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Et tant pis pour la vérité…

22 septembre 2012 | Manon Cornellier | Canada
Les conservateurs ont relancé la session parlementaire en se livrant à une attaque en règle contre les néodémocrates, les accusant faussement de vouloir imposer une taxe sur le carbone. Ils sont même allés jusqu’à affirmer que la politique du NPD représentait une des pires menaces qui soient pour l’économie canadienne. Le mensonge, car c’en est un, n’est pas passé inaperçu et plusieurs chroniqueurs se sont employés à rectifier les faits. Avec les mêmes arguments. En voici un petit échantillon.

D’abord Dan Gardner, de l’Ottawa Citizen, qui résume bien l’état d’esprit général et dont le texte vaut la peine qu’on s’y attarde. Gardner rappelle aux conservateurs, au cas où ils l’auraient oublié, que ce sont eux qui sont au pouvoir et que le NPD est dans l’opposition, donc incapable d’aller de l’avant avec sa politique. Deuxièmement, ce dont on accuse le parti de Thomas Mulcair est faux. Le NPD propose plutôt un système de plafonds et d’échanges d’émissions de carbone, ce qui est différent d’une taxe sur le carbone. Les conservateurs le savent, eux qui proposaient la même chose en 2008. « Les conservateurs sont tellement effrontés qu’ils seraient prêts à affirmer que le perroquet n’est pas mort, mais se repose », poursuit Gardner, faisant allusion à un sketch de Monty Python où un commis persiste à dire à un client, qui secoue un perroquet inerte dans tous les sens, que ce dernier n’est pas mort. Le journaliste déplore ce « stratagème bien calculé » où l’important n’est pas de dire la vérité, mais de parler de la politique du NPD de manière à mettre Thomas Mulcair sur la défensive.


Mais, dit Gardner, « je peux les traiter de menteurs cyniques qui grimaceraient en se regardant dans le miroir s’ils avaient une once d’intégrité intellectuelle, mais ils s’en fichent. Ils savent que la majorité des gens ne suivent pas la politique de près. […] Les gens vont capter un peu du bruit de fond et retenir que le NPD veut une nouvelle taxe à laquelle Stephen Harper s’oppose. Voilà l’essentiel qu’ils veulent que le public retienne ». Les corrections des journalistes ne font qu’ajouter au bruit. Ce ne sont pas nécessairement les politiques de ce gouvernement qui le font le plus grincer des dents, dit Gardner, mais « le cynisme renversant et le mépris qui leur servent de fondation. Mépris du Parlement, de la magistrature, des médias et de quiconque se met sur leur chemin. Mais plus que tout, mépris des Canadiens auxquels Stephen Harper dit sans sourciller que le perroquet n’est pas mort, qu’il ne fait que se reposer. Il pense qu’il peut s’en tirer avec cela. Il pense que nous sommes des crétins. Peut-être qu’il peut s’en tirer. Peut-être que nous sommes des crétins. Mais le foutu perroquet est bel et bien mort ».

 

Hypocrisie


Sa collègue Kate Heartfield, toujours de l’Ottawa Citizen, note que les conservateurs ont quand même réussi à atteindre leur but, puisque la plupart des articles écrits pour corriger les faits soulignent qu’une taxe sur le carbone et un système de plafonds et d’échanges pourraient avoir le même impact économique au final. Astucieux, dit-elle, si on oublie « l’hypocrisie » d’un parti qui a lui-même défendu un système de plafonds et d’échanges en 2008. De plus, il est faux de dire qu’un tel système et une taxe sont la même chose. Parfaitement conçues, ces deux méthodes arriveraient aux mêmes résultats, mais elles sont différentes à tous points de vue : la conception, la mise en oeuvre, les mécanismes de contrôle, la bureaucratie… Impossible, donc, de garantir des résultats identiques. Heartfield explique les nuances autour des différents systèmes, avant de démontrer que ce que les conservateurs ont toujours eu en tête - le recours à la réglementation - est un des pires systèmes qu’on puisse imaginer. « Presque n’importe quelle politique intégrant un prix sur le carbone est préférable à cela, mais toutes ces politiques ne sont pas égales », conclut-elle.


Auteur d’un livre sur la politique des changements climatiques, Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, n’est pas plus tendre. D’entrée de jeu, il note que « la machine agressive du Parti conservateur, avec ses publicités télévisées, ses discours et scénarios préfabriqués, a toujours reposé sur une exagération teintée de mensonge. À cela, on peut ajouter, depuis le retour du Parlement, une hypocrisie flagrante, puisque la machine et ses porte-voix — les députés conservateurs — attaquent avec leur habituelle véhémence la politique sur laquelle ils ont eux-mêmes fait campagne ». Maintenant, ils accusent le NPD de vouloir imposer une taxe sur le carbone parce que ce parti défend la même politique. Pour Simpson, c’est une démonstration de plus que les conservateurs n’ont jamais beaucoup tenu à s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Il rappelle que mettre un prix sur le carbone, peu importe le moyen, « est un élément indispensable de tout plan sérieux de réduction des émissions de GES ». Après avoir expliqué la différence entre système de plafonds et d’échanges et taxe, Simpson convient que tout système a un coût qui finit par être refilé aux consommateurs. Mais il en va de même des règlements que concoctent les conservateurs, une solution considérée moins efficace pour limiter les coûts qu’ils dénoncent.

 
 
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