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    Briller ne suffira pas

    12 novembre 2012 | Manon Cornellier | Canada
    Ottawa — Bien qu’elle soit officieusement entamée depuis des semaines, la campagne à la direction du Parti libéral du Canada ne commencera officiellement que mercredi. Sur la ligne de départ, une vedette - Justin Trudeau - et trois candidats plus obscurs - Deborah Coyne, Daniel Bertschi et Alex Burton. En coulisses, des aspirants comme Marc Garneau et Martha Hall Findlay jaugent encore leurs appuis, leur organisation et leurs moyens financiers.

    La notoriété, l’argent et l’organisation feront sûrement la différence pour remporter cette course qui doit prendre fin le 13 avril prochain, mais cela ne saurait être suffisant pour remporter la lutte suivante, celle des élections de 2015.


    Le Parti libéral a, avec près de 19 % des voix, enregistré le pire résultat de son histoire lors des élections de 2011. Cela donne une idée du travail à abattre, mais montre aussi que ce parti peut compter sur un noyau dur de Canadiens qui tiennent à son héritage. Par ailleurs, nombre de ses réalisations ont encore la faveur d’un grand nombre de Canadiens. On pense en particulier à la Charte des droits et libertés, au filet social canadien, à la politique étrangère fondée sur le multilatéralisme.


    Mais le PLC traîne des boulets. Il y a d’anciennes politiques à l’effet repoussoir, dont les plus évidentes sont sûrement, au Québec, le rapatriement de la Constitution sans son approbation et, dans l’Ouest, la Politique nationale de l’énergie des années 1970. De vieilles attitudes ont laissé un goût amer, comme cette arrogance qui a contribué au scandale des commandites ou cette indifférence qui a nourri le sentiment d’aliénation de l’Ouest.


    ***


    Et il y a les dommages causés par ces guerres intestines qui ont déchiré le parti et mené à la désorganisation, à la déconnexion, à la perte d’une identité claire et à l’absence de renouvellement.


    Les victoires majoritaires de 1993, de 1997 et de 2000 ont encouragé l’indifférence et même la négligence devant une réalité incontournable. La victoire était possible parce que la droite était divisée et que le vote libéral était concentré dans quelques régions. En 1997, Jean Chrétien a obtenu un mandat majoritaire avec seulement 38,5 % des voix, soit moins que Stephen Harper en 2011 (39,6 %).


    Croyant l’union de la droite impossible, le PLC n’a rien fait pour se prémunir contre cette éventualité. Il s’est plutôt enfoncé dans ses guerres de clans. Les campagnes larvées au leadership ont aspiré une partie des fonds. Le parti s’est mis à dépendre de plus en plus du financement des entreprises.


    Malgré cela, Jean Chrétien a imposé le financement populaire sans y préparer son parti. Et le pire fut que cette réforme est entrée en vigueur au moment même où la droite réalisait cette union improbable. Est alors né un nouveau parti qui a su profiter de l’expérience de l’Alliance canadienne en matière de financement populaire


    Il a fallu des années au PLC pour s’y faire. Il commence seulement à tirer son épingle du jeu. Depuis le début de 2012, il a fait légèrement mieux que le NPD. Les conservateurs sont toutefois dans une ligue à part, la valeur de leurs contributions durant la même période étant supérieure à celles des deux autres partis réunis.


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    Sur le plan des idées, le PLC se cherche depuis la déconfiture de 2006. C’est au point que les Canadiens ont de la difficulté à savoir pourquoi ce parti se bat. Quelques mois avant les dernières élections, un sondage Abacus montrait que les électeurs avaient une idée assez claire de l’identité des partis, sauf dans le cas du PLC. Ses partisans l’ont déserté. Aux élections de 2008, près de 850 000 d’entre eux sont restés chez eux. En 2011, ils sont allés ailleurs et pas seulement au NPD.


    Le PC a profité des appuis d’une partie de cette frange libérale plus conservatrice sur le plan économique. Cette dernière ne se reconnaissait pas dans un programme jugé trop loin du centre et elle craignait l’élection d’un gouvernement néo-démocrate ou de coalition avec le NPD. Ce mouvement vers le PC s’est surtout fait sentir en Ontario et dans des circonscriptions où peu de votes pouvaient faire une différence.


    Ainsi, avec seulement 5 % plus de voix, le PC a récolté 22 sièges de plus en Ontario. En revanche, les transferts vers le NPD se sont produits, pour la plupart, là où le parti était déjà solide. Il n’a obtenu que cinq sièges de plus en Ontario malgré une hausse de 7,4 % de ses appuis (une combinaison de votes ravis aux libéraux et aux verts).


    Pour rebondir, PLC doit ramener au bercail des gens qui sont maintenant sur sa gauche et sa droite. Joli défi ! Peut-être lui faudra-t-il redéfinir le centre en tenant compte par exemple de la nouvelle donne démographique, mais, chose certaine, le contrat sera costaud. La longue intendance de Bob Rae a permis de faire une partie du chemin. Les finances sont plus saines, le nombre de membres est en hausse et la modernisation de l’organisation se poursuit. Il reste à offrir des idées rassembleuses et ça, ça revient au futur chef.


    On sait que Justin Trudeau mise sur la classe moyenne, les jeunes et tous ceux qui en ont assez de la politique négative, mais le propos est pour l’instant assez vague. Il ne pourra le rester indéfiniment. Pour cela, les libéraux ont besoin d’une course crédible, avec de vrais débats qui suscitent l’intérêt. Pour cela, il leur faut plus qu’un candidat-vedette.

     
     
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