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    Aide internationale : cap sur le privé, confirme Ottawa

    24 novembre 2012 |Marie Vastel | Canada
    Le ministre Julian Fantino estime que c’est en dotant les pays en développement d’une économie prospère et viable qu’on leur viendra réellement en aide.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le ministre Julian Fantino estime que c’est en dotant les pays en développement d’une économie prospère et viable qu’on leur viendra réellement en aide.
    Ottawa — Le virage était amorcé depuis quelques années. Voilà que le ministre de la Coopération internationale est venu le confirmer vendredi. L’aide internationale versée par le Canada doit avoir des portées économiques et le secteur privé canadien en est partie prenante, car c’est en dotant les pays en développement d’une économie prospère et viable qu’on leur viendra en aide pour des années à venir, a plaidé le ministre Julian Fantino.

    « Il y a plus, dans notre travail de développement, que les valeurs que nous exprimons tous les jours aux quatre coins du globe », a d’entrée de jeu expliqué le ministre, dans un discours prononcé devant le Club économique du Canada à Toronto. « Le secteur privé est le moteur de la croissance économique mondiale à long terme. Sans une présence croissante dans les pays en développement, nous n’atteindrons pas les objectifs de développement auxquels nous nous sommes engagés à l’ACDI », l’Agence canadienne de développement international que dirige le ministre.


    Un manque d’équilibre


    Au sein des organismes d’aide au développement, chacun reconnaît que le privé a son rôle à jouer. Mais on s’inquiète qu’Ottawa lui accorde le seul et unique rôle, oubliant ainsi l’apport que peut, et doit, avoir la société civile sur le terrain, et écartant du coup le financement auquel elle avait droit elle aussi.


    Le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) s’inquiète d’un manque d’équilibre. « On voit que l’attention est vraiment focalisée ailleurs et que le secteur privé comme partenaire privilégié de l’ACDI prend de la place, et déplace la société civile. Et ça, c’est très dangereux », explique au Devoir Julia Sanchez, présidente et directrice générale du CCCI. Elle rappelle que, depuis un an, il n’y a eu aucun appel d’offres pour des projets de la société civile.


    Le Canada a beau faire fleurir l’économie locale et y créer de l’emploi, si nul ne surveille les impacts environnementaux, les effets sur les communautés locales, et que leurs droits soient respectés, les bénéfices ne sont pas nécessairement aussi reluisants, explique Mme Sanchez. Il ne s’agit pas de dire non au secteur privé, mais de s’assurer que le fédéral n’oublie pas les autres aspects de l’aide au développement, soutient-elle.


    « Son mandat [à l’ACDI], ce n’est pas d’ouvrir la porte pour les entreprises canadiennes, mais de réduire la pauvreté », renchérit Lina Holguin, directrice des politiques chez Oxfam-Québec.

     

    Le secteur local


    Une opinion partagée par la néodémocrate Hélène Laverdière, qui s’inquiète de voir Ottawa investir dans ses propres compagnies à l’étranger plutôt que dans le secteur privé local. « La petite et la moyenne entreprise locale dans les pays en voie de développement, c’est souvent elles qui ont un impact important sur le développement de ces pays-là. »


    « Les seules questions qu’on devrait se poser sont : est-ce que cette initiative va réduire la pauvreté ? Va-t-elle se faire dans le respect des droits de la personne et prendra-t-elle en considération la perspective des pauvres ? », a quant à lui affirmé le libéral John M. McKay en demandant que le gouvernement conservateur n’oublie pas les deux autres piliers du mandat de l’ACDI. « C’est le critère par lequel on pourra juger cette initiative. »


    Au fil de son discours, le ministre Fantino a défendu l’apport que peut avoir le secteur privé canadien dans les pays en développement - notamment le secteur minier et celui de l’extraction. Et pour les y aider, l’ACDI a notamment confirmé la création de l’Institut canadien international pour les industries extractives et le développement - dont le premier ministre Stephen Harper avait annoncé la création à l’automne 2011 -, qui sera finalement hébergé par l’Université de la Colombie-Britannique et l’Université Simon-Fraser, de la même province, a annoncé M. Fantino.


    Là encore, les organismes d’aide internationale ne sont pas contre l’idée, mais ils réitèrent qu’il faut s’assurer que ces investissements viennent réellement réduire la pauvreté sur le terrain.


    Les exportations de pétrole et de minéraux de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale ont totalisé environ 1 billion de dollars en 2008 seulement, ce qui représente neuf fois l’aide au développement qu’a fournie la communauté internationale à ces régions, a noté le ministre.













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