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Le blues de Québec inc.

24 septembre 2012 | Chantal Hébert | Canada
Il fut un temps, pas si lointain, où le credo souverainiste du Parti québécois effarouchait davantage la communauté d’affaires que son style de gouvernance. Pour l’essentiel, les gouvernements péquistes du passé opéraient à l’intérieur de paramètres comparables à ceux de leurs équivalents libéraux. Lucien Bouchard et Jean Charest avaient même fait leurs classes politiques à la table du même cabinet conservateur.


La composition du Conseil des ministres de Pauline Marois et les annonces qui l’ont ponctuée ont dissipé l’illusion que le gouvernement péquiste qui s’installe à Québec est de la même mouture.
 
Devant un gouvernement minoritaire qui semble résolu à aller combler son déficit de voix du côté de la gauche et des plates-bandes de Québec solidaire, l’idée de voir le PQ retourner dans l’opposition à la prochaine occasion prend rapidement le pas sur le projet de tisser des liens avec l’équipe de Pauline Marois.
 
***
 
Il faut dire que l’arrivée au pouvoir du PQ survient au moment où la communauté d’affaires québécoises fait déjà figure d’orpheline politique à Ottawa.
 
L’absence des conservateurs de Stephen Harper des réseaux québécois est devenue chronique. Ce vide a été encore exacerbé par la percée québécoise du NPD. Ses ténors économiques sont des inconnus au Québec qui parlent un langage différent de celui auquel sont accoutumées les élites économiques. Leur chef, Thomas Mulcair, n’est pas redevable de son poste à l’appui de ces dernières.
 
Déjà en 2008, la communauté d’affaires québécoise n’avait pas été très emballée par le projet d’un gouvernement fédéral de coalition PLC-NPD dirigé par Stéphane Dion. Il faut dire que, par rapport à Jean Chrétien ou à Paul Martin, le chef libéral démissionnaire de l’époque n’était pas tellement branché sur les gens d’affaires.
 
Surtout, la participation néodémocrate au futur gouvernement n’avait rien pour inspirer confiance à un milieu aussi foncièrement conservateur. Encore aujourd’hui, les éléments les plus réfractaires à un rapprochement entre les libéraux fédéraux et les néodémocrates de Thomas Mulcair sont souvent issus des milieux d’affaires de Toronto et de Montréal. Dans ces milieux, le NPD ne sera pas considéré de sitôt comme une solution de rechange avantageuse aux conservateurs de Stephen Harper.
 
Mais si bien des membres de la communauté d’affaires québécoise se consolent de leur peu d’influence dans les coulisses du pouvoir fédéral à l’idée que le gouvernement majoritaire qui y siège a au moins un préjugé favorable à leur vision de l’économie, il en va autrement de la situation à Québec.
 
Dans l’alignement actuel des étoiles à l’Assemblée nationale, la division du vote entre le PLQ et la Coalition avenir Québec est en bonne voie de devenir l’obsession numéro un d’une grande partie de la classe économique québécoise.
 
***
 
Après le dernier référendum, le gratin du monde des affaires québécois et canadien avait mis son poids dans la balance du passage de Jean Charest du Parlement à l’Assemblée nationale.
 
Plus récemment, des barons d’entreprise canadiens ont joué un rôle déterminant dans la réconciliation du Parti progressiste-conservateur et de l’Alliance canadienne — en menaçant de leur couper les vivres s’ils ne mettaient pas un terme à leur guerre fratricide.
 
À l’heure du financement populaire, le monde des affaires québécois ne dispose pas nécessairement de leviers assez conséquents pour forcer une fusion entre le PLQ et la CAQ. Dans le calendrier limité d’un mandat minoritaire, ce genre de projet manque de réalisme, d’autant qu’il prendrait rapidement des allures de tentative de prise de contrôle hostile.
 
Fort de ses 50 sièges, le PLQ va être très porté à assimiler le rétroviseur du pouvoir au pare-brise de l’opposition et si François Legault avait voulu devenir libéral, il aurait pu accepter un poste de premier plan dans le gouvernement Charest plutôt que de fonder un nouveau parti.
 
À l’époque où le chef de la CAQ avait tenté de convaincre Philippe Couillard de rejoindre les rangs de son futur parti, ce dernier lui avait d’ailleurs suggéré de penser plutôt à passer au PLQ.
 
Cela dit, parmi les grands rendez-vous manqués de Michael Ignatieff, il y a eu celui où le PLQ aurait pu tendre la main au NPD pendant que les libéraux étaient encore en mesure de s’installer dans la locomotive d’une coalition. Et dans un rôle de second violon comparable à celui de la CAQ, Jean Charest et Joe Clark se sont usés en vain à l’ouvrage d’évincer un concurrent avec lequel ils auraient dû pouvoir s’entendre.
 
L’avenir prochain dira si les forces qui se partagent désormais à la fois le territoire fédéraliste québécois et le vaste terrain qui est à la droite du PQ de Mme Marois seront moins masochistes que celles qui se disputent depuis presque dix ans au Canada le périmètre progressiste majoritaire à la gauche de Stephen Harper.
 
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
 
 
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