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Que des prêtres ou des pasteurs pour les détenus fédéraux

6 octobre 2012 | Hélène Buzzetti | Canada
Ottawa — Hors du Christ, point de salut. Du moins pour les prisonniers canadiens. Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a décidé que les détenus musulmans, sikhs, juifs ou bouddhistes enfermés dans des prisons fédérales n’auront plus accès à des aumôniers de leur confession religieuse. Ils devront se contenter de prêtres catholiques ou de pasteurs protestants.

Les prisons fédérales offrent depuis des décennies des services spirituels. Les aumôniers sont engagés à forfait par le Service correctionnel. Les aumôniers chrétiens obtiennent surtout des contrats à temps plein, alors que les aumôniers d’autres confessions sont recrutés à temps partiel, selon les besoins. Ce sont ces contrats à temps partiel que le ministre met aux poubelles.


« Après révision du programme, il a été déterminé que des changements étaient nécessaires pour que le programme appuie la liberté religieuse des prisonniers tout en respectant l’argent des contribuables, a indiqué une porte-parole du ministre Toews. Les criminels condamnés continueront d’avoir accès aux services religieux de leur choix sur une base volontaire. Le gouvernement finance des aumôniers à temps plein sur la base du nombre de prisonniers requérant des services pour chaque confession. »


Il s’agit d’un euphémisme. Sur 80 aumôniers à temps plein, un seul ne serait pas issu de la religion chrétienne. Les 18 aumôniers non chrétiens verront leur contrat annulé le 31 mars. « Ces aumôniers peuvent aussi se rendre disponibles pour fournir des services à la population générale », ajoute le bureau de M. Toews.


La population carcérale canadienne est très variée. Selon un rapport datant de 2011, les catholiques et les protestants représentent 57 % du total. Les musulmans (4,5 %), les bouddhistes (2 %), les juifs (0,7 %), les sikhs (0,7 %) et les autres représentent un total de 14,6 %. Environ un prisonnier sur quatre n’a pas de religion déclarée ou connue.


La liberté religieuse


Les partis d’opposition se disent convaincus que ce changement ne passera pas le test de la Charte des droits et libertés. « C’est une politique absolument épouvantable », a lancé le chef libéral par intérim, Bob Rae, qui rage de voir que, pour le gouvernement, la liberté religieuse cesse en prison.


À la Chambre des communes, les conservateurs ont rétorqué que cette politique est déjà en vigueur dans les forces armées. « Si c’est assez bon pour nos forces armées, alors c’est assez bon pour les détenus dans nos pénitenciers fédéraux », a lancé Candice Bergen (anciennement Candice Hoeppner). Bob Rae rappelle que les militaires sont libres de fréquenter les lieux de culte de leur choix pendant leurs congés. « Si vous êtes en prison, vous n’avez nulle part d’autre où aller ! » M. Rae souligne que ce même gouvernement est en train de mettre sur pied un bureau de la liberté religieuse au sein du ministère des Affaires étrangères pour protéger la liberté de culte à l’étranger. Le Bloc québécois ne peut s’empêcher d’y voir une preuve de l’orientation religieuse du gouvernement. « La religion pour eux fait partie de cette idéologie. »


On ignore combien Ottawa espère économiser. Selon CBC, le programme des aumôniers coûte 6,4 millions de dollars par année pour un total d’environ 200 aumôniers. Un rapport d’évaluation du programme d’aumônerie, publié en 2004, indiquait que le programme était efficace. « Les employés croient que la spiritualité contribue dans une grande mesure à la réadaptation et à la réinsertion sociale des délinquants », concluait le rapport.

 
 
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