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    Le Canada, un pays qui se comprend mal

    Un sondage montre que les Canadiens imaginent plus de divisions entre eux qu’il n’en existe

    21 novembre 2012 |Guillaume Bourgault-Côté | Canada
    La pertinence de posséder une armée forte est loin de faire l’unanimité au Canada. Ci-dessus, une opération militaire menée dans le Nord canadien l’été dernier.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld La pertinence de posséder une armée forte est loin de faire l’unanimité au Canada. Ci-dessus, une opération militaire menée dans le Nord canadien l’été dernier.
    Voir les résultats de l'étude (PDF)
    L’égalité homme-femme, oui. Mais une armée imposante ? Moins sûr. Des impôts bas ? Pas nécessairement. Ainsi, un grand sondage national sur les valeurs communes révèle-t-il qu’il y a « peu de priorités nationales sur lesquelles l’ensemble des Canadiens s’entendent ». Et que la population est aussi encline à imaginer des fossés qui n’existent pas nécessairement…

    Menée par Research House pour l’Institut Environics et la Fondation Pierre Elliott Trudeau, l’étude obtenue par Le Devoir - elle sera dévoilée ce mercredi - montre que moins d’un Canadien sur cinq (18 %) croit fermement que la population du pays partage un ensemble de valeurs et de priorités. La plupart (61 %) sont « plutôt en accord » avec l’énoncé, sans être convaincus.


    Pour la Fondation, cette réponse « nuancée » reflète que peu de répondants ont « une opinion clairement définie de ce que ces valeurs et priorités communes devraient être ». « Quand on leur demande d’énumérer de façon spontanée des valeurs et priorités communes aux Canadiens, plusieurs ont des difficultés à établir une liste », note le rapport.


    Les valeurs et les priorités les plus souvent énumérées (l’importance de la prospérité économique et des services de santé publics) recueillent chacune 25 %. Viennent ensuite - mais loin derrière - l’éducation (9 %), la démocratie (8 %), la protection de l’environnement (6 %) et toute une ribambelle de valeurs dont la liste se termine avec le… hockey (1 %). Un tiers des répondants n’avaient simplement rien à répondre : aucune idée de ce qui unit les Canadiens.


    Les sondeurs ont ensuite testé la réception de 12 énoncés. Un « important consensus » se dégage autour de quatre d’entre eux : l’importance de traiter également les hommes et les femmes, d’avoir un système politique « encourageant le Canadien moyen à faire savoir aux politiciens ce qu’il pense », un système public de santé universel et de vivre dans un pays où l’on respecte toutes les religions. Plus de 90 % des répondants sont « globalement d’accord » pour dire que ces valeurs doivent faire partie de l’identité canadienne, l’égalité homme-femme faisant l’unanimité. Le ratio de personnes « tout à fait d’accord » avec ces énoncés est toujours supérieur à 66 %.


    Suit un deuxième bloc de quatre énoncés autour desquels le consensus est moins imposant, mais demeure « large ». L’importance d’avoir un pays pourvu d’un filet de sécurité sociale, doté de « lois contre le crime priorisant de garder les criminels à l’écart », où l’environnement est protégé « même si cela ralentit le développement économique » et où tous les citoyens parlent « ou respectent » les langues officielles recueille entre 85 % et 92 % de réponses « globalement d’accord ». La différence avec le premier bloc tient dans le taux de ceux qui sont « tout à fait d’accord », qui oscille entre 49 % et 59 %. L’appui est donc plus timoré.


    Finalement, un troisième bloc de quatre énoncés révèle des dissensions plus marquées - même si un certain consensus demeure. Les questions de l’accueil « sans restrictions des immigrants » (71 % d’accord, 28 % en désaccord), de la pertinence d’avoir une « armée forte » (66 % d’accord, 33 % en désaccord), de lutter contre les inégalités de revenus (63 % d’appui) ou de maintenir les impôts le plus bas possible « même si cela peut limiter le gouvernement dans sa prestation services » (53 % d’appui, 44 % de désaccord) divisent ainsi davantage.

     

    Ce qu’on pense qu’ils pensent…


    Le sondage a aussi cherché à voir ce que les Canadiens pensent que les Canadiens pensent… On a donc demandé aux répondants d’indiquer dans « quelle mesure ils croient que les autres Canadiens partagent leur point de vue » sur les 12 énoncés. Une façon de voir si les répondants sont capables d’identifier les consensus sociaux. Ce qui n’est pas toujours le cas.


    Les énoncés plus consensuels (égalité homme-femme, système de santé, système politique et répression du crime) sont effectivement perçus comme étant assez consensuels, dans des proportions allant de 61 % à 71 %.


    Mais pour les huit autres énoncés, les répondants sont plus hésitants à penser que leur opinion est partagée par la plupart des Canadiens. Cela démontre une chose, relève la Fondation Trudeau : pour certaines valeurs, « les citoyens sont portés à croire que la société est plus divisée qu’elle ne l’est en réalité ». C’est manifeste dans le cas de l’environnement (88 % des répondants disent que c’est une valeur importante, mais seul le quart d’entre eux croient que ce point de vue est partagé par la plupart des Canadiens) et sur la question des langues officielles.


    Le Québec à part, les élus déçoivent


    Le Québec se démarque à quelques endroits selon ce sondage. Ainsi les Québécois se montrent-ils moins ouverts à l’énoncé sur le respect des pratiques religieuses : 74 % sont globalement d’accord, alors que la moyenne nationale est de 90 %. Le Québec est aussi la province où l’on est le plus réfractaire à l’énoncé sur la question de l’accueil des immigrants, 40 % des répondants étant globalement d’accord (le taux national est à 71 %). L’idée d’avoir une armée forte est également moins supportée au Québec qu’ailleurs (44 %).


    Par contre, les Québécois sont davantage d’accord avec le principe de l’importance de parler ou de respecter les deux langues officielles (66 % sont « tout à fait d’accord », soit 15 points au-dessus de la moyenne nationale).


    Le sondage - qui servira de matière à discussion au colloque annuel sur les politiques publiques de la Fondation Trudeau qui commence jeudi à Edmonton - révèle aussi que les Canadiens jugent sévèrement le travail des élus pour « équilibrer les différences » au pays : un répondant sur cinq estime que les élus font du bon travail « la plupart du temps ».


    Mais les répondants estiment quand même que ce sont les élus qui sont le plus aptes à traiter ces divergences d’opinions (45 %), alors qu’un nombre important (38 %) font davantage confiance aux citoyens et organismes qui revendiquent.


    Le sondage téléphonique a été mené entre le 2 et le 14 octobre 2012, auprès de 2001 Canadiens. L’erreur d’échantillonnage est établie à 2,1 %, 19 fois sur 20.













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