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Motion sur l’avortement : une poignée de sympathisants qui inquiète néanmoins

22 septembre 2012 | Caroline Montpetit , Marie Vastel | Canada
Le député Stephen Woodworth plaide pour qu’un comité parlementaire soit créé afin de déterminer à quel moment un fœtus devient un être humain.
Photo : La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le député Stephen Woodworth plaide pour qu’un comité parlementaire soit créé afin de déterminer à quel moment un fœtus devient un être humain.
Le gouvernement conservateur a beau s’opposer formellement à la motion de son député Stephen Woodworth -— qui souhaite revoir à quel moment un foetus devient un être humain —, cela n’a pas empêché quelques-uns de ses collègues conservateurs de défendre en Chambre son initiative. Car c’est justement le rôle du Parlement que de revoir ses lois de temps à autre, ont-ils plaidé.

M. Woodworth demande, avec sa motion M-312, qu’un comité parlementaire soit créé pour déterminer à quel moment un foetus devient un être humain aux fins d’application de la section du Code criminel sur les homicides. M. Woodworth déplore qu’aux yeux de la loi, un foetus ne devienne un être humain que lorsqu’il est complètement expulsé du corps de sa mère et non pas dès sa conception. Et il estime que la science pourrait lui donner raison si le Parlement accepte d’étudier la question.


Ses critiques — y compris dans son propre caucus — y voient toutefois une façon détournée de criminaliser à nouveau l’avortement. Mais M. Woodworth s’en défend. « La motion 312 cherche simplement à éclairer avec des connaissances du XXIe siècle une loi de 400 ans qui décrète la déshumanisation et l’exclusion de toute une catégorie de personnes », a-t-il défendu vendredi.


« Un oeuf fécondé n’est pas une catégorie de personnes, a rétorqué la néodémocrate Irene Mathyssen. Ceci est littéralement une claque en plein visage pour les femmes qui ont mené un dur et long combat pour obtenir le droit de contrôler leur propre corps. »


M. Woodworth n’est pas seul. Trois députés conservateurs ont pris la parole pour défendre sa motion. « C’est une étape nécessaire pour réconcilier la loi canadienne avec les faits scientifiques », a notamment plaidé Stella Ambler.


Ce noyau d’élus fédéraux qui tiennent à poursuivre le débat inquiète d’ailleurs les groupes de femmes au pays. La Fédération québécoise pour le planning des naissances (FQPN) et la Fédération des femmes du Québec (FFQ) ont ainsi manifesté vendredi devant le palais de justice de Montréal pour s’opposer à cette idée de créer un comité chargé d’étudier le statut du foetus. Les deux organismes craignent que si le foetus se voit attribuer le statut de personne en vertu du Code criminel, les femmes enceintes soient sujettes à différents types de harcèlement en son nom.


Pour illustrer leur propos, les manifestants présentaient différents sketches, dans lesquels le foetus avait par exemple accès à un avocat, et où l’on soumettait les femmes enceintes à différentes pressions selon qu’elles avaient consommé de l’alcool ou des sushis pendant leur grossesse. C’est qu’advenant qu’il y ait révision du statut du foetus, on craint qu’il y ait « une surveillance accrue du comportement » des femmes enceintes a expliqué Sophie de Cordes, de la FQPN.


Du côté de la FFQ, même si le premier ministre Stephen Harper a déjà annoncé son intention de s’opposer à la motion du député Woodworth, la présidente Alexa Conradi estime que les opposants à l’avortement sont patients et qu’ils peuvent persévérer longtemps pour arriver à leurs fins.


Vote libre


La motion de M. Woodworth n’a pas de chances d’être adoptée, M. Harper s’y étant effectivement lui-même opposé lors de la première heure de débat en avril dernier. « Le gouvernement ne rouvrira pas ce débat […] Les affaires émanant de députés sont précisément cela : des affaires émanant d’un député », a réitéré la secrétaire parlementaire du ministre de la Justice, Kerry-Lynne Findlay.


Le vote est prévu mercredi prochain. Les conservateurs et les libéraux permettront un vote libre et une poignée d’entre eux risque d’appuyer la motion 312. Dans les camps néodémocrate et bloquiste, on assure que tous les élus voteront de façon unanime — et sans qu’on leur impose la ligne de parti — pour s’y opposer.

 
 
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