Un coup de pouce de Kenney à Black?
Ottawa – Plusieurs dizaines d’avocats ontariens refusent de croire que le ministre de l’Immigration n’est pas intervenu pour faciliter l’obtention d’un permis de résidence temporaire pour Conrad Black. Qui plus est, les juristes n’ont pas digéré de voir Jason Kenney traîner l’un de leurs collègues — qui a émis les mêmes doutes — devant le barreau.
Dans une lettre ouverte écrite au ministre Kenney et publiée par le Globe and Mail hier, plus de 70 avocats arguent qu’il « n’était pas crédible que la décision entourant le permis de résidence temporaire de Conrad Black ait été prise sans aucune implication » de sa part.
Avant eux, leur collègue de Toronto, Guidy Mamann, avait lui aussi mis en doute le fait que le ministre n’ait pas été impliqué. L’entourage de M. Kenney avait par la suite porté plainte auprès du Barreau du Haut-Canada — qui a rejeté la requête. « Nous trouvons répréhensible votre tentative, et celle de vos représentants, de museler la liberté d’expression. Nous ne céderons pas », préviennent les avocats, en mettant le ministre au défi de déposer une nouvelle plainte contre eux.
Lorsque le Globe and Mail a rapporté en mai dernier que M. Black serait autorisé à revenir au pays — à la suite de son emprisonnement en Floride pour fraude et entrave à la justice —, M. Kenney avait immédiatement affirmé avoir sommé ses fonctionnaires de ne mêler ni lui ni son équipe au dossier. Conrad Black avait renoncé à sa citoyenneté canadienne pour pouvoir accepter le titre de « Lord Black of Crossharbour » qui lui a été offert par la Grande-Bretagne. « Cette décision a été prise par des fonctionnaires indépendants, en vertu de la loi canadienne. Ni le ministre de l’Immigration ni ses employés n’ont été impliqués dans l’étude de ce dossier », a réitéré hier la directrice des communications de Jason Kenney, Ana Curic.
Le premier ministre a lui aussi été forcé de défendre son ministre de l’Immigration, de passage au Manitoba hier. « Ce n’est pas dans l’intérêt de notre gouvernement d’intervenir dans cette affaire d’aucune façon que ce soit », a-t-il plaidé.
Le bureau du ministre a par ailleurs cité une nouvelle de CBC, qui rapportait en juin que M. Black ne semblait pas avoir eu droit à un traitement de faveur. Le réseau avait obtenu des documents gouvernementaux qui suggéraient que le cas de M. Black n’avait donné lieu à aucune ingérence politique.








