Ontario - McGuinty à la recherche d’une majorité
Les Québécois sauront mardi s’ils se retrouveront ou non avec un gouvernement minoritaire. Les Ontariens, eux, apprendront jeudi si l’affrontement entre les enseignants et leur gouvernement donnera aux libéraux de Dalton McGuinty la majorité qui leur a échappé l’an dernier.
Deux élections partielles auront lieu le 6 septembre en Ontario afin de remplacer une conservatrice et un libéral démissionnaires. Si les libéraux l’emportent, ils auront l’unique siège qui leur manquait pour gouverner sans l’appui d’un des partis d’opposition.
Pour y parvenir, Dalton McGuinty, le « premier ministre de l’Éducation », comme on le surnomme, joue gros. Il a choisi de prendre de front les enseignants, ses alliés des élections précédentes. Le printemps dernier, il leur a demandé d’accepter un gel de salaire de deux ans et la fin de l’accumulation des congés de maladie qui leur étaient remboursés au moment de la retraite. Devant leur refus, il a rappelé l’Assemblée législative lundi dernier pour faire adopter une loi spéciale imposant le nouveau contrat de travail et suspendant le droit de grève.
Son argument : il fallait agir vite pour empêcher que le contrat actuel soit automatiquement renouvelé, ce qui se serait produit samedi. Avec son déficit de 14,8 milliards de dollars, disent les libéraux, la province ne peut à la fois payer la facture de 473 millions associée à ce contrat et aller de l’avant avec certaines promesses populaires, comme des classes plus petites et un programme de maternelle et de jardin d’enfants à temps plein.
« Notre projet de loi est conçu de façon à faire une pause pour ce qui est du salaire des enseignants tout en continuant à réduire la taille des classes, à investir dans la mise en place des jardins d’enfants à temps plein, à faire des progrès du côté des résultats et du taux de diplomation », a répété le premier ministre McGuinty lors de la reprise des travaux parlementaires lundi.
« Le message du gouvernement est qu’il n’agit pas contre l’éducation, mais pour protéger les services, ce qui passe bien auprès d’une partie de la population », note le politologue Richard Nimijean, de l’École d’études canadiennes de l’Université Carleton. « L’Ontario a déjà connu des grèves dans le secteur de l’éducation et les enseignants ne sont pas les plus populaires. De plus, en période de ralentissement économique et de restrictions budgétaires, le gouvernement marque des points en s’en prenant à un groupe jugé, à certains égards, privilégié. »
Et c’est habile politiquement, poursuit-il. Minoritaire, M. McGuinty adopte la stratégie qui a fait le succès de Stephen Harper. Il piège son principal opposant - le chef conservateur Tim Hudak - tout en isolant le troisième parti qui gagne du terrain, le Nouveau Parti démocratique d’Andrea Horwath.
En fait, les libéraux donnent l’impression d’être au centre, dit M. Nimijean, entre les conservateurs qui iraient plus loin et le NPD qui est vu comme l’allié des syndicats. « M. McGuinty se présente comme exerçant un leadership clair et responsable sur le plan fiscal, davantage dans la lignée de Jean Chrétien que dans celle des compressions de Mike Harris. »
Ce calcul très politique comporte toutefois de très gros risques pour Dalton McGuinty, reconnaît le professeur. La grande majorité des enseignants est furieuse de se faire imposer un contrat de travail. Plus de 5000 d’entre eux étaient d’ailleurs sur les pelouses de l’Assemblée législative mardi pour protester contre la loi spéciale, ce qui ne s’était pas vu depuis les années Rae et Harris.
La presse torontoise était parsemée de témoignages d’enseignants se sentant trahis, eux dont les syndicats ont contribué à des campagnes contre les conservateurs. Ils croyaient le gouvernement de leur côté puisque celui-ci a procédé à plusieurs réformes et, depuis son arrivée au pouvoir en 2003, augmenté le salaire des enseignants de 25 %. Ces derniers promettaient de se souvenir de ce nouvel affront.
Or il suffit qu’une seule des deux circonscriptions en jeu échappe à Dalton McGuinty pour qu’il se retrouve sans majorité, mais dépouillé pour longtemps d’une partie de sa base.








