Dépenser selon ses moyens
Les candidats à la chefferie du PLC devront limiter leur endettement
Montebello – Endettés, mais pas exclus. Les quatre candidats à la chefferie libérale de 2006 qui traînent encore une dette de campagne pourront, s’ils le désirent, se porter à nouveau candidats pour la course 2013 du Parti libéral du Canada (PLC), officiellement enclenchée jeudi. Toutefois, pour éviter que ne se répète ce scénario-cauchemar, les aspirants de la nouvelle course ne pourront plus emprunter sans limites.
Le vainqueur, qui remplacera le chef intérimaire Bob Rae, sera connu le 14 avril 2013, à Ottawa. Ceux intéressés à diriger la destinée de ce parti, troisième à la Chambre des communes, devront acquitter un droit d’entrée de 75 000 $. Ils ne pourront, pendant la course, dépenser plus que 950 000 $, ce qui est beaucoup moins que ce qu’avaient dépensé les Bob Rae et Michael Ignatieff en 2006, par exemple. De plus, à aucun moment dans la course un candidat ne pourra accumuler une dette supérieure à 75 000$.
«On a décidé que c’était mieux que les candidats dépensent l’argent qu’ils ramassent», a expliqué le président du PLC, Michael Crowley, en conférence de presse jeudi. En 2006, plusieurs des candidats à la chefferie libérale avaient accumulé des dettes qu’ils ont mis des années à rembourser. Cette lenteur est largement due au changement de règles que le Parti conservateur avait imposé en cours de route. Le plafond des dons avait été ramené de 5400 $ à 1100 $, et les limites s’appliquaient pour toute la durée de la campagne, et non plus pour chaque année. Encore aujourd’hui, Martha Hall Findlay, Ken Dryden, Joe Volpe et Hedy Fry traînent des créances. Dans le cas des deux premiers, ils se doivent l’argent à eux-mêmes.
Élections Canada décidera sous peu si elle confie leur cas au Commissaire des élections. L’agence prend toutefois soin de rappeler que cette situation est moins exceptionnelle qu’elle n’y paraît. Les candidats aux élections traînent constamment des dettes de campagne. Des candidats aux élections de 2004, 2006 et 2008 cumulent des créances impayées de 2,9 millions de dollars. Du lot, on compte plusieurs députés conservateurs, notamment les ministres John Baird (1604 $ en 2006) et Diane Finley (9493 $ en 2008).
Les quatre endettés libéraux ne seront d’ailleurs pas exclus de la nouvelle course. « Il n’y a pas de règle dans la constitution du parti qui empêche ces candidats d’être candidats de nouveau. C’est une décision politique qu’ils doivent prendre », a expliqué M. Crawley. C’est une bonne nouvelle pour Mme Hall Findlay, qui songe à se présenter de nouveau. Elle multiplie les sorties dans des revues de réflexion politique.
Cette non-exclusion a fait sortir le Parti conservateur de ses gonds. « Si le Parti libéral est sérieux dans sa volonté de respecter la loi, il interdira la candidature des quatre libéraux seniors qui ont violé la loi depuis six ans », a fait savoir par communiqué le porte-parole du parti, Fred DeLory. M. DeLory n’a pas répondu quand on lui a demandé si cette logique devait aussi s’appliquer aux députés et ministres conservateurs.
Vote préférentiel et pondéré
Le Parti libéral abandonnera la formule des délégués pour choisir son chef. Désormais, chaque membre du parti, et même les sympathisants (ces gens intéressés par le parti, mais qui n’ont pas acheté une carte de membre), aura le droit de vote. Ces votes seront pondérés de manière à ce que chacune des 308 circonscriptions fédérales du pays ait le même poids dans la détermination d’un chef. Ainsi, les milliers de militants de la circonscription de Papineau n’auront ensemble pas plus de poids s’ils jettent tous leur dévolu sur leur député Justin Trudeau que ne l’auraient, disons, la poignée de libéraux actifs à Calgary-Sud-Ouest, fief de Stephen Harper.
Le vote sera préférentiel. Le gagnant devra récolter 50 % des points possibles. Si aucun candidat n’obtient ce score du premier coup, le candidat qui aura reçu le moins de votes sera éliminé et ses votes seront répartis entre les autres candidats selon les 2es choix inscrits sur ses bulletins de vote. C’est exactement la formule utilisée par le Parti conservateur pour sa course ayant couronné Stephen Harper.
Le PLC dit compter pour l’heure à peine 50 000 militants et 25 000 sympathisants. Lorsque l’identité du gagnant sera dévoilée le 14 avril prochain, le nouveau chef disposera de deux ans et demi pour trouver ses marques, la prochaine élection fédérale n’étant prévue que pour octobre 2015, selon la Loi sur les élections à date fixe que M. Harper a fait adopter. Notons toutefois que cette loi n’a pas été respectée en 2008, quand le premier ministre a déclenché lui-même un scrutin sans avoir perdu de vote de confiance. De plus, M. Harper s’est dit récemment ouvert à revoir la date du scrutin de 2015, puisque l’élection fédérale surviendrait en même temps que celles au Manitoba, en Saskatchewan, et à Terre-Neuve.








