Diane Bellemare arrive au Sénat
Harper nomme cinq sénateurs de plus sans attendre sa réforme
Même avant ces cinq nominations, les troupes conservatrices détenaient une très confortable majorité à la Chambre haute avec 57 sièges contre 40 pour les libéraux. Ils pouvaient donc déjà faire adopter toutes les lois qu’ils désiraient, incluant celle instaurant des « élections » sénatoriales. Les dernières nominations portent à 62 le nombre de sénateurs conservateurs contre 40 libéraux, un progressiste-conservateur et deux indépendants pour un total de 105.
Malgré tout, M. Harper présente ces nominations comme pouvant l’aider à faire avancer sa réforme sénatoriale. « Toutes les personnes nommées se sont engagées à appuyer le gouvernement dans ses efforts visant à rendre le Sénat plus démocratique et plus responsable, notamment en limitant la durée du mandat des sénateurs et en incitant les provinces et les territoires à établir un processus démocratique pour la sélection des candidats devant être nommés au Sénat. » Cette réforme végète en réalité à la Chambre des communes en ce qu’elle n’a pas été débattue depuis février.
Ce projet de loi incite les provinces à instaurer, si elles le désirent, un processus électoral de leur choix pour désigner des candidats sénatoriaux. Le premier ministre du Canada aurait la possibilité - mais pas l’obligation - de choisir ses sénateurs parmi ce bassin de candidats provinciaux lorsqu’un siège se libère.
Les nouveaux venus
Au nombre des heureux non-élus de vendredi, on compte l’économiste Diane Bellemare, qui a été candidate adéquiste en 2003 et deux fois en 2008 (élection partielle et générale). Elle a perdu chaque fois. Économiste respectée, elle a été associée au Centre de recherche interuniversitaire CIRANO et a oeuvré au Conseil du patronat du Québec. Elle a été conseillère économique au cabinet de Mario Dumont lorsque celui-ci était chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Mme Bellemare a signé ce printemps dans les pages du Devoir une longue lettre expliquant pourquoi la réforme du gouvernement conservateur en matière d’assurance-emploi n’est pas une bonne idée.
« Le gouvernement fédéral fait fausse route en adoptant une réforme de l’assurance-emploi qui s’attaque aux symptômes d’un marché du travail dysfonctionnel plutôt que de chercher à en éliminer les causes réelles », écrivait-elle. Mme Bellemare estimait que la décision d’obliger tout chômeur fréquent à accepter n’importe quel travail avec une rémunération à 70 % du salaire antérieur entraînerait la désuétude des compétences professionnelles. Elle rappelait au gouvernement que le programme d’assurance-emploi est aussi un « mécanisme de supplément du revenu » dans les zones où l’emploi se fait rare. « Le chômage fréquent est bien plus le résultat de pratiques de gestion de ressources humaines afin de procurer un revenu d’emploi décent au plus grand nombre de personnes possible que le résultat de pratiques frauduleuses de la part de profiteurs du système. »
Il n’a pas été possible de parler à Mme Bellemare vendredi, mais dans une réaction écrite, elle a indiqué qu’elle était « très honorée » d’accepter le poste au Sénat. « Depuis deux ans, je me consacre à mettre à jour mes recherches sur l’emploi et je compte bien en faire profiter mes nouveaux collègues. »
Également nommé, Tobias Enverga Jr, un gestionnaire de projets chez BMO qui a reçu la médaille du Jubilé de diamant de la reine. M. Enverga avait été « approuvé » par le groupe pro-vie Campaign Life Coalition lors de son élection au conseil scolaire de Toronto parce qu’il s’engageait à assurer que l’enseignement prodigué fasse la promotion des doctrines de l’Église catholique, « incluant l’illégalité de l’avortement, de la contraception et des pratiques homosexuelles ».
Les autres sénateurs sont Thanh Hai Ngo, un juge de la citoyenneté depuis 2007, actif dans la communauté vietnamienne, Thomas Johnson McInnis, un avocat de Nouvelle-Écosse qui a été candidat progressiste-conservateur fédéral à l’élection de 2000 et député conservateur provincial de 1978 à 1993, ainsi que l’avocat du Nouveau-Brunswick Paul McIntyre.








