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La CIA s’est vite intéressée au «pragmatique» Mulroney

1 octobre 2012 | La Presse canadienne | Canada
Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau et le chef de l’opposition Brian Mulroney, en mars 1984. En septembre de la même année, le parti progressif-conservateur du Canada prenait le pouvoir.
Photo : La Presse canadienne (photo) Peter Bregg Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau et le chef de l’opposition Brian Mulroney, en mars 1984. En septembre de la même année, le parti progressif-conservateur du Canada prenait le pouvoir.
La CIA trouvait le nouveau gouvernement de Brian Mulroney agréable, comparativement à l’attitude « gratuitement négative » de l’ombrageux Pierre Elliott Trudeau, révèlent des documents récemment déclassifiés.

L’agence d’espionnage a prudemment évalué M. Mulroney avant de le catégoriser comme un allié plus aimable qu’un Pierre Trudeau parfois irritable, dans un document d’information datant de septembre 1984 et écrit trois semaines après que les progressistes-conservateurs eurent été portés au pouvoir, chassant les libéraux en place depuis longtemps.


La CIA ne s’attendait pas à des changements très importants de la part de M. Mulroney, mais a prudemment accueilli son approche « conciliante et constructive ».


Dans les échanges commerciaux entre l’Est et l’Ouest, les relations avec le monde communiste et l’implication américaine en Amérique centrale, la CIA croyait que les conservateurs adopteraient un point de vue « pragmatique », soutenant Washington quand cela était dans l’intérêt du Canada, mais critiquant les États-Unis dans le cas contraire, indique la note d’information.


Celle-ci précise cependant que contrairement à Pierre Elliott Trudeau, la CIA prévoyait que M. Mulroney éviterait les commentaires désobligeants et gratuits sur la politique étrangère américaine et demeurerait évasif ou silencieux lorsqu’il lui serait politiquement possible de le faire.


La Presse canadienne a obtenu plusieurs analyses des premiers mois du gouvernement Mulroney rédigées par la CIA, en vertu des dispositions de la Loi américaine sur la liberté de l’information. Certaines parties des documents, discrètement déclassifiés par l’agence au cours des derniers mois, demeurent secrètes.

 

« Enfant du Québec »


Bien que Brian Mulroney ait largement été vu comme tentant de s’attirer les bonnes grâces des républicains de Ronald Reagan - allant même jusqu’à chanter avec le président américain au printemps 1985 -, la CIA est allée au-delà des séances de photos pour tenter de deviner les intentions politiques du premier ministre. « En tant que politicien, Mulroney - tout comme le premier ministre canadien ayant rencontré le plus de succès, le libéral Mackenzie King - peut être décrit comme un “arrangeur”, prêt à s’adapter aux vents politiques contraires et étant relativement peu inquiet de ses changements brusques de politiques. »


La CIA a argué que malgré le fait que la « personnalité gagnante » de M. Mulroney et son statut « d’enfant du Québec » étaient des avantages pour les conservateurs, bâtir une organisation politique efficace dans la province « ne serait pas facile ».


En fait, avant le début de la décennie suivante, la poigne conservatrice sur le Québec disparaîtrait à la suite des échecs des discussions constitutionnelles.


L’agence de renseignements a également évalué les politiques probables du gouvernement Mulroney en matière d’investissements étrangers, de défense, de stratégie énergétique, d’environnement et de pêche.


Le niveau de détail du dossier, malgré le fait que le Canada était un ami proche et un allié, est peu surprenant, a déclaré Sarah-Jane Corke, professeure d’histoire des services de renseignement et des politiques étrangères américaines à l’Université Dalhousie, à Halifax.


Un rapport de la CIA datant de mai 1985 et portant sur la politique canadienne en matière de défense a vertement critiqué la « négligence délibérée » de l’armée par Pierre Elliott Trudeau pendant ses 16 ans au pouvoir.


La CIA a ainsi conclu que les actions conservatrices en matière de défense à court terme tiendraient davantage de la rhétorique que de la substance. Cette prévision s’est avérée, car les augmentations en matière de budget du nombre de troupes se sont évaporées.


Malgré sa connaissance des politiciens canadiens et de leurs penchants, les prédictions de la CIA n’ont pas toujours été exactes.


Tôt durant le règne du gouvernement, l’agence a eu l’impression que M. Mulroney ne se préoccupait pas d’environnement. Il a pourtant fini par créer plusieurs parcs nationaux, faire adopter d’importantes lois environnementales et ratifier des traités internationaux.

 
 
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