvre du budget fédéral (ce qui devrait indigner tous les électeurs…). Pour les autochtones, le sort que C-45 réserve aux voies navigables, ne protégeant plus de la construction de barrages que 159 lacs et rivières, sur les millions que compte le Canada, était inacceptable, tout comme des modifications apportées sans consultation à la Loi sur les Indiens, notamment ce qui touche la vente ou la location de terres autochtones.


    Signe des temps, là comme ailleurs, ce ne sont pas les chefs qui ont choisi d’agir, mais la société civile : quatre femmes de la Saskatchewan ont lancé le mouvement cet automne. Il a vite trouvé écho dans tout le Canada, où les gestes d’éclat ne cessent de se multiplier, éveil collectif que bien des Québécois, après le printemps érable, seront à même d’apprécier.


    Quelle est la réponse du fédéral à un ras-le-bol d’une telle profondeur ? Il s’en tient à la… façade.


    Ainsi de la symbolique Theresa Spence, qui interpelle directement le premier ministre et le gouverneur général. Elle ne mettra, dit-elle, un terme à sa grève de la faim que lorsque ceux-ci accepteront de la rencontrer afin qu’elle leur rappelle des leçons d’histoire : le respect des droits prévus aux traités signés entre le Canada et les Premières Nations. Stephen Harper veut plutôt déléguer son ministre des Affaires indiennes, John Duncan. Sauf que celui-ci y met des conditions : il veut des discussions constructives, pas une séance de photos.


    Quelle condescendance ! Mais qui donc roule les autochtones dans la farine depuis des décennies, si ce n’est les gouvernements blancs, abonnés aux sommets qui font de si belles photos sans engagement de leur part ! On comprendra que Mme Spence ne veuille pas voir un tel ministre, de toute manière sans pouvoir derrière l’omnipotent M. Harper.


    Et c’est bel et bien le premier ministre que cela regarde : nos peuples fondateurs sont notre tiers monde et il est plus que temps de faire face à l’odieux de cette situation. Un an après le sommet de 2012, qu’on lâche les rapports d’étape et que M. Harper considère l’aspect humain dont, de manifs en blocus, les autochtones veulent l’entretenir. Qu’il aille voir Mme Spence.

     
     
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