Un proche de Harper sera responsable des relations gouvernementales chez Air Canada
L’un des conseillers principaux du premier ministre Stephen Harper deviendra en septembre vice-président chez Air Canada, responsable notamment des relations gouvernementales. Un virage rapide vers le privé qui a fait tiquer les partis d’opposition. Car Derek Vanstone est toujours en poste au bureau de M. Harper, et ce, jusqu’au 10 août, soit un mois avant son embauche au sein du plus important transporteur aérien au pays.
Avant de travailler aux côtés du premier ministre, M. Vanstone était chef de cabinet du ministre des Finances, Jim Flaherty, de 2007 à 2010. Dans quelques semaines, il sera responsable des relations d’Air Canada avec les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, de même que de la stratégie de l’entreprise.
Air Canada a affirmé dans un communiqué que l’embauche de M. Vanstone a été validée par la commissaire à l’éthique, Mary Dawson. Son bureau n’a toutefois pas été en mesure de le confirmer, plaidant des « règles de confidentialité », et on y a plutôt précisé que dans de tels cas la commissaire n’a pas le mandat d’approuver une nomination, mais envoie simplement une lettre à l’intéressé faisant état de ses obligations.
En vertu de la Loi sur les conflits d’intérêts - présentée par le gouvernement Harper après son accession au pouvoir en 2006 -, un ancien titulaire de charge publique ne peut pas accepter un poste au sein « d’une entité avec laquelle il a eu des rapports officiels directs et importants au cours de l’année ayant précédé la fin de son mandat ». Au bureau du premier ministre, on a fait valoir que M. Vanstone n’avait pas touché aux dossiers liés à Air Canada et qu’il n’avait joué aucun rôle dans les deux conflits de travail qui ont secoué le transporteur aérien, dont l’un s’est conclu par l’adoption d’une loi spéciale par le gouvernement conservateur. « Derek n’a pas été impliqué dans le projet de loi C-33 [qui prévoyait la reprise des services aériens] », a soutenu le porte-parole de M. Harper, Andrew MacDougall.
« Le chef de cabinet ne parlait pas à son chef de cabinet adjoint des dossiers de l’heure ? Et la loi de retour au travail, ce n’était pas un dossier de l’heure ? […] Ça ne passe pas le test de la perception », a rétorqué le libéral Denis Coderre, qui a qualifié le changement de poste d’« indécent ». À son avis, le changement de poste est trop soudain et, si M. Vanstone est convaincu de respecter les règles, il devrait dévoiler l’avis offert par la commissaire à l’éthique.
Questionnée pour savoir si M. Vanstone serait en mesure de remplir ses fonctions sans problème, la porte-parole d’Air Canada, Isabelle Arthur, a reconnu que l’entreprise « est consciente qu’il existe un certain nombre de restrictions postérieures à l’emploi de Derek Vanstone qui sont liées à ses relations avec le gouvernement fédéral. Derek se conformera pleinement à ces restrictions ».
C’est la preuve, selon M. Coderre, qu’il y a conflit. « Ça veut dire qu’il doit y avoir quelque chose s’il ne peut pas s’occuper de tous les dossiers. »
« Ce que nous voyons, c’est encore une fois le club des vieux copains, la porte tournante. C’est un système de coups de coude, de clins d’oeil, où un conseiller haut placé du premier ministre devient désormais celui qui ouvre les portes pour Air Canada », a quant à lui dénoncé le néodémocrate Charlie Angus.
M. Angus tenait un point de presse hier pour demander au premier ministre de créer de nouveau une Commission des nominations publiques. Dans le dernier budget, M. Harper a aboli celle qu’il avait promis d’instaurer en 2006 sans la mettre sur pied. Pas question donc d’en avoir une nouvelle, a tranché M. MacDougall.
Depuis la dernière élection, quatre des six députés défaits au Québec ont hérité d’un nouveau poste, soit dans la diplomatie (Jean-Pierre Blackburn à l’UNESCO, Lawrence Cannon à l’ambassade du Canada à Paris), soit au Sénat (Josée Verner et Larry Smith, qui a repris le siège qu’il avait quitté pour briguer l’élection). L’ancien député Bernard Généreux a quant à lui été nommé à l’Administration portuaire de Québec.








