Revue de presse - Le gouvernement Harper sous différentes loupes
Tim Harper, du Toronto Star, est catégorique. La réaction du gouvernement à ce « scandale » est le « véritable crime », écrit-il. Il note qu’au début de la crise, la réaction du gouvernement a été de nier le problème et de défendre l’industrie au lieu de rassurer les consommateurs. Quand le problème est devenu incontournable, le ministre de l’Agriculture, Gerry Ritz, a disparu. Il n’était pas en Chambre pour répondre aux questions. À un point de presse, il a coupé court aux questions, qui devenaient, selon lui, trop techniques. Il est finalement revenu en Chambre pour les deux derniers jours avant le congé de l’Action de grâce, mais a refusé toutes les demandes d’entrevue. Les néodémocrates, qui ont exposé les faits avec méthode, jour après jour, ont finalement demandé sa démission. Il ne s’agissait pas d’un réflexe facile d’un parti d’opposition, de dire Tim Harper. Thomas Mulcair y est arrivé après avoir démontré que le ministre avait violé les principes de la responsabilité ministérielle et devait donc démissionner. Tim Harper note qu’il y a 27 ans, un ministre a été forcé de démissionner dans les jours qui ont suivi un reportage révélant que du thon potentiellement contaminé s’était retrouvé sur les tablettes. Personne n’était tombé malade, ni n’était mort. Mais c’était une autre époque, écrit Harper. « La responsabilité ministérielle avait alors un sens. » Gerry Ritz, en revanche, gardera son poste, prédit-il. Dommage, laisse-t-il entendre, car la responsabilité ministérielle « est un principe fondamental de notre système, selon lequel la responsabilité de protéger commence et finit avec le ministre ».
Au-delà du scandale
Sur le site iPolitics, Lawrence Martin ne s’attarde pas au scandale du boeuf contaminé, mais à l’efficacité du mensonge en politique. Le mensonge, dit-il, est beaucoup plus présent en politique aujourd’hui, dit-il, comme si tous les stratèges « avaient déterminé que mentir et tromper, dans le bon contexte, fonctionnaient plutôt bien. Ils avaient l’habitude de craindre, un peu, les répercussions. Plus maintenant. » Martin cite le dernier débat présidentiel américain où chaque candidat a déformé la réalité sans que son adversaire ou le modérateur le corrige. Comme si cela allait de soi. Une des raisons est la rentabilité du procédé. Plus de gens suivent un débat qu’il y en a qui écouteront ou liront un discours qui rectifie les faits. La même logique milite en faveur des publicités négatives qui propagent des mensonges à répétition, dit-il. Les médias, soumis à ce barrage, finissent par ne plus réagir ou à ne plus forcer les politiciens à rendre des comptes une fois la nouveauté émoussée. Chaque semaine, la presse parlementaire d’Ottawa fait état de nouveaux exemples de mensonges délibérés, mais comme la dernière élection l’a démontré, les conservateurs n’ont encore payé aucun prix pour leur attitude. Pourquoi changer alors ? Il revient habituellement aux médias d’exiger des comptes des politiciens. Selon Martin, « les journalistes doivent trouver une façon de répondre qui embarrasse les politiciens au point de leur faire craindre pour leur réputation. Pour l’instant, les politiciens ne paient pas un tel prix et […] la dérive ne fait que s’accélérer. »
Inspiration religieuse
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, s’est aventuré sur un terrain délicat, celui de l’influence des chrétiens évangéliques sur les conservateurs. Il revient sur cette motion destinée à rouvrir le débat sur la définition de la vie humaine. Le vote a montré que plus de la moitié du caucus conservateur, dont huit ministres, appuyait la reprise du débat, malgré l’opposition du premier ministre. Selon Simpson, cet appui « montre combien la religion demeure une force puissante au sein du Parti conservateur ». On peut dissocier avortement et religion, écrit-il, mais dans le camp des opposants à l’avortement, les Églises sont omniprésentes et font campagne avec vigueur, en particulier les Églises évangéliques. Ces dernières « tendent à être vigoureusement pro-vie et politiquement agressives ». Certaines ont mis beaucoup de pression sur les députés à la veille du vote. Simpson convient qu’il généralise, mais remarque que les chrétiens évangéliques vivent dans les régions plus conservatrices. « Ils tendent à avoir une conception de la doctrine religieuse et du monde en général où tout est blanc ou noir, bon ou méchant, ce qui va dans le sens de la vision du monde du gouvernement Harper. » Simpson souligne d’ailleurs combien les discours récents de Harper et du ministre John Baird sur la politique étrangère étaient compatibles avec cette vision. Il note aussi que l’appui indéfectible accordé au gouvernement israélien par le gouvernement Harper est très populaire auprès des chrétiens évangéliques. Même chose avec son peu de sympathie pour les Nations unies. Les conservateurs bénéficient de la vigueur des Églises évangéliques à travers des dons plus généreux et l’appui de beaucoup de leurs fidèles. « Leur présence se fait sentir de façon occasionnelle, comme lors du débat sur l’avortement, et habituellement sans beaucoup d’effets directs. Mais leur vision contribue indirectement à forger la vision du monde des conservateurs et leur façon d’y interagir. »








