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Énergie - Le Conseil de la fédération accouche d’une souris… qui divise

28 juillet 2012 | Hélène Buzzetti | Canada
Halifax – Les premiers ministres provinciaux ont conclu leur rencontre annuelle du Conseil de la fédération (CDF) sur une note discordante. Ils ont convenu de travailler à l’élaboration d’une stratégie nationale sur l’énergie, qui reste pour l’instant très vague, mais la Colombie-Britannique a claqué la porte quand même. Christy Clark estime que cette initiative ne sert à rien si les défis énergétiques concrets qui surviennent, comme le futur oléoduc Northern Gateway, ne peuvent être résolus.

Le plan d’action énergétique des provinces est bien mince. Les premiers ministres ont mandaté leurs collègues d’Alberta, de Terre-Neuve et du Manitoba, Alison Redford, Kathy Dunderdale et Greg Sellinger, pour diriger un groupe de travail. Celui-ci consultera les ministres provinciaux responsables de l’énergie pour déterminer si leur plan d’action convenu en 2007 restait d’actualité.


« Les engagements pris dans le cadre du plan d’action en sept points de 2007 continuent d’être des priorités pour les provinces et les territoires, est-il écrit dans le communiqué de presse final de la conférence. Toutefois, les gouvernements sont maintenant confrontés à des priorités nouvelles et urgentes qui requièrent que les premiers ministres renouvellent la stratégie sur l’énergie de 2007 du CDF afin d’assurer qu’elle demeure pertinente compte tenu des défis du Canada en matière d’énergie. »


Ce plan d’action de 2007 établissait certaines cibles énergétiques. Par exemple, les provinces s’engageaient à générer 25 000 mégawatts supplémentaires d’énergie renouvelable d’ici 2020, à déployer un réseau de distribution de biocarburant pour les automobilistes ou encore à capturer le méthane s’échappant des sites d’enfouissement. Le groupe Équiterre avait analysé l’été dernier ce plan et conclu qu’il n’avait pas débouché sur les résultats escomptés.


La Colombie-Britannique ne participera pas à ce groupe, tout modeste soit-il. « Nous avons besoin d’une preuve que ce qu’on dit qu’on veut faire avec une stratégie nationale sur l’énergie, les provinces ont la volonté de le faire effectivement, a expliqué la première ministre Clark en point de presse séparé. Autrement, on ne fait que parler pour parler. »


Mme Clark est partie en guerre contre le projet de construction d’un oléoduc de 5,5 milliards de dollars par Enbridge devant transporter le pétrole lourd des sables bitumineux d’Alberta jusqu’à la côte ouest pour être ensuite envoyé par bateau vers l’Asie. Elle estime que, puisque la province assume 100 % des risques de déversement marin et 58 % des risques terrestres, elle devrait toucher une part plus importante des retombées anticipées, redevances pétrolières et revenus fiscaux compris. Mme Clark veut s’asseoir avec l’Alberta et Ottawa pour discuter, mais son homologue Alison Redford a refusé jusqu’à présent.


Mme Clark doit aller en élection au printemps et elle tire de l’arrière. Ses troupes libérales sont largement devancées par celles du Nouveau parti démocratique, qui s’oppose au projet de Northern Gateway. Tente-t-elle de sauver sa peau en neutralisant l’adversaire ? Pas du tout, assure-t-elle. « Le projet de Northern Gateway tel que proposé n’est pas populaire en Colombie-Britannique et il requiert une acceptabilité sociale pour aller de l’avant. Alors, je ne fais que véhiculer les préoccupations de la Colombie-Britannique dans cette discussion nationale. En tant que première ministre de Colombie-Britannique, c’est mon travail. Ce n’est pas un jeu politique. »


Lors de la conférence de presse conjointe de clôture, la première ministre de l’Alberta, Alison Redford, s’est dite satisfaite de l’embryon de discussion sur une stratégie nationale sur l’énergie. « Il y aura toujours des défis que nous devrons surmonter en tant que provinces et je crois qu’autour de la table on se dit que, malgré ces défis, il est encore possible d’avoir une conversation sur les politiques à adopter. » Alors que Mme Clark venait de répéter qu’elle était la seule autour de la table à défendre les intérêts des Britanno-Colombiens, Kathy Dunderdale, de Terre-Neuve, a lancé : « Nous sommes tous ici pour défendre les intérêts de nos provinces respectives, mais nous sommes aussi ici pour parler du développement économique du pays, parce que cela est dans notre intérêt à tous. Il y a des conversations difficiles à avoir parfois, des défis, mais on ne peut pas simplement s’en aller pour les éviter. »


Jean Charest est resté en marge de ce débat. Tout au plus répète-t-il qu’il trouve l’exercice « très bon » dans la mesure où les compétences des provinces sont respectées. Il n’a pas voulu commenter le fait que, de plus en plus, Alison Redford souligne que, si son pétrole ne peut sortir par l’ouest (Northern Gateway) ou par le sud (Keystone XL, bloqué pour l’instant par le gouvernement Obama), il ira vers l’est.

 

Consensus sur la santé et l’assurance-emploi


Par ailleurs, les premiers ministres se sont entendus pour dénoncer le changement imposé par Ottawa dans la formule de calcul des transferts destinés aux provinces pour les frais de santé. Plutôt que de croître à raison de 6 % par année comme c’est le cas présentement, les transferts augmenteront au rythme de la croissance économique du pays, avec un plancher assuré de 3 %. Ce changement annoncé juste avant Noël avait pris les provinces de court, elles qui espéraient pouvoir négocier avec Ottawa une nouvelle entente, la précédente devant expirer en 2014. Hier, les provinces ont calculé que le nouveau modèle se soldera par une perte de transferts de 24 milliards de dollars entre 2017 et 2024. Le financement de la santé par Ottawa passera sous la barre des 20 %, contre 50 % à l’origine du système.


« Un malade dans une salle d’urgence avec un bras cassé, c’est pas une bonne réponse de lui dire : « Reviens dans un an, quand la croissance économique sera plus forte. » Nous, on est au niveau où on opère des salles d’urgence », a lancé Jean Charest. L’hôte de la conférence, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse Darrell Dexter, a conclu que ce plafonnement de la contribution fédérale équivalait à « un transfert de dette » aux provinces.


Enfin, notons qu’hier Alison Redford a elle aussi critiqué les changements apportés au programme d’assurance-emploi qui rendront plus difficile l’obtention de prestations pour les chômeurs. « Il n’y a aucun doute que des gens à travers le pays travaillent dans des emplois saisonniers et qu’ils ne déménageront pas à l’autre bout du pays, et nous devons respecter cela », a-t-elle indiqué.

 
 
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