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Sables bitumineux - Victoria veut sa part du gâteau

La Colombie-Britannique exige une partie des profits du futur oléoduc Northern Gateway avant de l’approuver

24 juillet 2012 | Hélène Buzzetti | Canada
Ottawa – Alors que les premiers ministres des provinces convergent cette semaine vers Halifax pour discuter soins de santé et énergie, la Colombie-Britannique lance un pavé dans la mare des relations interprovinciales. Elle exige d’obtenir une part des bénéfices pétroliers avant de donner son aval au futur oléoduc Northern Gateway, qui doit traverser ses terres pour acheminer le pétrole albertain jusqu’à la côte.

Dans une sortie bien planifiée, les ministres britanno-colombiens de l’Environnement et des Affaires autochtones ont dévoilé les cinq conditions qui devront être remplies pour que la province considère favorablement le projet d’Enbridge. Le gouvernement libéral de la province, qui ira aux urnes d’ici moins d’un an, n’a pas encore pris position pour ou contre l’oléoduc.


Une de ces conditions est que la province « reçoive une juste part des bénéfices économiques et fiscaux du projet pétrolier », est-il écrit dans le communiqué de presse, qui parle de « déséquilibre des bénéfices fiscaux ». « Nous avons effectué une analyse des bénéfices que la Colombie-Britannique tirerait du projet de Northern Gateway, et considérant que nous assumerons 100 % des risques maritimes et une portion significative des risques terrestres, nous estimons que la formule actuelle du partage de ces bénéfices n’est pas appropriée », a expliqué en conférence de presse le ministre de l’Environnement, Terry Lake.


Selon cette analyse, l’oléoduc envisagé par Enbridge générera des revenus fiscaux additionnels de 81 milliards de dollars sur 30 ans, dont 44 % seront perçus par Ottawa, 40 % par Edmonton et 8 % par Victoria. Or, la moitié des 1177 kilomètres du pipeline se trouveront sur le territoire de la Colombie-Britannique, sans compter le port de Kitimat et tous les bateaux qui en partiront.


Le ministre Lake n’a pas précisé le montant que son gouvernement espérait obtenir. « On verra ce que ce chiffre sera. Il est sujet à discussion. […] Les premiers ministres vont discuter de cela au cours des prochains jours. Mais c’est le point de départ d’une discussion qui doit avoir lieu. » Les fonctionnaires ont indiqué que cette négociation aurait lieu avec le gouvernement fédéral et ceux des provinces. On peut imaginer que la Colombie-Britannique exigera une part des redevances pétrolières versées à l’Alberta.


Les premiers ministres provinciaux se rendent justement à Halifax à compter de demain pour la rencontre annuelle du Conseil de la fédération. L’élaboration d’une stratégie nationale de l’énergie est censée être au coeur des discussions. Déjà, le ton monte. La première ministre de l’Alberta, Alison Redford, a mis en garde Mme Clark hier soir en déclarant que « le leadership ne consiste pas à diviser les Canadiens et à mettre en opposition une province contre une autre ». Elle a rappelé que le Canada fonctionne grâce à « la libre circulation des biens entre les provinces et territoires, ce qui inclut les produits forestiers, le pétrole, le gaz liquéfié, la potasse, l’uranium, le grain ou les biens manufacturiers ».

 

Des mesures environnementales plus sévères


La Colombie-Britannique exige également qu’Ottawa resserre les normes s’appliquant aux entreprises lorsqu’un déversement survient, les obligeant à faire des plans pour de plus grands déversements et à se rendre plus rapidement sur les lieux d’une fuite. La province voudrait également que l’industrie soit obligée de mettre plus d’argent de côté en prévision de ces déversements. La somme amassée s’élève à seulement 1,3 milliard de dollars, selon les documents fournis hier.


Du côté d’Ottawa, on n’a pas répondu directement à ces demandes. « L’initiative du Développement responsable des ressources de notre gouvernement est une mesure importante qui permettra d’assurer la prospérité de tous les Canadiens », a déclaré le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, par voie de communiqué. Il insiste pour dire que seuls les projets qui respectent les normes environnementales rigoureuses seront approuvés.


Cette sortie de la Colombie-Britannique mine la rhétorique conservatrice des derniers mois, selon laquelle seuls les environnementalistes « radicaux » s’opposent aux projets d’exploitation des ressources naturelles. En effet, les libéraux au pouvoir en Colombie-Britannique appartiennent généralement à la famille politique conservatrice au fédéral.


La Colombie-Britannique n’a pas de pouvoir d’approbation ou de refus sur le projet, qui traverse les frontières provinciales, mais elle pourrait refuser de délivrer une multitude de permis provinciaux nécessaires et ainsi jouer les trouble-fête. L’Association canadienne des producteurs pétroliers s’est simplement dite satisfaite, hier, que la province rende enfin publiques ses attentes envers l’oléoduc.


Notons que la semaine dernière, Enbridge a annoncé une série de promesses pour resserrer la sécurité de son futur oléoduc. Elle promet d’utiliser des tuyaux plus épais, en particulier là où l’oléoduc traversera des cours d’eau, et d’augmenter de 50 % le nombre de valves de sécurité pouvant être actionnées à distance. Ces mesures coûteront de 400 à 500 millions.


Le projet de Northern Gateway, au coût initial de 5,5 milliards $, acheminera chaque jour 525 000 barils de pétrole provenant des sables bitumineux jusqu’à la côte Ouest pour y être acheminés par bateau vers l’Asie. Un second oléoduc, parallèle mais plus petit, importera en direction contraire 193 000 barils de pétrole léger servant à liquéfier le pétrole lourd des sables bitumineux.   

 
 
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