Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Des ministres malhabiles ou qui intimident?

Des élus conservateurs s’en sont pris au travail de certains journalistes

25 août 2012 | Marie Vastel | Canada
Le ministre Jason Kenney a vertement critiqué un article de La Presse en juin
Photo : François Pesant Le Devoir Le ministre Jason Kenney a vertement critiqué un article de La Presse en juin

Ottawa – Il y a d’abord eu le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, qui s’en est pris, à coup de communiqué diffusé à toute la presse parlementaire d’Ottawa, à un article de La Presse portant sur l’expulsion d’une Colombienne de Montréal. Puis, lundi, son collègue Deepak Obrhai, secrétaire parlementaire aux Affaires étrangères, a lancé sa propre charge publique contre son journal local, qui n’a pas couvert l’ouverture d’un festival. Ces deux incidents ne donnent pas lieu de s’inquiéter d’une nouvelle tendance des conservateurs, selon des professeurs en journalisme, mais il reste qu’il s’agit d’une stratégie de communications « malhabile ». Les partis d’opposition craignent quant à eux une tentative d’intimidation.


« Le Calgary Herald ne représente pas le peuple de Calgary », titre M. Obrhai dans une déclaration envoyée en début de semaine. Soulignant l’importance du GlobalFest - une compétition de feux d’artifice dans sa circonscription -, le député de Calgary-Est reproche au quotidien de ne pas avoir évoqué l’ouverture du festival dans son édition de lundi. Le Calgary Herald avait toutefois fait mention du festival à deux reprises à la mi-août.


« J’ai tous les droits, en tant que député, par l’entremise de mon bureau de circonscription, de faire valoir mon inquiétude et de publiciser qu’il est important pour un journal de la ville où l’on vit de couvrir de tels événements importants », a plaidé M. Obrhai en entretien téléphonique. Puisque les citoyens peuvent envoyer des lettres aux salles de rédaction ou défendre leur opinion par le truchement des médias sociaux, M. Obrhai estime qu’il peut très bien faire de même.


Une liberté d’expression que tout le monde s’entend pour reconnaître. Mais de l’avis du chef libéral par intérim, Bob Rae, des ministres devraient faire preuve d’un peu plus de retenue, car « une expression de leur point de vue personnel pourrait être confondue avec une sorte d’intimidation ». Son collègue néodémocrate s’est montré moins frileux, accusant carrément les conservateurs d’avoir l’habitude de « sortir le bazooka pour punir et intimider ». « Encore une fois, quand l’histoire ne fait pas l’affaire des conservateurs, ils ont le même réflexe d’intimidation et de contrôle », a dénoncé Alexandre Boulerice.


Mi-juin, c’est le ministre Kenney qui avait tiré à boulets rouges sur une journaliste de La Presse, dénonçant le fait que son ministère n’avait pas été consulté pour réagir à l’article avant publication. « Les journalistes devraient faire des reportages exhaustifs, et non pas se contenter de relater des faits non corroborés », avait-il lancé dans une sortie inhabituelle qui avait des airs de leçon de journalisme. Le ministre avait aussi détaillé le dossier d’immigration - confidentiel - de Joanna Martinez, aujourd’hui de retour dans son pays d’origine la Colombie.

 

Non habituel


Une sortie qui déroge du rôle traditionnel d’un ministre, conviennent deux professeurs d’information de l’Université Laval. Mais ce ne sont que deux cas et on ne peut donc pas y voir une nouvelle pratique du gouvernement et encore moins s’en inquiéter outre mesure. « C’est malhabile. Et ce n’est pas recommandé du point de vue de la stratégie politique, parce que ça explicite trop la possibilité qu’on veuille contrôler l’information », estime néanmoins le professeur Jacques Rivest. Les journalistes ont cependant à leur tour l’occasion de répliquer, « donc ce n’est pas un danger », selon lui.


Un avis partagé par son collègue Florian Sauvageau, qui juge que la sortie de M. Obhrai cette semaine est « plus une bêtise qu’autre chose ». « Mais il ne faut pas dire non plus que la liberté de presse est menacée chaque fois que quelqu’un se plaint. Les journalistes ont juste à ne pas s’occuper de ça », réplique-t-il.


Même son de cloche à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, où l’on refuse de s’inquiéter aussi rapidement. Les relations d’Ottawa avec la presse sont tendues, « alors c’est certainement une source de préoccupation, mais je ne ferai pas sonner l’alarme avec ces cas-là », a commenté le président et journaliste au Devoir Brian Myles.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel