Recensement - Le Québec fait famille à part

Les couples québécois vivant en union libre représentent maintenant 37,8% des couples de la province, une augmentation de trois points de pourcentage par rapport au recensement de 2006.
Photo: La Presse canadienne (photo) Patrick Dell Les couples québécois vivant en union libre représentent maintenant 37,8% des couples de la province, une augmentation de trois points de pourcentage par rapport au recensement de 2006.

Le Québec, société distincte? Sans aucun doute, si l’on parle de composition familiale. Avec près de quatre couples sur dix qui vivent en union libre, la province fait carrément famille à part d’avec le reste du pays, révélait mercredi Statistique Canada.

La troisième tranche de données tirées du recensement de 2011 confirme ainsi le statut particulier du tableau familial québécois. Car si la famille nucléaire traditionnelle éclate un peu partout au Canada, c’est clairement au Québec que les changements se font sentir le plus significativement. La tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’accentue.


Les couples québécois vivant en union libre représentent maintenant 37,8 % des couples de la province, une augmentation de trois points de pourcentage par rapport au recensement de 2006. À ce chapitre, le Québec supplante tous les pays où la proportion de couples en union libre est importante : à 29 %, la Suède suit loin derrière. Par rapport aux familles de recensement (c’est-à-dire les couples avec ou sans enfants, ainsi que les familles monoparentales), les « amoureux libres » représentent encore 31,5 % des familles québécoises.


Ce sont là des taux nettement plus haut que la moyenne canadienne, où 16,7 % des 9,4 millions de familles de recensement sont formées de couples en union libre (soit 1,56 million de couples, une augmentation nationale de près de 14 % en cinq ans). Corollaire, le nombre de couples mariés diminue, même s’il demeure la norme. Là aussi, le Québec se distingue. Moins de 52 % des familles de recensement sont des couples mariés au Québec, statistique établie à 67 % au Canada.


Autres signes distinctifs ? Il y a légèrement plus de familles monoparentales au Québec, et sensiblement plus de familles recomposées (16,1 % au Québec, contre 12,6 % pour la moyenne nationale). Il y a aussi plus de ménages composés d’une personne seule (32,2 % contre 27,1 % pour le Canada). Dans au moins quatre catégories (union libre, mariage, familles recomposées et personnes seules), le Québec se situe ainsi tout en haut (ou en bas) du classement des provinces.


Ces écarts entre le Québec et le reste du Canada n’étonnent toutefois pas Céline Le Bourdais, directrice de la chaire de recherche du Canada en statistiques sociales et en changement familial de l’Université McGill. « On confirme ici des tendances », dit-elle en rappelant qu’une seule donnée influence toutes les autres. « On vit davantage en union libre et on sait que ces couples sont plus instables, même s’ils durent de plus en plus longtemps. Ça a forcément un impact sur les couples mariés et les familles recomposées. »


Sur le fond, Mme Le Bourdais soutient que « ça fait des années qu’on se casse la tête pour trouver des raisons expliquant pourquoi les Québécois préfèrent les unions libres. On a évoqué le rejet de l’institution catholique, le manque d’intérêt envers le mariage civil - qui était jusqu’à récemment une cérémonie plate au Palais de justice -, le féminisme plus fort au Québec, ou même un rejet du partage obligatoire du patrimoine pour les mariés… La vérité, c’est qu’on ne le sait pas précisément. »


Le portrait global dessiné par ce volet du recensement indique « une diversification des formes familiales au Canada et au Québec », observe Eric Caron-Malenfant, analyste à Statistique Canada. « La proportion de couples en union libre augmente, les familles monoparentales aussi, alors que les couples mariés perdent de l’importance. C’est une tendance de fond. »


La famille canadienne est ainsi plus variée que jamais. De plus en plus d’enfants vivent dans un ménage en union libre (de 12,8 % des enfants en 2001 à 16,3 % dix ans plus tard). Ils sont 63,6 % à vivre au sein d’un ménage marié, soit cinq points de pourcentage de moins qu’en 2001.

 

Familles « recomposées »


Il y a près de 500 000 familles « recomposées » au Canada, une donnée dénombrée pour la première fois par Statistique Canada. On entend par là un couple qui vit avec au moins un enfant né d’une précédente union. C’est donc plus de 12 % des 3,7 millions de familles avec enfant qui sont recomposées. Un peu plus de la moitié de ces familles sont des « recomposées simples », c’est à dire sans demi-frère ou demi-soeur dans le portrait. Mais au total, un enfant canadien sur dix vit dans une famille recomposée.


Le recensement indique aussi qu’il y a 64 500 couples de même sexe au pays, une augmentation de 42 % en cinq ans. Le tiers de ces couples sont mariés - ce qui est légal au Canada depuis 2005. La proportion de couples de même sexe par rapport à tous les couples canadiens (0,8 %) est semblable à celle observée en Australie, au Royaume-Uni et en Irlande, note Statistique Canada. Près de la moitié de tous les couples homosexuels au Canada vivent à Montréal, Vancouver et Toronto.


Les familles monoparentales demeurent par ailleurs une part importante du tableau familial canadien, avec 1,52 million de foyers ainsi composés. C’est la première fois que les couples en union libre sont plus nombreux que les familles monoparentales. Ces dernières sont composées à 80 % par des femmes (qui s’occupent donc seules de plus de 12 % de toutes les familles de recensement).


Sinon, le recensement révèle que le phénomène des « Tanguy » - ces jeunes adultes qui ne quittent pas le nid familial - semble s’être stabilisé. Mais plus de 42 % des jeunes de 20 à 29 ans demeuraient chez leurs parents au moment du recensement, un taux qui était de 27 % il y a 30 ans. Les jeunes sont par conséquent moins nombreux à vivre en couple (31 % en 2011, alors que c’était un jeune sur deux en 1981).

12 commentaires
  • André Pilon - Inscrit 20 septembre 2012 03 h 19

    Adieu couple, bonjour parents! (1ère partie)

    "La famille nucléaire traditionnelle éclate un peu partout" affirme-t-on avec raison dans ce texte. Beaucoup d'entre nous avons déjà fait ce constat. Ce qui est tragique, c'est que peu d'entre nous semblons se soucier des effets majeurs que cela entraîne sur nos enfants.

    La fin du modèle nucléaire familial c'est en fait la fin du couple comme assise de la famille. Le couple dont l'objectif dans la famille nucléaire est d'assurer la sécurité et la stabilité à sa progéniture, échoue aujourd'hui lamentablement à remplir cette tâche.

    Un autre chiffre alarmant que le recensement ne nous dira pas c'est que pratiquement un enfant sur deux vivra l'éclatement de sa cellule familiale avant d'entrer à l'école. Les séquelles d'un tel évènement au cours de la petite enfance sont souvent très importantes.

    Nous pouvons aussi faire une autre extrapolation de nos statistiques familiales. Et celle-là illustre encore mieux à mon avis, la faiblesse du modèle de la famille nucléaire pour prendre soin de nos descendants. Il y a en effet une famille sur deux qui ne compte qu'un seul enfant. Et on dénombre aussi un tiers des familles environ avec deux enfants.

    Ce ne sera peut-être pas facile à admettre pour plusieurs mais cela signifie qu'aujourd'hui, la majorité des enfants est élevée par des parents sans expérience (les enfants uniques et les premiers des familles de deux), par des amateurs quoi. S'il est encore une fois difficile d'évaluer les conséquences de cet état de fait, il n'est certainement pas très rassurant.

    Bref nous en sommes à un point où il faut offrir de nouveaux modèles mieux structurés, pour permettre aux futurs parents de prendre de l'expérience bien avant de se lancer dans l'aventure familiale, et aussi pour minimiser l'impact sur les enfants d'une rupture plus que probable du couple originel. L'isolement de la famille nucléaire l'empêche d'être efficace sur ces deux aspects aujourd'hui fondamentaux.

  • André Pilon - Inscrit 20 septembre 2012 03 h 20

    Adieu couple, bonjour parents! (2ième partie)

    Une solution serait par exemple de prendre pour modèle ces immenses résidences pour personnes âgées, et d'offrir des complexes d'habitation réunissant tous les services requis par les familles avec de jeunes enfants: salles et terrain de jeux, garderie, école primaire, repas communautaires, premiers soins, etc.

    Ces résidences pourraient par exemple offrir des stages pratiques aux futurs parents pour bien les préparer. Et surtout, le roulement et le nombre d'unités d'habitations permettraient aux couples qui se séparent de simplement changer d'unité de logement, en restant sur place près leurs enfants afin de conserver un contact quotidien avec eux. Idéalement, je verrais ce genre de résidence située tout près d'une résidence pour personnes âgées. Je suis certain que plusieurs d'entre elles seraient enchantées de venir offrir leur savoir-faire occasionnellement.

    Essentiellement. il s'agit de ramener la responsabilité familiale vers les parents collectivement et cesser de la confiner au niveau du couple. Cette nouvelle forme d'habitation permettrait assez facilement aussi le partage des tâches par les parents, de même que la possibilité d'être parent avec des partenaires différents de façon harmonieuse. Sans compter les énormes bénéfices pour les enfants qui seraient alors constamment entourés par des amis de leur âge, et aussi par d'autres plus jeunes et plus vieux.

    Ce mode de vie familial plus communautaire permettrait aussi d'intégrer efficacement les familles mono-parentales.

  • Patrick Vanasse - Abonné 20 septembre 2012 08 h 47

    Faiblesse des valeurs chrétiennes au Québec

    La haute proportion d'unions libres, de familles monoparentales et reconstituées, témoigne de la faiblesse des valeurs chrétiennes au Québec par rapport au reste du Canada. Le mariage et la famille traditionnelle constituent un pilier de la stabilité et témoignent de la fidélité aux valeurs enseignées dans la Bible et de la parole de Dieu. Or, le Québec connait un déficit important en la matière, causé entre autres par l'effondrement de la pratique chrétienne à la suite de la Révolution tranquille. Une telle baisse n'a pas été aussi marquée dans le reste du Canada, où le rejet de l'Église n'a pas aussi été marquée. Il serait donc temps que les québécois se redéfinissent spirituellement, pas nécessairement en revenant à la situation d'avant les années 60 en matière de mainmise de l'Église catholique sur la société, mais en revenant à la foi chrétienne et aux valeurs enseignées par l'Évangile.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 septembre 2012 11 h 34

      Les valeurs de l'Évangile? Ne dit-on pas dans un évangile qu'il faut quitter sa femme, ses enfants et ses biens pour se mettre au service de Dieu?

    • Annik Cayouette-Brousseau - Inscrite 20 septembre 2012 12 h 42

      Sauf votre respect monsieur Vanasse, si les Québécois ont choisi progressivement d'abandonner le joug de la religion catholique, c'est pour de bonnes raisons. La Révolution tranquille n'a fait qu'accèlérer un désintérêt et une modification des valeurs sociétales qui étaient déjà en cours.

      Sachez monsieur que la religion n'est pas ce qui permet à une famille de rester unie ou non. Cela demande davantage des compromis et une bonne communication, tout cela doublé d'amour et de confiance. Certes les valeurs fondamentales telles que la famille ou l'entraide sont véhiculées dans l'Évangile, mais n'émanent pas de cette sphère. La religion n'a pas et n'a jamais eu la science infuse et j'irais même jusqu'à dire qu'elle est complètement dépassé aujourd'hui...

      Je suis par contre d'accord avec vous sur le fait que les Québécois sont mûrs pour une redéfinition de leur spiritualité. Mais aucunement comme vous l'entendez. Pourquoi se définir toujours catholiques, alors que près de la 1/2 voire le 2/3 ne sont même pas pratiquants et qu'une bonne partie ne sont pas croyants.

      Notre état québécois est mûr pour une bonne réforme de laïcité et pour un meilleur encadrement des nouveaux types de famille devant nécéssairement jongler désormais avec travail-famille. La solution est là et non dans la relecture de reliques poussièreuses...

      Bien à vous.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 septembre 2012 13 h 07

      Euh, en somme, de jetter tout l'héritage de la Révolution tranquille pour se redéfinir en tant que peuple calqué sur les États-Unis et le Canada?

      Avec la religion présente à tous les instants dans la vie politique?

      Non merci.

    • Jean-Guy Marchand - Inscrit 20 septembre 2012 14 h 54

      Je ne sais pas si c'est dans le Christianisme la solution aux séparations de couples au Québec, mais les données, concernant les ruptures, restent toutefois affolantes. On peut décrier les reliques poussiéreuses de monsieur Vanasse, pourtant nous devons réfléchir à l'abandon de certaines valeurs léguées par nos ancêtres et fondammentalement liées à la famille chrétienne d'antan et de certains de ses bienfaits. Qui n'a pas garder en mémoire, étant enfant, ces inoubliables souvenirs de la grande messe du dimanche, regarder la parenté chanter de plein coeur et de nous réunir après, en grande famille, pour manger et fêter. De nos jours, retrouverions-nous ce genre de joie chez Mc-Donald, avant d'aller magasiner le restant de la journée?
      Avant de jeter l'eau avec le bain, nous devrions peut-être nous demander ce à quoi les vertus de cette spiritualité "démodée" pourrait encore nous fournir afin d'améliorer le sens de nos vie.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 septembre 2012 16 h 19

      On ne va plus à la messe, mais on se retrouve pour fêter en famille quand même.

      Les valeurs familiales ne sont pas l'appanage de la religion. Vous avez donc un bon point, on a pas à jeter les valeurs familiales avec la religion.

  • Danielle Dubuc - Inscrite 20 septembre 2012 09 h 45

    Les Tanguys

    Je retiens aussi que presque la moitié des jeunes entre 20 et 29 ans vivent chez leurs parents! C'est vraiment énorme non?

    • Annik Cayouette-Brousseau - Inscrite 20 septembre 2012 12 h 28

      Beaucoup de jeunes habitent encore chez leurs parents à cet âge, car ils poursuivent des études supérieures; phénomène qu'on voyait peu ou pas autrefois. De nos jours, il n'est pas rare qu'un enfant se rende à la maîtrise ou au doctorat. Il est certain que certains parents souhaitent sans doute voir leurs enfants quitter la maison plus tôt, mais pour beaucoup il s'agit d'un choix permettant à ces jeunes de poursuivent leurs études de manière plus aisée et sécuritaire financièrement...

    • Richard Laroche - Inscrit 20 septembre 2012 13 h 13

      C'est peut-être les maisons qui sont énormes.

      Peut-être qu'ils ne resteraient pas chez leurs parents s'ils avaient pas un logement complet au sous-sol avec cinéma-maison et piscine creusée dans la cour.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 septembre 2012 16 h 21

      @Richard Laroche : La loi de Poe, sans doute, mais êtes-vous sérieux?

      La moitié des jeunes auraient donc cinéma maison et picine creusée... Non, vous ne pouviez pas être sérieux.