Revue de presse - D’un extrême à l’autre
Il n’y a pas à dire, Justin Trudeau sait attirer l’attention. Son entrée dans la course à la direction du Parti libéral du Canada a suscité un record de commentaires, une marée facile à résumer.
Il y a ceux qui se moquent et n’arrivent pas à le prendre au sérieux, comme Mike Strobel, du Toronto Sun, qui va jusqu’à comparer Trudeau à Justin Bieber.
Il y a ceux qui affichent un brin d’impatience devant le peu de profondeur de son propos. Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, note que Trudeau a le pouvoir d’attraction d’une vedette, qu’il doit largement à son nom et à son charisme, mais pas à ses positions, qui restent un mystère. Tout autre député d’arrière-banc ayant la même expérience que lui devrait offrir plus pour attirer une fraction de l’attention qu’il reçoit.
L’équipe éditoriale du Toronto Star fait écho à Simpson quand elle écrit que « Trudeau a besoin de faire davantage, même dans les premiers jours de la campagne, pour secouer cette image de poids léger en matière de politiques ».
L’équipe éditoriale du Toronto Star fait écho à Simpson quand elle écrit que « Trudeau a besoin de faire davantage, même dans les premiers jours de la campagne, pour secouer cette image de poids léger en matière de politiques ».
Il y a finalement ceux qui parlent du danger de le sous-estimer. John Ivison, du National Post, écrit même que les conservateurs craignent l’effet perturbateur de son pouvoir d’attraction « sur leur domination incontestée en matière de collecte de fonds ».
Trudeau pourrait susciter la passion nécessaire. Son lancement sans bavures lui a déjà attiré des centaines de supporteurs. Son message cible les jeunes et la classe moyenne et il a démontré par le passé qu’il n’avait pas peur de sillonner le pays pour inciter les gens à s’impliquer. Ivison va jusqu’à faire un parallèle avec Barack Obama, qui a mobilisé les jeunes et misé avec brio sur les médias sociaux.
Trudeau pourrait susciter la passion nécessaire. Son lancement sans bavures lui a déjà attiré des centaines de supporteurs. Son message cible les jeunes et la classe moyenne et il a démontré par le passé qu’il n’avait pas peur de sillonner le pays pour inciter les gens à s’impliquer. Ivison va jusqu’à faire un parallèle avec Barack Obama, qui a mobilisé les jeunes et misé avec brio sur les médias sociaux.
David Coletto, sondeur de l’agence QMI, renchérit en notant que Trudeau sait s’adresser aux jeunes du « millénaire », ceux qui votent peu mais qui pourraient être incités à le faire par un chef connu, charismatique et qui maîtrise les médias sociaux.
Khadr
Si la crise du bœuf contaminé a généré un flot continu de reportages, elle a par contre suscité peu de commentaires jusqu’à présent. Il en va autrement du rapatriement d’Omar Khadr. Là encore, trois camps se dessinent : ceux qui le traitent de méchant terroriste à garder derrière les barreaux, ceux qui demandent qu’on le libère rapidement et, entre les deux, ceux qui sont soulagés de le voir sorti du no man’s land juridique de Guantánamo pour entrer dans un système capable d’encadrer sa réhabilitation.
Le Globe and Mail résume bien le point de vue de ce dernier groupe. Oui, « Omar Khadr a été élevé pour devenir un terroriste et l’est devenu, mais le Canada n’a aucune raison de le détester ou de le punir davantage. Ce pays doit faire ce qu’il aurait dû faire il y a des années : se concentrer sur la façon sécuritaire d’assurer sa réhabilitation. » Selon le Globe, il faut maintenant donner à Khadr la chance de connaître une vie normale, avec le soutien et l’encadrement qu’offre le système de libération conditionnelle. Le Canada ne devrait pas le punir pour sa famille controversée, ni se servir politiquement de ce fait, dit le Globe. « Il a payé un lourd prix pour ses crimes et ceux de sa famille. M. Khadr a besoin maintenant de vivre comme un être humain et non comme un symbole. »
Au Toronto Star, on est plus pressé. L’équipe éditoriale reconnaît que beaucoup de Canadiens se sentent trahis par Khadr et sa famille, mais « il est un citoyen canadien qui a été, dans les faits, abandonné par son propre gouvernement dans la quasi-
hystérie qui a suivi les attentats du 11-Septembre ». Il a passé plus de temps en prison que s’il avait été jugé comme un jeune contrevenant, et encore aurait-il fallu qu’un vrai tribunal juge crédible l’accusation de meurtre. Maintenant qu’il est au Canada, écrit le Star, « le service correctionnel et la Commission des libérations conditionnelles devraient chercher à le libérer à la première occasion jugée sécuritaire, dans le cadre d’un programme de réhabilitation » complet.
À l’agence QMI, on croit au contraire que Khadr doit rester derrière les barreaux aussi longtemps que possible et que le gouvernement a bien fait de prendre son temps. On rejette la notion d’enfant-soldat et ridiculise ceux qui l’invoquent. Aux yeux de l’agence, Khadr demeure « un terroriste condamné dont la famille aux yeux égarés vénère encore al-Qaïda ». Comme à son habitude, le chroniqueur-vedette de SunMedia, Ezra Levant, va encore plus loin, s’attaquant à ce qu’il appelle les mythes entourant l’affaire Khadr. Il affirme, entre autres, que le Canada n’était pas obligé de rapatrier Khadr puisqu’il aurait pu purger une peine de 40 ans de prison à Guantánamo.
Peter Worthington, aussi de l’agence QMI, a un tout autre point de vue, même s’il n’éprouve pas de sympathie particulière pour Khadr. « Quand vous examinez son cas, vous notez qu’il n’a commis aucun crime contre le Canada et que peut-être il ne devrait même pas être en prison. »
Worthington ajoute : « Il est peut-être un homme dangereux aujourd’hui après avoir été incarcéré une décennie aux côtés de fanatiques à Gitmo, mais peut-être que non. » Worthington ne voit pas de raison de ne pas le relâcher rapidement, tout en notant qu’« il a peut-être besoin de temps pour s’ajuster, pour réapprendre ce qu’est la vie dans une société ordonnée ».








