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    Congrès du NPD-Québec - Le NPD, allié de l’Assemblée nationale?

    Le parti a appuyé 12 des 15 motions unanimes de Québec depuis 18 mois

    3 novembre 2012 |Guillaume Bourgault-Côté | Canada
    Des partisans du Nouveau Parti démocratique attendant les résultats de l’élection le 2 mai 2011.
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir Des partisans du Nouveau Parti démocratique attendant les résultats de l’élection le 2 mai 2011.
    Le NPD et le Québec, une histoire trouble

    Dans un article récent publié dans Bulletin d’histoire politique (volume 21, numéro 1, VLB éditeur), le politologue André Lamoureux revient sur la relation pas toujours facile entre le NPD et le Québec. Il rappelle que le « manque d’ouverture de la direction du parti à l’endroit des aspirations nationales québécoises » a longtemps empêché le NPD de s’implanter au Québec. « Tout au long du parcours du NPD en sol québécois, les hésitations, les rejets ou les blocages en règle sur cette question ont miné toute perspective de développement. » Et malgré les résultats de l’élection de 2011, M. Lamoureux n’est pas certain que le parti a vraiment réglé ce problème. Il rappelle l’appui du NPD à la Loi sur la clarté, il souligne que la Déclaration de Sherbrooke « ne dépasse pas le niveau de vagues conjonctures » et qu’elle « avalise le pouvoir de dépenser de l’État fédéral dans des programmes à frais partagés ». En somme ? Thomas Mulcair devra « défier l’héritage du NPD » pour réussir à réellement implanter le parti au Québec, au-delà de la vague orange.
    Quand la vague orange a frappé le Québec le 2 mai 2011, ils ont été plusieurs à prédire des lendemains catastrophiques. À dire que le NPD s’effondrerait comme l’ADQ de 2007. Que le Québec serait mal défendu à Ottawa. 18 mois plus tard, alors que l’aile québécoise néodémocrate tient son congrès biennal, le bilan est nuancé. Il révèle notamment que le NPD appuie la plupart des consensus de l’Assemblée nationale… mais pas tous.

    C’était le 3 mai 2011, dans le local électoral de Thomas Mulcair à Outremont. Un mélange d’euphorie et d’inquiétude régnait. Au lendemain d’une élection absolument étonnante, le député d’Outremont avait convoqué la presse pour présenter quelques-unes des recrues qui iraient siéger à Ottawa. Il fallait rassurer. Et peut-être se convaincre lui-même que « l’énormité de la charge » qu’il sentait sur ses épaules était gérable.


    On raconte que le jour du vote, même l’optimiste M. Mulcair n’avait pas envisagé de rafler plus d’une quarantaine de circonscriptions au Québec. Le NPD en a finalement obtenu 59 (l’anonyme Lise St-Denis a depuis quitté ce parti pour rejoindre le Parti libéral). Dans le lot, on notait certes quelques joueurs aux qualités plus évidentes : l’ancienne députée libérale Françoise Boivin, l’ancienne syndicaliste Nycole Turmel - qui assura le rôle de chef intérimaire entre juillet 2011 et mars 2012 -, l’agent de communication syndicale Alexandre Boulerice et la diplomate Hélène Laverdière.


    Mais l’aile québécoise du NPD demeurait principalement composée d’une incroyable brochette de recrues inconnues. Quatre étudiants affichaient tout juste 20 ans. Plusieurs élus n’avaient pas fait campagne ou même visité leur circonscription - pour ceux qui savaient où elle se trouvait. Certains parlaient un français à peine passable. La palme revenant évidemment à Ruth Ellen Brosseau, devenue célèbre pour avoir gagné ses élections dans Berthier en refusant les entrevues en français et en prenant une semaine de vacances à Las Vegas.


    Malgré sa carrure d’épaule très solide, Thomas Mulcair avait donc quelques bonnes raisons de sentir une certaine pression peser. Mais il rappelait que « ça a été le choix des Québécois d’élire ces gens. À nous maintenant de livrer la marchandise ». Dont acte.


    Sérénité


    Dix-huit mois plus tard, l’aile québécoise du NPD tient son congrès biennal à Montréal (depuis vendredi soir et jusqu’à dimanche midi) dans une atmosphère plus sereine. Les pires craintes d’échec du type ADQ ne se sont pas matérialisées. « J’étais devant la Chambre de commerce de London récemment et le député conservateur du coin [Ed Holder] a raconté à la foule que les néodémocrates se faisaient appeler les kids après l’élection, indiquait Thomas Mulcair au Devoir jeudi. Eh bien, même M. Holder a reconnu que plus personne ne dit ça. »


    Ce ne sont pas les 58 élus qui se sont démarqués. « La qualité est inégale », reconnaît un proche du parti. « Mais il n’y avait pas 50 vedettes au Bloc québécois non plus. Au final, on a trouvé une bonne profondeur au sein du NPD. » Il cite les Boivin, Boulerice, Turmel, Laverdière, ajoute les Guy Caron, Robert Aubin, Hoang Mai, Pierre Nantel, Hélène Leblanc, Rosane Doré Lefebvre, Christine Moore. Des députés qui sont actifs sur la colline et à qui le chef Mulcair confie des dossiers importants.


    Selon Thomas Mulcair, tout le monde a eu droit à une « séance de maturation » accélérée. « On a commencé avec le plus long filibuster de l’histoire [dans le dossier de Postes Canada]. Il y a eu la mort de Jack Layton, puis la campagne au leadership », rappelle-t-il. Malgré ce départ un peu chaotique, M. Mulcair dresse un bilan positif des 18 premiers mois - notamment sur le plan organisationnel, le parti ayant désormais 65 associations de circonscriptions « complètement actives ».


    Politologue à l’UQAM et rare spécialiste de l’histoire du NPD au Québec, André Lamoureux brosse pour sa part un tableau en demi-teinte. « Personne de l’aile québécoise n’a songé à revendiquer que le Québec ait davantage de pouvoir », dit-il. « Mais les intérêts du Québec, c’est aussi autre chose, l’économie, le social, et là-dessus, le NPD a mené des batailles importantes - notamment pour l’assurance-emploi.»


    Au chapitre des erreurs, M. Lamoureux cite le cafouillage du NPD à la suite de la nomination d’un juge unilingue à la Cour suprême, de même que le « projet de loi très faible » déposé par le parti et visant la protection de la langue française dans les entreprises fédérales.


    Défense du Québec


    Pendant longtemps, le Bloc québécois s’est fait le relais à Ottawa des motions unanimes de l’Assemblée nationale. Le parti en faisait la preuve qu’il était le seul véritable allié du Québec à Ottawa. En juin 2011, le vétéran député Louis Plamondon prédisait d’ailleurs que son parti allait « faire ressortir que le NPD ne défend pas les intérêts du Québec, surtout lorsqu’il y a une motion unanime venant de l’Assemblée nationale ».


    Vrai ou faux ? Le Devoir a fait le décompte : depuis l’élection de mai 2011, l’Assemblée nationale a adopté 14 motions unanimes interpellant le gouvernement fédéral. En ajoutant celle d’avril 2011 concernant la garantie de prêt du fédéral pour le projet hydroélectrique du Bas Churchill, on arrive à 15 motions. Et de ce nombre, le NPD en a appuyé 12.


    Le NPD a ainsi porté à la Chambre des communes les demandes de Québec pour :

    • prolonger l’aide militaire lors des inondations du Richelieu;
    • rapatrier la Québécoise Nathalie Morin;
    • demander le bilinguisme dans les postes importants de l’administration fédérale;
    • modifier la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies;
    • critiquer le retrait du Canada du protocole de Kyoto;
    • réitérer une opposition ferme à l’utilisation d’informations obtenues par la torture et à toute réouverture du débat sur l’avortement;
    • dénoncer les changements apportés à l’âge d’accession aux pensions fédérales, le projet de construction d’un aéroport à Neuville, la fermeture du Centre d’instruction d’été de cadets de Sainte-Angèle-de-Laval ou du centre de sauvetage maritime de Québec, et la possibilité d’abolir les politiques de «séparation des flottilles».
    Mais il y a trois motions unanimes qui n’ont pas été défendues entièrement par le NPD. « Et pas les moindres », affirme en entretien le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé. Celle du Bas-Churchill, d’abord ; celle dénonçant le rapatriement de la Constitution ; et celle demandant le maintien du registre des armes à feu - quoiqu’ici, le dossier est à nuancer, le NPD étant globalement opposé à l’abolition du registre.

    M. Paillé y voit la preuve que « pour le NPD, ce sont toujours les intérêts supérieurs du Canada qui priment les intérêts supérieurs du Québec. C’est normal : M. Mulcair veut le job de Stephen Harper, il veut être premier ministre du Canada ».


    Thomas Mulcair rétorque que « c’est toujours une bonne idée en politique de dire la même chose partout. Par rapport au Bas-Churchill, je ne peux pas être pour les énergies propres et renouvelables un jour et le lendemain être contre parce que ça va être dans la cour du voisin. Le Québec n’a qu’à demander quels sont les critères et aller chercher la même chose », suggère-t-il. « Ceux qui disaient qu’on courrait à notre perte [en défendant cette position lors de la campagne] ont eu leur réponse avec les résultats. »


    M. Mulcair affirme que toute son action est déterminée par une vision « de développement durable qui englobe l’économie, le social et l’environnemental » et que c’est « une vision complète qui s’applique partout » et qui veut « créer les conditions gagnantes pour le Canada au Québec et pour le Québec au Canada. C’est une vision qui s’oppose aux vieilles chicanes passéistes. »


    Ainsi le chef du NPD ne veut-il pas entrer dans le jeu de son homologue du Bloc, Daniel Paillé, dont le parti a récemment déposé un projet de loi pour abroger la Loi sur la clarté référendaire. L’objectif implicite est clair : forcer le NPD à clarifier sa position sur cette épineuse question. Car le NPD a maintes fois affirmé son appui à la loi de Stéphane Dion… alors que la Déclaration de Sherbrooke (document d’intention adopté en 2006 qui fait office de programme du NPD pour le Québec) indique que le NPD « reconnaîtrait une décision majoritaire (50 % + 1) des Québécois advenant la tenue d’un référendum visant à modifier le statut politique du Québec ».


    Alors, comment votera le NPD sur le projet du Bloc ? M. Mulcair esquive la question. « Nous, on dit dans la déclaration que si les choses sont claires de manière qualitative [ce qui n’est pas écrit comme tel, NDLR], le 50 % + 1 représente une clarté quantitative. »


    Histoire à suivre, prévient Daniel Paillé, content d’avoir trouvé un os potentiel pour déstabiliser un adversaire que les sondages plébiscitent toujours - à un Justin Trudeau près…

    Des partisans du Nouveau Parti démocratique attendant les résultats de l’élection le 2 mai 2011. Thomas Mulcair dans son comté le jours de l’élection
     
     
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