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Revue de presse - Pauvre démocratie…

27 octobre 2012 | Manon Cornellier | Canada
L’état de notre démocratie est un sujet récurrent dans les chroniques publiées dans la presse anglophone. Il faut dire que la matière ne manque pas. Une pièce de choix : le second projet de loi budgétaire C-45, ce mammouth hétéroclite que le gouvernement veut faire adopter rapidement. Comme le note Stephen Maher, de Postmedia News, il faut féliciter le premier ministre Stephen Harper pour la réduction de sa propre pension et de celles des parlementaires, mais il serait bien qu’il permette aux députés de mériter leur paie en leur donnant la possibilité d’étudier et de débattre les projets de loi.

John Ivison, du National Post, trouve tout aussi intrigant cette volonté apparente du gouvernement de vouloir garder les députés dans le noir, y compris les siens, quand vient le temps de faire approuver ses dépenses. Les documents budgétaires et financiers sont alambiqués, les députés arrivent mal à s’y retrouver et le gouvernement ne fait rien pour les aider alors que « le rôle le plus important des élus est de s’assurer que les contribuables en ont pour leur argent ». Un comité parlementaire a, dans un rapport unanime et donc appuyé par les membres conservateurs, recommandé de modifier le moment et la façon de présenter, pour approbation, le plan de dépenses du gouvernement. Ce dernier a rejeté l’essentiel des recommandations. Ivison s’inquiète de l’érosion du rôle de gardien des finances publiques du député. « Il ne s’agit pas de l’argent du Parti conservateur, écrit-il, ils doivent obtenir la permission du Parlement pour le dépenser. Il ne faudrait pas, pour ce faire, exiger des députés qu’ils aient les pouvoirs d’enquête de Sherlock Holmes, le génie des mathématiques […] et la patience de Job. »


Les remparts


Dans ce contexte, la bataille du directeur parlementaire du budget Kevin Page pour obtenir des données sur les compressions budgétaires apparaît plus pertinente que jamais, écrit Tim Harper, du Toronto Star. Elle est même fondamentale pour notre système parlementaire. Le fait qu’il soit forcé de menacer le gouvernement d’une poursuite judiciaire « en dit long sur la culture de peur qui sévit dans la capitale, sur la prédilection de ce gouvernement à diaboliser ses opposants et sur le peu de cas qu’il fait de sa promesse de transparence et de reddition de comptes, la principale raison pourquoi nous envoyons des députés à Ottawa ».


Andrew Coyne, du National Post, va dans le même sens. Il revient sur l’étude du plan de dépenses du gouvernement, communément appelé l’étude des crédits. « Comme à peu près tout dans notre Parlement actuel devenu largement cérémonial, les députés posent les gestes requis pour la forme, privés qu’ils sont du temps ou des faits nécessaires pour voter de façon informée. » Selon lui, le manque de données financières mène à une absence de reddition de comptes. Il déplore l’intimidation, le harcèlement et l’obstruction auxquels fait face le DPB, une créature des conservateurs. Plus inquiétant à ses yeux est le piètre état dans lequel se trouvent les mécanismes traditionnels de supervision du gouvernement.

 

Crise et solutions


Pour plusieurs commentateurs, notre démocratie est en crise. Don Lenihan, sur le site iPolitics, estime toutefois qu’il faut regarder au-delà des personnes et identifié les problèmes systémiques, dit-il. L’un d’eux est le passage de la défense du bien commun à la technique du marketing politique. On ne répond plus aux besoins. On traite les citoyens en consommateurs à qui on offre des politiques taillées sur mesure pour obtenir leur vote. Le renversement de cette tendance dépend de l’engagement des citoyens, des médias et de politiciens prêts et aptes à changer cette façon de faire, dit Lenihan. Tout un programme.


Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, ne se fait pas d’illusions. Selon elle, « les Canadiens ont la démocratie qu’ils méritent ». C’est parce qu’ils s’en préoccupent peu que certains politiciens peuvent prendre des libertés avec nos traditions parlementaires. Ils prorogent prématurément des sessions, présentent des projets de loi omnibus et les citoyens haussent les épaules. « Nos Parlements sont pourtant le lieu où les chefs et les ministres doivent rendre publiquement des comptes sur leurs décisions et les dépenses publiques et où les députés de l’opposition peuvent jouer un rôle modeste dans la gouverne du pays. »


Michael Den Tandt, de Postmedia News, croit aussi que les citoyens ont leur rôle à jouer pour remédier à la situation actuelle. « Les partis politiques ne peuvent guérir leurs propres maux. Pas d’eux-mêmes, du moins. Ils sont en conflit d’intérêts. Seule la volonté populaire peut les pousser vers une réforme. Mais avant que cela arrive, il faudra que les Canadiens ordinaires, ces amateurs de Tim Hortons dont la somnolence est tenue pour acquise depuis longtemps par le gouvernement Harper, cessent d’accepter les violations servies goutte à goutte. Les Canadiens commencent peut-être à réaliser qu’une tradition parlementaire centenaire, basée sur les conventions de décence, d’équité et de retenue, est réécrite au fil des jours. Si Jean Chrétien a écorné le recueil des règles non écrites, Harper et McGuinty l’ont brûlé. » D’où l’urgence de réagir.

 
 
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