Recensement - Montréal et Laval de moins en moins français

L’importance de la population ayant le français comme langue maternelle continue de diminuer sur l’île de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’importance de la population ayant le français comme langue maternelle continue de diminuer sur l’île de Montréal.

Le verre peut être considéré comme à moitié vide ou à moitié plein. C’est selon. Car les chiffres « linguistiques » du recensement dévoilés mercredi indiquent à la fois un recul du français au Québec… et une progression de sa présence à la table des familles allophones. À Laval, la perte de vitesse francophone se fait toutefois à vitesse grand V.

Le dernier volet du recensement montre en effet une forte diminution de la présence du français au sein des maisons de la troisième plus grande ville de la province. Entre 2001 et 2011, la population de langue maternelle française est passée de 74,2 à 62,2 % à Laval. L’anglais a légèrement progressé durant la même période (de 6,7 à 8 %), mais ce sont les langues maternelles tierces qui se sont imposées (de 19 à 29,8 %). Une hausse « impressionnante », selon le responsable linguistique à Statistique Canada, Jean-Pierre Corbeil.


Langue maternelle ne veut pas dire langue la plus parlée à la maison, mais quand même. Il y a dix ans, 77,5 % des Lavallois discutaient surtout en français autour de la table. Ils sont aujourd’hui 67,9 % à le faire. Les « autres langues » suivent avec 17,5 % de présence (c’était 11 % il y a dix ans), alors que l’anglais s’impose dans 14,6 % des familles (trois points de plus qu’en 2001).


Ce recul du français dans l’espace privé — le recensement ne mesurait pas l’usage des langues dans l’espace public — de Laval est aussi visible à Montréal, mais dans une moindre mesure.


L’importance de la population ayant le français comme langue maternelle continue ainsi de diminuer sur l’île. Le seuil psychologique du 50 % avait été franchi pour la première fois lors du recensement de 2006. Cinq ans plus tard, ils sont désormais 48,5 %. L’anglais demeure relativement stable (17,8 %). Ce sont les « autres langues » qui s’imposent : les divers allophones composent 33,7 % des locuteurs des langues maternelles parlées à Montréal. Il y a dix ans, c’était 29,1 %.


Le repli du français se vérifie aussi lorsqu’on demande quelle langue est la plus parlée à la maison. 53 % des résidants de l’île de Montréal ont répondu le français (c’était 56,4 % il y a dix ans). L’anglais est demeuré stable à 25 %, les autres langues ont gagné un point depuis le dernier recensement (21,7 %).


Dans la grande région montréalaise, le portrait indique que 64,5 % des Montréalais ont le français comme langue maternelle (quatre points de moins qu’il y a dix ans), devant l’anglais (12,5 %) et les autres langues (23 %).

 

Recul moins important


Cela dit, Statistique Canada note qu’à l’échelle québécoise, « la baisse [de la population de langue maternelle française] a été plus faible que prévu » : 78,9 % de la population se classent dans cette catégorie, une diminution d’à peine 0,7 point en cinq ans. Entre 2001 et 2006, la chute avait été plus marquée (près de deux points). Et l’immigration aurait dû maintenir cet accroissement.


Que s’est-il passé ? Selon le responsable du dossier linguistique à Stastistique Canada, Jean-Pierre Corbeil, le ralentissement du recul s’explique par une augmentation des « réponses multiples » aux questions portant sur la langue maternelle et la langue la plus parlée à la maison. Autrement dit, « les gens ont été plus nombreux à répondre qu’ils parlent au moins deux langues », dit-il.


Ainsi le recensement montre-t-il que 5 % des Québécois parlent le français et une autre langue non officielle à la maison : ils étaient moins de 3 % à les combiner en 2001. Le français et l’anglais sont parlés par 7,6 % de la population à la maison. Cela compense en partie la diminution du français comme seule langue parlée à la maison (72,8 %, contre 75,1 % en 2006) et démontre une certaine force d’attrait du français chez les allophones.


L’organisme fédéral prévient toutefois que le changement de méthodologie du recensement 2011 impose une « prudence » dans les conclusions à tirer. Jusqu’en 2006, les questions linguistiques étaient incluses dans le formulaire long distribué dans 20 % des foyers. En 2011, trois questions ont plutôt été ajoutées au questionnaire court obligatoire (100 % des foyers).


« On ne sait pas exactement ce qui a pu influencer les réponses, mais on a vu par le passé des changements de tendance liés aux changements de positionnement des questions », explique M. Corbeil. Cette fois, « on voit une nette croissance de l’utilisation de plus d’une langue à la maison ».


Ainsi devient-il difficile, selon M. Corbeil, de décrire l’état réel du français avec ce recensement. « Lors du recensement de 2006, les gens ont rapidement conclu que le français était en déclin. Or, il y a un certain paradoxe. C’est assez évident qu’en raison de l’arrivée d’immigrants [près de 45 000 annuellement au Québec] et de leur profil linguistique, la langue maternelle française recule. Et l’anglais aussi, d’ailleurs. C’est mathématique, et c’est une tendance qui va se maintenir. »


« Sauf que si on regarde la hausse du nombre de gens qui parlent français au Canada [10 millions], qu’on prend en considération l’utilisation du français à la maison par les allophones du Québec, qu’on étudie la langue d’usage dans l’espace public, ça montre bien la complexité et la nuance de la chose. »

23 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 25 octobre 2012 02 h 03

    Vraiment, on en est là? On en est rendu à se féliciter de régresser moins vite que prévu?

    C'est curieux de voir tant de minimisation du recul du français dans le texte. On parle d'une période de cinq ans. Un démographe sait que cinq ans, dix ans, c'est un battement de paupière dans l'histoire.

    «30,1 % de la population canadienne déclaraient pouvoir parler le français en 2011 comparativement à 30,7 % cinq ans plus tôt»

    La connaissance du français recule au Canada. Encore. On se demande quelle place est faite au français dans les écoles (ro)canadiennes. Me semblait que c'était le Québec qui était accusé d'être trop fermé?

    Mais le commissaire aux langues officielles n'aime pas que le Québec essaie de promouvoir le français. Enfin peut-être un peu, mais seulement des mesures sans effet, sinon la minorité la mieux traitée au monde va se fâcher.

    Voyez-vous, c'est que le commissaire est très préoccupé que l'indice de vitalité linguistique largement supérieur à 125% des anglophones du Québec puisse baisser pour se situer à un niveau comparable à d'autres minorités linguistiques.

    Mais l'I.V.L. de 25% des francophones en Saskatchewan? (Donc assimilation à l'anglais de 75% par génération.) Il ne fera rien. Enfin, rien qui puisse avoir un effet concret, sinon la majorité anglophone va se fâcher. (comme à Cornwal)

    Le Québec est de plus en plus bilingue, un bilinguisme anglicisant, resencement à l'appui. Le Canada de moins en moins bilingue et le français perd sur les deux tableaux.

    «Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C'est assez!»

    • Raymond Labelle - Abonné 25 octobre 2012 12 h 06

      Recul de 72,8 %, contre 75,1 % en 2006 du français comme seule langue parlée à la maison. En cinq ans seulement. C'est une chute à une vitesse vertigineuse, presque de la chute libre.

      Comme vous dites: cinq ans est un battement de paupières pour de telles tendances.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 octobre 2012 15 h 50

      Les chiffres sont bons, c'est la grammaire qui a manqué. Recul à 72,8% en 2011, comparé à 75,1% en 2006. Plus que 2% en cinq ans!

  • Julien Reny - Abonné 25 octobre 2012 07 h 29

    Encore une victoire du français

    Les données sur la langue au travail est déterminante et ces données sont manquantes. Si les néoquébecois parlent de plus en plus français à la maison, c est qu ils ont compris que c'est la langue importante pour trouver un emploi et rester au Québec. Quoi demander de plus? Français maternel ou pas, ça reste du français.

    • Phil Roberts - Inscrit 27 octobre 2012 02 h 26

      Bravo, c'est ça qui est important. Les néoquébecois parlent de plus en plus français à la maison.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 27 octobre 2012 14 h 45

      Quoi demander de plus?
      Que le français cesse de régresser comme langue d'usage à la maison.

      Que le français soit la langue d'intégration majoritaire à Montréal dans une proportion comparable à celle dont jouit l'anglais au Canada (99%+).

      On y est pas encore arrivés et le français continue de régresser comme langue d'usage à la maison.


      Pourquoi se féliciter d'une «victoire du françai»? On a peut-être compté un but de plus qu'au dernier recensement, mais on perd encore 65 à 35 à Montréal. On se félicite d'avoir fait légèrement moins pire en continuant de régresser.

    • Ève Marie Langevin - Abonnée 27 octobre 2012 15 h 51

      Je suis prof de français langue seconde auprès, justement, de ces immigrants adultes. L'année dernière, avec les infos qui sortaient sur la perte de vitesse du français à Montréal, pour la première fois, mes collègues et moi, nous avons commencé à sentir qu'il était plus difficile de leur enseigner notre langue. La motivation est essentielle et nos étudiants connaissent de plus en plus de personnes qui travaillent et vivent uniquement en anglais. C'est plutôt sur la langue dans l'espace public, donc la langue d'échange, sur laquelle il faut plancher et développer.

      L'année dernière, j'ai voulu m'acheter un cell au centre-ville et le vendeur très naturellement m'a demandé : «Do you speak french?»!! Hasard? Épiphénomène? Non, je ne crois pas, plutôt signe des temps.
      Agissons avant qu'il ne soit trop tard!!

  • Claude Smith - Abonné 25 octobre 2012 08 h 21

    Portrait incomplet

    Ce recensement ne nous informe pas de l'état du français au travail. Et pourtant, c'est un aspect essentiel permettant d'évaluer où nous en sommes au plan linguistique.

    Selon M. Corbeil, il devient plus difficile de décrire la situation réelle du français avec ce recensement. En somme, le gouvernement fédéral a tout intérêt à ce qu'il en soit ainsi. De cette façon, l'anglicisation continuera de se faire en douce et le gouvernement du Québec ne pourra se servir de ce recensement pour justifier le renforcement la loi 101.

    Claude Smith

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 25 octobre 2012 09 h 07

    L'avenir, l'immigration

    Le Québec francophone survivra s'il sait accueillir les immigrants et les intégrer dans une société prospère. C'est pourquoi ceux-ci ont quitté leurs pays, sacrifiant bien des acquis et rompant leurs liens avec la communauté d'origine.
    Cette prospérité viendra avec la détermination d'exploiter toutes nos ressources, qu'elles soient intellectuelles ou matérielles, en assurant d'abord l'éducation supérieure des meilleurs (sélection) et l'accès aux gisements gaziers, pétroliers, miniers (redevances correctes, mesures environnementales fondées sur la science plutôt que sur les émotions).
    Notre gouvernement ne fait ni l'un, ni l'autre.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 octobre 2012 13 h 10

      Nonobstant votre optimisme, c'est à la langue de travail qu'il faut s'attaquer.

      Si une condition sine qua non pour travailler au québec demeure de pouvoir s'exprimer en anglais, faites tous les scénarions optimistes que vous voudrez, les carottes du français vont bientôt être cuites.

      Reste à voir si notre gouvernement aura les reins assez solide pour passer à l'action acvec des partis assimilationnistes en face et composant la majorité.

  • Bernard Gervais - Inscrit 25 octobre 2012 10 h 38

    Si le PQ avait été élu majoritaire

    On l'a vu hier, c'est certain que Mme Marois et son équipe vont essayer de légiférer pour mieux préserver le français.

    Cependant, comment s'y prendre quand on forme un gouvernement minoritaire et que les deux principaux partis d'opposition - surtout dans le cas des libéraux - ne veulent pas vraiment en entendre parler ?

    Que cela plaise ou non aux partisans de Mme David, M. Khadir et M. Aussant, si le PQ avait obtenu les appuis donnés à QS et ON - et même beaucoup de ceux qui sont allés à la CAQ - le 4 septembre, il aurait été élu majoritaire et, bien entendu, aurait eu alors la marge nécessaire afin, par exemple, de rendre la loi 101 plus forte.