Conseil de la fédération - Darrell Dexter invite ses homologues au calme
L’Alberta refuse de partager ses redevances pétrolières avec la Colombie-Britannique, qui menace de bloquer le passage de l’oléoduc Northern Gateway chez elle
Alors que la réunion annuelle du Conseil de la fédération s’ouvre ce soir à Halifax, l’hôte de la conférence, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, invite ses homologues à calmer leurs esprits. Il espère que les querelles sur le partage des redevances pétrolières pourront se régler de manière constructive.
«J’en suis à ma quatrième rencontre du Conseil de la fédération, et j’ai appris que les premiers ministres arrivent à ces rencontres pour trouver des moyens constructifs de bâtir des consensus. C’est ce que je m’attends qu’il se produise ici », explique M. Dexter en entretien téléphonique avec Le Devoir. Il dit ne pas craindre que la conversation que les premiers ministres doivent avoir sur l’énergie et le développement d’une stratégie nationale soit minée par les prises de bec entre la Colombie-Britannique et l’Alberta et que les premiers ministres vont tenter « de trouver des solutions plutôt qu’insister sur les divisions ».
Lundi, la Colombie-Britannique a fait savoir qu’elle ne donnerait son aval à la construction de l’oléoduc Northern Gateway, qui acheminera le pétrole des sables bitumineux albertains jusqu’à la côte, que si elle touche une part plus généreuse des bénéfices anticipés. Or, hier, la première ministre albertaine, Alison Redford, a répondu de manière on ne peut plus claire. « Nous ne partagerons pas les redevances », a-t-elle dit en entrevue au Globe and Mail. « Absolument pas. »
Mme Redford a fait valoir que la Colombie-Britannique pourrait prendre des moyens dans ses champs de compétence pour toucher sa part du gâteau, par exemple en imposant une taxe à l’exportation sur le pétrole qui traverse son territoire avant d’être acheminé vers l’Asie. Elle a un allié, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, qui dirige lui aussi une province géographiquement enclavée. « Nous avons besoin d’acheminer nos produits vers les marchés, alors je crois que nous sommes préoccupés par le précédent qui pourrait résulter de ceci », a-t-il déclaré.
La Colombie-Britannique fait valoir que la moitié des 1177 kilomètres de l’oléoduc d’Enbridge se trouveront sur son territoire, tout comme le port duquel partiront les navires remplis de pétrole. Les risques de déversements dans la province sont donc élevés, mais celle-ci calcule qu’elle ne touchera que 8 % des revenus fiscaux générés par cet oléoduc. Elle veut plus.
Lorsque la première ministre de Colombie-Britannique a pris connaissance de la fermeture de son homologue hier, elle a eu ces mots : « Si l’Alberta n’est pas même prête à s’asseoir et à discuter, alors ça s’arrête ici. » Elle continue d’espérer un changement d’attitude chez sa voisine. « Ce projet est bon pour le Canada, il est très bon pour l’Alberta et pour le moment, il n’est pas très bon pour la Colombie-Britannique. Si l’Alberta veut que ce projet aille de l’avant, alors l’Alberta devra s’asseoir à la table et discuter avec nous. » Le projet de Northern Gateway fait l’objet d’une évaluation en ce moment.
Les premiers ministres des provinces et territoires se réunissent aujourd’hui et jusqu’à vendredi pour discuter de santé et d’économie. L’énergie, et le développement d’une stratégie nationale, est également à l’ordre du jour. Darrell Dexter (qui dirige un gouvernement néodémocrate) entend également envoyer le message ferme au gouvernement conservateur d’Ottawa qu’il ne peut pas prendre ses décisions unilatéralement lorsque celles-ci ont un impact sur les provinces.
« Nous avons besoin de savoir quel sera le canal de communication qu’Ottawa veut avoir avec les provinces », explique-t-il en entretien. M. Dexter mentionne la réforme de l’assurance-emploi, le report de 65 à 67 ans l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse, ou encore l’imposition unilatérale de la nouvelle formule de financement par Ottawa des soins de santé. « C’est quelque chose que nous trouvons inquiétant, à savoir que ces décisions sont prises sans collaboration et sans consultation. Le projet de mise en oeuvre du budget est un bon exemple. Près de 60 lois ont été réécrites avec très peu de consultation avec les provinces. »
Le Québec se tient légèrement à la marge de cette discussion. Dans les coulisses, on explique que Jean Charest ne se gêne pas pour faire savoir son mécontentement lorsqu’Ottawa prend des décisions qui lui déplaisent et qu’il ne ressent pas nécessairement le besoin de faire une sortie plus générale sur la question.








