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Moins de crimes, mais toujours plus de prisonniers

Le gouvernement Harper voit dans les dernières statistiques le fruit de son approche musclée envers le crime

25 juillet 2012 | Hélène Buzzetti | Canada
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	Hier, le premier ministre Stephen Harper a rencontré Rob Ford, le maire de Toronto, où une fusillade a fait deux morts et 23 blessés la semaine dernière.</div>
Photo : La Presse canadienne (photo) Aaron Vincent Elkaim
Hier, le premier ministre Stephen Harper a rencontré Rob Ford, le maire de Toronto, où une fusillade a fait deux morts et 23 blessés la semaine dernière.
Ottawa – Les années se suivent et se ressemblent quand il s’agit de criminalité. Le taux de crimes au Canada a poursuivi la tendance entamée il y a 20 ans et a diminué une fois de plus en 2011 pour atteindre son niveau de 1972. Le gouvernement conservateur y voit le fruit de son approche musclée envers le crime plutôt que la preuve de sa futilité.

Le dernier rapport annuel de Statistique Canada indique que la criminalité a diminué de 6 % par rapport à 2010, et la gravité de celle-ci a diminué d’autant. Le crime au Canada est en diminution depuis 1991, dernier sommet atteint. Les tentatives de meurtre, les agressions sexuelles, les voies de fait graves, les vols de moins de 5000 $, les méfaits, les introductions par effraction et les vols de véhicules sont tous en baisse.
 
Dans ce portrait général, certaines statistiques sortent toutefois du lot. Le taux d’homicides a augmenté de 7 % par rapport à l’année précédente. Il s’est produit 598 meurtres en 2011 au Canada par rapport à 554 en 2010, mais 610 en 2009. Reste qu’à 1,7 pour 100 000 habitants, ce taux d’homicides suit, malgré les légères fluctuations annuelles, une tendance générale à la baisse depuis le sommet atteint au milieu des années 1970, note Statistique Canada. À titre de comparaison, il y a eu 15 241 meurtres aux États-Unis en 2009 selon le FBI, soit un taux de 5 meurtres par 100 000 habitants.
 
Encore en 2011, ce sont le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta qui ont affiché les taux d’homicides les plus élevés, qui varient de 2,9 à 4,2 par 100 000 habitants. Winnipeg, avec ses 39 meurtres, arrive en tête avec un taux de 5,1. Fait à noter, le Québec a subi une hausse importante du nombre de meurtres sur son territoire. Il s’y en est commis 105, soit 21 de plus qu’en 2010 (+24 %). Le taux d’homicide y reste en deçà de la moyenne canadienne quand même, à 1,3 pour 100 000 habitants.
 
Autre statistique qui se démarque, celle du nombre de cas de pornographie juvénile rapportés. Il a bondi de 40 % par rapport à l’an dernier. Statistique Canada prévient que cette hausse découle probablement de l’augmentation des ressources policières déployées pour débusquer les pédophiles actifs sur Internet. « Les variations du taux de pornographie juvénile sont probablement tributaires des programmes et des initiatives ciblant cette infraction qui sont lancés par les services de police », écrit l’agence.
 
Au palmarès de la gravité de la criminalité, l’Ouest trône également, avec Regina et Saskatoon qui arrivent en tête de liste. Cinq autres villes de l’Ouest se classent parmi les dix premières (Winnipeg, Kelowna, Vancouver, Edmonton et Abbotsford), de même que Thunder Bay et Brantford, en Ontario, et St. John’s à Terre-Neuve. Montréal arrive en 12e place. Viennent ensuite les villes de Saguenay (17e place), Trois-Rivières (19e), Gatineau (22e), Sherbrooke (26e) et Québec (32e). Seule Guelph a un indice de criminalité inférieur à la ville de Québec. Ottawa, la capitale, arrive en 30e position.
 
Toujours plus de prisonniers

Cette prédominance de la violence dans l’Ouest explique peut-être en partie la perception du gouvernement conservateur — composé en majorité de députés provenant de ces provinces — qui persiste à mener une lutte sans merci contre le crime. Depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir, le budget des services correctionnels canadiens a plus que doublé, passant de 1,6 à 3 milliards de dollars par année. Un ajout net de 1600 cellules s’est opéré, malgré la fermeture de trois pénitenciers. Le nombre de prisonniers a augmenté de 19 %, passant de 12 600 à presque 15 000.
 
Hier, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, lui-même député du Manitoba, s’est vanté de ces statistiques sur Twitter. « Le taux de crime diminue de 6 %. Cela démontre que l’approche conservatrice “ tough on crime ” fonctionne. Le taux est quand même 208 % [plus élevé que] celui de 1962, alors le gouvernement a encore du travail à faire. » En 1962, le taux de crimes déclarés à la police était de 2771 par 100 000 habitants, contre 5757 en 2011.
 
Harper à Toronto

Le premier ministre Stephen Harper était de passage dans la région de Toronto hier, ayant profité d’un point de presse à l’usine de GM d’Oshawa pour s’arrêter en banlieue de la Ville reine, où une fusillade a fait deux morts et 23 blessés la semaine dernière. Il n’a pas commenté directement les nouvelles statistiques, mais selon lui, cette fusillade est la preuve qu’il faut lutter contre la criminalité au Canada et qu’il « est essentiel d’avoir des peines sévères contre les crimes commis avec une arme à feu ». À ce sujet, il en a contre les tribunaux, à qui il reproche de ne pas respecter les efforts d’Ottawa en ce sens. « Il est important que les réformes que nous avons déjà faites restent en place […] et j’appelle les tribunaux à prendre ces peines au sérieux. Ce n’est pas un problème théorique. »
 
Le printemps dernier, la Cour supérieure de l’Ontario a refusé d’imposer la peine minimale prévue au Code criminel à Leroy Smickle, qui s’était carrément retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. En visite à l’appartement de son cousin, à Toronto, M. Smickle a été surpris par la police qui venait mener une rafle dans le logement après avoir été informée qu’il s’y trouvait des armes à feu illégales. Lorsque les policiers ont défoncé la porte, M. Smickle se photographiait avec une arme chargée et des lunettes de soleil — une photo destinée à sa page Facebook. La juge n’a pas tenu compte de la peine minimale, estimant qu’un emprisonnement de trois ans — tel que prévu dans le Code criminel pour possession d’arme à feu prohibée — imposé à un citoyen sans dossier criminel serait « grossièrement exagéré ».
 
Après avoir obtenu 5 millions de la part du premier ministre ontarien lundi pour l’unité spéciale antiviolence de son service de police, le maire de Toronto, Rob Ford, espérait se voir promettre une enveloppe semblable de la part d’Ottawa. Depuis la fusillade survenue à Scarborough il y a dix jours, M. Ford a multiplié les sorties controversées, disant notamment vouloir bannir de sa ville les criminels qui utilisent des armes à feu. Mais aucune annonce n’a suivi sa rencontre d’une demi-heure avec M. Harper hier. Le premier ministre s’est contenté d’affirmer que les deux hommes avaient discuté de « mesures coercitives » et de la nécessité que celles-ci soient appliquées. « Nous allons tous deux étudier d’autres mesures additionnelles que nous pourrions prendre », a dit M. Harper. L’Ontario est la province où la gravité des crimes est la moins élevée au Canada. Les crimes à Toronto sont moins violents qu’à Ottawa.
 
« Une société moins dangereuse »

Les partis d’opposition ont raillé le gouvernement, qui attribue la diminution du crime à ses politiques. « C’est une tendance qui existe depuis plusieurs années. C’est une tendance sociétale qui s’explique par plusieurs facteurs, notamment le vieillissement de la population, précise le député libéral Francis Scarpaleggia. La société est de moins en moins dangereuse, même si ça ne paraît pas en écoutant les nouvelles. » Le critique en matière de sécurité publique du NPD, Randall Garrison, ajoute que les politiques conservatrices n’auraient pas eu le temps de toute manière d’avoir un effet.
 
Notons par ailleurs que les cas de possession de cannabis ont augmenté de 7 %, tandis que ceux de trafic, de production et de distribution ont chuté de 11 %, laissant croire qu’une certaine ligne dure a été appliquée aux usagers de la drogue. De plus, il semble que la conduite avec facultés affaiblies soit redevenue populaire : 3000 cas de plus ont été recensés (+2 %), ce qui constitue la quatrième hausse en cinq ans. Toutefois, les cas de conduite avec facultés affaiblies ayant causé la mort sont en diminution de 29 %.

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Avec Marie Vastel
 
 
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