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Le marasme libéral canadien

22 octobre 2012 | Chantal Hébert | Canada
L’histoire ne dira jamais si la défaite de Jean Charest a inspiré, au moins en partie, le départ de son camarade libéral Dalton McGuinty. Ce qui est certain, c’est qu’au moment où le premier ministre ontarien a démissionné, il ne voyait plus beaucoup de lumière au bout du tunnel de son mandat minoritaire.

Le départ de M. McGuinty survient sur fond de scandales et de partie de bras de fer avec tout ce que l’Ontario compte de fonction publique et parapublique et de mouvements sociaux. Dans les corridors de Queen’s Park, on dit que, s’il n’avait pas démissionné, Dalton McGuinty aurait tout de même bouclé indéfiniment les portes de l’Assemblée législative pour échapper à ses détracteurs de l’opposition.


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Ce n’est pas parce qu’on ne manifeste pas dans les rues de Toronto tous les soirs que l’Ontario ne vit pas son plus grand malaise politique depuis le règne difficile des néodémocrates à Queen’s Park au début des années 90. À cet égard, la succession de Dalton McGuinty risque fort de n’être que le premier acte d’une pièce politique qui se conclura vraisemblablement par des élections anticipées et, peut-être, par un changement de gouvernement.


Dans l’état actuel des finances publiques ontariennes, le prochain chef libéral aura fort à faire pour que son mandat ne se résume pas à une marche forcée à l’abattoir électoral. D’autant que, parmi les aspirants au poste de premier ministre, aucun n’affiche d’emblée le profil d’un sauveur. Pour autant, la suite des événements à Queen’s Park n’est pas évidente. Comme au Québec cet été, l’idée que les libéraux ont fait leur temps au pouvoir fait de plus en plus l’unanimité. Mais le choix d’un gouvernement de rechange fait beaucoup moins consensus.


Le Parti conservateur - qui a terminé en deuxième place au scrutin ontarien de l’an dernier - pourrait être en piste pour un retour aux affaires après dix ans d’absence. Mais le NPD pourrait aussi être dans la course au pouvoir.


À la faveur de la grogne suscitée par le gouvernement McGuinty parmi ses anciens alliés de centre gauche, le NPD est en montée dans les sondages et sa chef, Andrea Horwath, est plus populaire que son rival conservateur Tim Hudak.


Pour bien des électeurs progressistes, les néodémocrates pourraient constituer un moindre mal par rapport à l’arrivée au pouvoir à Queen’s Park d’un conservateur façonné dans le même moule idéologique que Stephen Harper.


Dans tous les scénarios, l’Ontario - comme le Québec - est promis à un certain marasme politique pour l’avenir prévisible. On a beaucoup souligné le déroulement en parallèle de courses au leadership libérales au Québec, en Ontario et au fédéral. Mais la présence simultanée à Queen’s Park et à l’Assemblée nationale de gouvernements minoritaires est également sans précédent.


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Dans un premier temps, la situation consolide le rapport de force du premier ministre Stephen Harper. Les quatre provinces les plus populeuses sont dirigées par des gouvernements fragiles, en Ontario et au Québec, et par des premières ministres néophytes, en Alberta et en Colombie-Britannique. Dans ce dernier cas, l’espérance de vie de la libérale Christy Clark se calcule actuellement en fonction du nombre de jours qui la séparent de sa première campagne électorale comme chef en mai prochain.


Pour le NPD de Thomas Mulcair, l’arrivée possible d’alliés néodémocrates au pouvoir à Victoria et à Toronto d’ici au scrutin fédéral de 2015 pourrait promettre des complications supplémentaires. Il n’est jamais facile pour un chef de l’opposition officielle fédéral d’arrimer ses positions avec des premiers ministres du même clan, à qui il peut difficilement imposer son autorité. Et, pour mémoire, le séjour au pouvoir en dents de scie du NPD à Queen’s Park il y a vingt ans avait coûté très cher à son cousin fédéral.


Du côté du PLC, la tenue d’un scrutin prochain en Colombie-Britannique auquel se sont ajoutées des courses au leadership au Québec et en Ontario rend problématique le recrutement d’organisateurs de premier plan pour la campagne fédérale. Cela consolide encore, si besoin était, la position de Justin Trudeau, plus susceptible que ses adversaires éventuels de mobiliser de l’aide à l’extérieur des cadres du parti.


L’état de la gouvernance libérale est également une source d’embarras pour le PLC. La décision de premiers ministres libéraux en Colombie- Britannique et en Ontario de fermer leurs assemblées législatives jusqu’à l’an prochain pour se soustraire aux critiques de l’opposition est particulièrement gênante pour un parti fédéral qui reproche systématiquement ce genre de tactiques aux conservateurs de Stephen Harper.


Tout cela pour dire que si les libéraux au pouvoir en Ontario et en Colombie-Britannique finissaient par subir le même sort que ceux du PLQ, plusieurs de leurs cousins fédéraux verseraient des larmes de crocodile devant la perte d’alliés de moins en moins sortables.

 
 
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