Soins de santé aux réfugiés - Une réforme infondée, jugent les libéraux
Dès la rentrée parlementaire en septembre, le libéral Kevin Lamoureux demandera au Comité parlementaire de l’immigration de se pencher sur la réforme entrée en vigueur fin juin pour en étudier le bien-fondé. En vertu des changements apportés par le gouvernement conservateur, Ottawa ne paie désormais les soins de santé ou les médicaments des demandeurs d’asile refusés au pays ou ceux provenant de pays dits « désignés » que si leur situation menace la santé publique. Pas de remboursement en cas d’accouchement ou de crise cardiaque, donc. Quant aux autres réfugiés, seuls les soins d’urgence sont offerts.
« Il y a une bonne dose d’inquiétude à l’effet que cette décision a été prise sur un coup de tête, qu’il n’y a pas eu de réelle consultation, de vraies études. Nous n’en avons pas vu […]. Une bonne politique gouvernementale, c’est lorsque vous avez des décisions politiques basées sur des preuves », a fait valoir M. Lamoureux hier, en sommant le ministre Kenney de dévoiler les documents qui l’ont convaincu de modifier le Programme fédéral de santé intérimaire (PSFI).
Pas d’études
Questionné pour savoir s’il avait consulté des travailleurs de la santé, le ministre Kenney avait reconnu que ce n’était pas le cas. « Nous n’avons pas tenu de consultations publiques formelles sur ce sujet, mais nous avons certainement entendu des Canadiens à maintes reprises nous dire qu’ils ne pensaient pas que nous devrions fournir un meilleur accès aux soins de santé aux demandeurs d’asile qu’aux Canadiens », avait-il affirmé à la veille du début de la réforme.
Son bureau a refusé de préciser au Devoir hier s’il avait eu recours à des études ou mené des consultations au moment de décider de modifier le PSFI. « Notre gouvernement conservateur s’oppose farouchement à l’irresponsable politique des libéraux et du NPD qui permettrait aux immigrants illégaux et aux faux demandeurs d’asile, faisant l’objet d’une mesure d’expulsion et refusant de quitter le Canada, de pouvoir abuser de l’équité de notre système d’immigration en profitant d’avantages médicaux beaucoup plus généreux que ceux dont bénéficient les contribuables canadiens », s’est contenté de répondre l’attachée de presse du ministre par courriel.
M. Lamoureux aimerait en outre que le Comité entende les travailleurs de la santé qui s’occupent de réfugiés tout comme les provinces, dont quelques-unes - dont le Québec - ont accusé Ottawa de leur refiler la facture de ces soins de santé. Quant à l’argument de M. Kenney selon lequel ces gens n’ont qu’à se procurer une assurance maladie privée, M. Lamoureux a souligné que ces individus venaient souvent au pays sans le moindre sou. « Les réfugiés ne sont pas des millionnaires, ce sont des individus qui sont économiquement handicapés. Ils n’ont pas d’argent. »
Puisque les conservateurs comptent une majorité aux Communes comme en comités, la motion de M. Lamoureux risque bien d’être rapidement écartée.








