Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Le Conseil de la fédération - Comment penser l’énergie autrement

Les premiers ministres ont mis sur pied un groupe de travail pour évaluer les nouveaux défis

28 juillet 2012 | Hélène Buzzetti | Canada
Quelques premiers ministres provinciaux, dont Jean Charest, lors d’une pause à la rencontre d’Halifax.
Photo : La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan Quelques premiers ministres provinciaux, dont Jean Charest, lors d’une pause à la rencontre d’Halifax.

Halifax - Les premiers ministres provinciaux réunis cette semaine à Halifax pour le Conseil de la fédération ont tenté une fois de plus de jeter les bases d’une stratégie nationale de l’énergie. Mais pour les groupes environnementalistes, ils passent à côté de l’essentiel, soit de planifier la transition vers des énergies renouvelables.


La discussion sur la question énergétique n’a pas donné lieu à un accord retentissant. Tout au plus les premiers ministres des provinces se sont-ils entendus pour mettre sur pied un groupe de travail pour « évaluer les nouveaux défis auxquels le secteur de l’énergie est confronté et s’assurer que le pays dispose d’une approche stratégique avant-gardiste en matière de développement durable de l’énergie », est-il écrit dans le communiqué de presse final. Les premiers ministres de l’Alberta, Alison Redford, de Terre-Neuve, Kathy Dunderdale, et du Manitoba, Greg Sellinger, dirigeront le groupe. Ils consulteront les ministres provinciaux responsables de l’énergie.


La Colombie-Britannique a claqué la porte. La première ministre, Christy Clark, refuse d’y prendre part, faisant valoir que, tant et aussi longtemps que les autres provinces ne voudront pas s’asseoir avec elle (en particulier l’Alberta) pour négocier une compensation pour l’oléoduc de Northern Gateway, qui traversera sa province, rien ne sert de parlementer.


« La Colombie-Britannique ne participera pas à ces discussions aussi longtemps que ses conditions pour autoriser le transport de pétrole lourd ne seront pas respectées, a-t-elle dit. Avant d’avoir une discussion générale qui engage les provinces sur l’énergie, nous devons démontrer qu’en tant que premiers ministres, nous sommes capables de faire des progrès sur de plus petits défis, quoique d’importance nationale, quand ceux-ci surviennent. Autrement, on ne fait que parler pour parler. »


Pour les environnementalistes, l’enjeu est ailleurs. « Nous mettons au défi les premiers ministres de conclure un accord sur les énergies propres, une stratégie énergétique digne du XXIe siècle qui va créer des emplois et de l’énergie propre tout en combattant le réchauffement climatique et en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles. Alors que les premiers ministres discutent de stratégie énergétique, nous sommes ici pour leur rappeler que les Canadiens attendent d’eux qu’ils voient plus grand qu’un simple pipeline », a lancé Merran Smith, la responsable du dossier énergie propre chez Tides Canada, lors d’une conférence de presse tenue en marge du Conseil de la fédération cette semaine à Halifax. Tides Canada participe aux audiences publiques sur le futur oléoduc Northern Gateway.

 

Une enquête


Le groupe a commandé une enquête qui conclut que les Canadiens attendent que leurs gouvernements pensent autrement les questions énergétiques. Ainsi, selon ce sondage réalisé par la firme Harris-Decima auprès de 1005 répondants, 83 % des Canadiens sont tout à fait ou plutôt d’accord pour que le Canada mette de côté une partie de l’argent acquis dans l’industrie du pétrole pour préparer la transition vers les énergies renouvelables. Presque autant (82 %) pensent que la priorité maximale ou élevée devrait être l’amélioration de l’efficacité énergétique et 74 %, que cette priorité devrait être la création d’emplois dans le domaine des énergies propres. Seulement 33 % ont indiqué comme priorité maximale ou élevée l’exportation accrue de pétrole vers les marchés étrangers. Ce sondage effectué par téléphone affiche une marge d’erreur de plus ou moins 3,1, 19 fois sur 20.


Les personnes interrogées dans ce sondage ne se sont pas fait demander ce à quoi elles étaient prêtes à renoncer pour parvenir à cette fin, ont fait remarquer certains journalistes, mais selon Steven Guilbeault, d’Équiterre, cela est un faux problème. « Je conteste cette notion de sacrifice, dit-il. Si vous regardez nos voisins scandinaves, ils polluent en moyenne trois ou quatre fois moins, par habitant, que les Canadiens. Quand je parle avec des Danois ou des Finnois, jamais ils ne disent :“ Mon Dieu, j’aimerais être Canadien pour pouvoir polluer davantage. Je serais tellement plus heureux ! ”Nous avons cette façon tordue en Amérique du Nord de penser que notre niveau de vie est étroitement lié à la quantité de pollution que nous produisons. »


Gil McGowan est président de l’Alberta Federation of Labour, un regroupement de 29 syndicats qui représentent notamment 25 000 travailleurs du secteur de l’énergie albertain. Selon lui, cette stratégie énergétique dont parlent les premiers ministres doit également s’intéresser à la création d’emplois à valeur ajoutée. L’exportation du pétrole brut est ridicule dans la mesure où les emplois de transformation sont envoyés ailleurs, plaide-t-il. De plus, cette stratégie devrait s’articuler autour de la sécurité énergétique nationale.

 

Les infrastructures


« Bien que nous soyons un exportateur net d’énergie, le Québec et les Maritimes importent jusqu’à 80 % de leur pétrole de l’étranger, d’endroits tels que l’Arabie saoudite, l’Algérie, le Nigeria et le Venezuela. Pourquoi ? Parce que presque tous les oléoducs vont du nord vers le sud. Nous n’avons pas l’infrastructure pour envoyer le pétrole que les sables bitumineux produisent vers nos citoyens de l’est du pays. Si on cherche de nouveaux marchés pour notre pétrole, il serait beaucoup plus logique d’avoir des oléoducs qui mettent en contact l’Ouest et l’Est dans notre propre pays que de construire des pipelines pour alimenter les raffineries du Texas et de la Chine. »


D’ailleurs, c’est dans ce contexte que la première ministre de l’Alberta mentionne de plus en plus souvent son intérêt pour les pipelines vers l’est du pays, les nouveaux comme ceux déjà existants dont le flux peut être renversé. Mme Redford a confié à des journalistes cette semaine qu’elle espérait qu’il y aurait « plus de discussions à propos de pipelines Est-Ouest, de pipelines qui vont vers l’Est ».


Une telle demande est présentement à l’étude d’ailleurs, Enbridge demandant la permission d’inverser le flux de son pipeline numéro 9 qui se rend de Sarnia (sud de l’Ontario) jusqu’à Montréal. Les préoccupations écologiques devant ce renversement du flux viennent du fait que le pétrole qui sera transporté sera d’une nature différente de ce pourquoi l’oléoduc a été conçu à l’origine. Le pétrole qui y circule présentement est un pétrole conventionnel léger qui, en cas de déversement, reste à la surface de l’eau. Le pétrole issu des sables bitumineux est beaucoup plus visqueux et lourd. (Il doit d’ailleurs être mélangé à des substances plus légères, comme le benzène, pour pouvoir être acheminé par oléoduc). Il est du coup plus abrasif et il endommage donc davantage, selon les environnementalistes, les parois des pipelines. En cas de déversement, le benzène s’évapore, ce qui cause des problèmes de santé publique, tandis que le bitume coule au fond de l’eau, rendant sa récupération plus difficile.


« On pompe du pétrole lourd dans de vieux tuyaux qui n’ont pas été conçus pour ça et on nous dit que c’est sécuritaire », déplore Gillian McEachern, d’Environmental Defence. Elle rappelle que le déversement de 2010 aux États-Unis dans la rivière Kalamazoo a coûté près de 800 millions de dollars jusqu’à présent pour le nettoyage, ce qui en fait le déversement terrestre le plus coûteux de l’histoire. Le groupe américain Natural Resources Defense Council a calculé que le déversement a coûté 20 fois plus cher à nettoyer, baril pour baril, qu’un déversement de produit conventionnel (40 000 $ par baril contre 2000 $). Mme McEachern rappelle que le pipeline d’Enbridge qui a coulé a le même âge et les mêmes caractéristiques que le pipeline numéro 9 dont on veut changer la vocation.


Enbridge a été critiquée par les instances américaines il y a quelques jours pour sa piètre réponse à ce déversement. Cette critique l’a d’ailleurs amené à promettre la semaine dernière des mesures de sécurité supplémentaires, au coût d’un demi-milliard de dollars, pour son projet de Northern Gateway dans l’ouest du pays.

 

Voeux pieux ?


Un certain scepticisme anime les groupes environnementalistes devant les intentions énergétiques des premiers ministres provinciaux. Ceux-ci s’étaient dotés d’une stratégie sur l’énergie lors de la réunion du Conseil de la fédération en 2007. D’ailleurs, ils ont promis hier de maintenir cette stratégie et de la renouveler afin qu’elle « demeure pertinente ». Équiterre s’est attelé à vérifier l’atteinte des objectifs fixés en 2011. Les résultats sont décevants.


Par exemple, les provinces s’étaient engagées à produire 25 000 mégawatts supplémentaires d’électricité provenant de sources renouvelables. Après calcul, seulement 3000 mégawatts d’énergie éolienne ont été ajoutés. Plusieurs projets hydroélectriques sont en construction et entreront en activité au cours des prochaines années (comme La Romaine au Québec), mais pour un total d’un peu moins de 6000 mégawatts. « Afin d’atteindre cet objectif, les provinces et les territoires devront accélérer la cadence », conclut Équiterre.


Les premiers ministres s’étaient également engagés à développer un réseau pancanadien de distribution de biocarburants et d’hydrogène, mais quatre ans plus tard, force est de constater que ce réseau n’existe pas pour les automobilistes. Selon Transports Canada, seuls quelques endroits existent en Ontario et au Québec et ce sont surtout les secteurs des transports en commun et de l’agriculture qui y ont accès.


« Alors que certains engagements ont été respectés, Équiterre constate que plusieurs ont été oubliés en cours de route, et qu’il semble y avoir eu un relâchement du Conseil sur la question des changements climatiques. […] Nous déplorons également le fait que plusieurs objectifs entérinés dans le cadre de ces rencontres ne soient ni chiffrés ni mesurables, et qu’ils ressemblent davantage à de simples voeux pieux », concluait le rapport.

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel