Le Canada et l’Afrique - Le réveil de Harper
Le premier ministre Stephen Harper profitera de sa participation au 14e Sommet de la Francophonie, qui se tiendra en République démocratique du Congo samedi et dimanche prochains, pour faire une rare incursion en Afrique. Une manifestation d’intérêt tout à fait nouvelle de la part de son gouvernement, qui ces dernières années, a délaissé ce continent.
Le gouvernement Harper n’a eu, depuis qu’il est en poste, que très peu d’intérêt pour l’Afrique. Dès son arrivée aux affaires en 2006, il a commencé à défaire les politiques d’aide au développement mises en place par les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin. C’est ainsi que, sans déserter tout à fait ce continent, il déplaça les budgets d’aide vers les pays de l’Amérique latine, tout en réduisant par ailleurs sa présence diplomatique.
La préoccupation presque unique du premier ministre Harper envers l’Afrique subsaharienne était jusqu’ici morale. En exagérant un peu le trait, on pourrait dire qu’il la percevait comme un continent de dictateurs, sous-développé démocratiquement, économiquement et socialement. On se souviendra des restrictions relatives à la pratique de l’avortement imposées pour la contribution canadienne au programme sur la santé des femmes. Donc, il valait mieux ne pas y faire affaire et n’apporter aux investisseurs canadiens que le minimum d’appui.
Le premier ministre conservateur n’a pas abandonné ses préoccupations morales, tant s’en faut. Ce qui est nouveau, c’est son intérêt pour le développement économique de l’Afrique. Dans le bref séjour qu’il fera d’abord au Sénégal, puis en RDC, auxquels il consacrera une journée chacun, il aura des entretiens bilatéraux avec ses homologues, avec des représentants de l’opposition, mais aussi avec des gens d’affaires. Il y a quelques jours, il recevait à Ottawa le président de la Tanzanie. Quant au ministre des Affaires étrangères, John Baird, il était au début de la semaine au Nigeria pour signer un accord sur les investissements étrangers.
La perception qu’a le gouvernement Harper de l’Afrique est, peut-on croire, en train de changer. Est-il en train d’effectuer un virage, comme celui entrepris avec la Chine, dont il cherche maintenant à faire le principal partenaire économique du Canada après avoir voulu lier le commerce à des exigences démocratiques ? Il faut le souhaiter, car le Canada manquerait une occasion de participer au développement d’un continent en pleine mutation, dont on croit qu’il sera la nouvelle frontière du développement mondial.
La pauvreté est loin d’avoir été éradiquée en Afrique et on est loin encore d’avoir instauré de véritables régimes démocratiques dans tous les pays. Mais à tous égards, les choses changent. Les récentes élections au Sénégal le montrent très bien alors que le président Abdoulaye Wade, défait, ne s’est pas accroché au pouvoir. Sur le plan économique, la croissance du continent est de plus de 5 %. D’ici quelques années, l’Afrique pourrait être à ce titre au premier rang mondial. Cela, la Chine, qui investit massivement partout dans ce continent, l’a compris depuis longtemps, tout comme les États-Unis, aussi très présents. La secrétaire d’État, Hillary Clinton, vient d’y effectuer une tournée de 11 jours.
Le Canada ne peut plus être indifférent à l’avenir de l’Afrique. Il doit y revenir pour soutenir son développement, au plan humain, où il faut revoir les budgets d’aide, comme au plan économique, où il faut donner aux entreprises canadiennes présentes sur ce continent l’indispensable soutien diplomatique. S’il ne le fait pas aujourd’hui, il sera trop tard demain, car l’Afrique voudra reconnaître pour ses amis ceux qui ne l’ont pas laissée tomber quand elle avait besoin de leur soutien.








