Conseil de la fédération - Québec fait cavalier seul en santé
« Je vous ferai remarquer dans le langage du communiqué de presse que les provinces se sont donné les marges de manoeuvre pour participer selon nos priorités à nous, nos lois, nos politiques », a expliqué Jean Charest en point de presse. De fait, à la page 22 du plan déposé hier, il est écrit que les provinces mettront en oeuvre les changements convenus « dans la mesure où elles les jugent appropriées pour leur système de santé ». Bref, le plan est volontaire.
L’hôte du Conseil de la fédération, le premier ministre de Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, ne voulait pas reconnaître cette divergence d’avis. « Ceci a été appuyé par tous les premiers ministres », a-t-il dit sèchement lorsqu’on lui a soumis, deux fois plutôt qu’une, le désaccord québécois. Le Québec serait la seule province à vouloir faire cavalier seul, a indiqué le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall.
Le plan « De l’innovation à l’action » avait été commandé au premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz, et à M. Wall. Il s’agissait de démontrer au gouvernement de Stephen Harper, qui s’est désintéressé de la question au motif que la santé est de compétence provinciale, que les provinces peuvent elles aussi faire preuve de leadership.
Harmonisation des pratiques
Le plan contient une série de projets d’harmonisation des pratiques. Ainsi, les provinces suggèrent de centraliser leurs achats de médicaments génériques afin de payer moins cher. Et ça ira rapidement. Elles choisiront dès cet automne de trois à cinq médicaments à être achetés en groupe à partir du 1er avril 2013. En bout de piste, a indiqué M. Wall, pour les médicaments les plus populaires, on espère payer 25 % du prix des médicaments d’origine équivalents plutôt que 35 % comme c’est le cas actuellement en moyenne.
« Je peux vous dire que les prix de 64 médicaments génériques au Canada sont 90 % plus élevés qu’aux États-Unis », a indiqué M. Wall. Québec ne ressent pas le besoin de participer, estimant qu’il a déjà un système en place qui satisfait ses besoins.
« Au net, notre politique à nous fait en sorte que les compagnies se sont engagées à nous offrir le prix le plus bas qu’elles offrent ailleurs au Canada. Alors l’effort qui sera fait [par les autres provinces] va bénéficier au Québec », a expliqué M. Charest.
Le regroupement des fabricants de médicaments d’origine a mis les premiers ministres en garde contre le risque de toujours mettre le portefeuille plutôt que la santé des patients en tête de priorité. « Nous devons tirer des leçons de la récente pénurie de médicaments et nous assurer que l’approvisionnement sécuritaire en médicaments n’est pas compromis », a déclaré Russell Williams, le président de Rx D, par communiqué de presse. Si les provinces s’entendent pour n’acheter qu’un seul médicament générique pour une maladie donnée, suppose cet argument, alors des pénuries auraient plus d’impact.
Autre initiative de ce plan, la mise en commun de la gestion des ressources humaines dans les réseaux de santé. Les provinces se proposent de mettre sur pied un site Internet sur lequel seraient affichées les offres d’emplois médicaux de tout le pays. Encore là, Québec ne s’empresse pas de participer, Jean Charest présentant la chose comme un « projet » visant à rendre l’information « plus conviviale ». En outre, les provinces ont décidé de se consulter pour évaluer ensemble les besoins futurs de main-d’oeuvre du réseau et de planifier en conséquence les admissions dans les écoles infirmières et les facultés de médecine. Le libéral Robert Ghiz a souligné que les provinces avaient formé 79 % plus de pédiatres au cours des 10 dernières années, mais pas plus de gériatres alors que la population vieillit !
« C’est un signe clair que nous pouvons partager l’information avec nos corps médicaux pour nous assurer qu’on forme les professionnels dont on aura besoin dans le futur. »
Les provinces proposent aussi de s’inspirer des meilleures méthodes pour dispenser les soins de santé en équipe. Ainsi, les groupes de médecine familiale du Québec sont cités en exemple… tout comme sept autres projets dans autant de provinces, ce qui laisse croire que chaque province continuera de mettre en oeuvre sa propre formule.
Enfin, les provinces promettent d’appliquer des pratiques unifiées pour améliorer les soins. Par exemple, on voudrait uniformiser l’approche de prévention auprès des personnes diabétiques afin d’éviter les ulcères au pied, très fréquents, qui aboutissent trop souvent à une amputation. On calcule que de 49 à 85 % des amputations du pied pourraient ainsi être évitées.
Des applaudissements
Les associations médicales ont été unanimes à applaudir cette collaboration, qu’elles jugent rafraîchissante. « Nous sommes très heureux qu’ils aient réussi à aller aussi loin », a lancé John Haggie, le président de l’Association médicale canadienne. « Nous sommes très heureux de cet appui unanime des premiers ministres », a enchaîné Barb Mildon, la présidente de l’Association des infirmières du Canada.
Notons que le premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty, a discuté avec sa vis-à-vis albertaine pour réduire le salaire des médecins. Cette province, suivie de l’Ontario, offre les salaires les plus élevés au Canada. L’Ontario a déjà commencé à geler ou à réduire les honoraires des médecins. « Mme [Alison] Redford est ouverte à l’expérience que nous vivons », a indiqué M. McGuinty.
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Énergie: bienvenue dans le club, dit Terre-Neuve
La première ministre de Terre-Neuve a accueilli positivement le débat qui fait s’opposer ces jours-ci ses homologues de Colombie-Britannique et d’Alberta à propos de l’oléoduc Northern Gateway. Elle rappelle que Terre-Neuve vit ce genre de conflit avec le Québec depuis longtemps à propos du transport de l’hydroélectricité et elle espère que l’élargissement du débat permettra de le résoudre.
« Terre-Neuve est une usine à énergie et nous avons besoin d’avoir la capacité de sortir notre énergie de Terre-Neuve pour l’offrir au reste de l’Amérique du Nord », a déclaré Kathy Dunderdale hier au Conseil de la fédération. « Cette capacité est constamment mise à rude épreuve, particulièrement par le Québec. » Sourire en coin, elle ajoute : « Ça ne me dérange pas que la discussion soit élargie au-delà de Terre-Neuve et du Québec ! Je pense que cette discussion est vitale pour le pays. L’Ouest vit aujourd’hui la même frustration que nous avons vécue dans l’Est depuis un bon bout de temps et nous devons voir comment nous réglerons ceci. Et nous avons besoin que le gouvernement fédéral prenne part à cette discussion. »
Mme Dunderdale en a contre la difficulté qu’a sa province à exporter son hydroélectricité par les lignes de transport québécoises. Elle milite pour la construction d’une ligne de transport est-ouest qui permettrait un meilleur commerce. « Dans notre pays souverain, en tant que province, nous avons le droit de demander un accès ouvert pour faire circuler notre électricité à travers notre province sœur seulement parce qu’elle a une entente commerciale avec les États-Unis et les règles qui existent là. […] Je trouve cela gênant qu’au Canada, si j’ai un conflit avec une province sœur, je doive en bout de piste aller aux États-Unis pour le régler. »








