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    Bev Oda démissionne

    L’ex-ambassadeur Chris Alexander serait nommé à la Coopération internationale

    Dans les coulisses, au moins une personne proche de la ministre a indiqué que « sans aucun doute», Bev Oda « a été démissionnée ».
    Photo: Sean Kilpatrick Canadian Press Dans les coulisses, au moins une personne proche de la ministre a indiqué que « sans aucun doute», Bev Oda « a été démissionnée ».
    Le premier ministre Stephen Harper a perdu son premier soldat en situation majoritaire avec la démission hier de la ministre à la Coopération internationale, Bev Oda. Ce départ rend inéluctable le remaniement ministériel que la rumeur évoquait depuis quelques semaines. Le député d’arrière-ban et ex-ambassadeur en Afghanistan, Chris Alexander, est pressenti pour remplacer Mme Oda.

    Le communiqué de presse de Mme Oda ne fournit aucune explication sur les raisons de son départ, pas même les traditionnelles raisons familiales. « Pendant huit ans, j’ai eu l’honneur et le privilège de servir les commettants de Clarington, Scugog et Uxbridge. En tant que ministre de la Coopération internationale, j’ai eu l’occasion d’être témoin de la souffrance des peuples les plus vulnérables du monde et d’être témoin de la grande compassion des Canadiens envers ceux qui sont dans le besoin. Je suis reconnaissante de l’appui de mon personnel et de mes collèges à la Chambre des communes et au Sénat. Je désire exprimer mon appréciation pour le leadership remarquable du premier ministre et de son cabinet. »


    Le premier ministre Stephen Harper a précisé avoir été avisé de la décision de Mme Oda il y a deux semaines. « Au nom du gouvernement, j’aimerais remercier Bev Oda pour son travail acharné et son dévouement à titre de représentante des électeurs de Durham, de même que pour ses nombreuses réalisations au sein du Conseil des ministres », a-t-il réagi par voie de communiqué.


    Élue pour la première fois en 2004, Mme Oda aura 68 ans lorsqu’elle quittera ses fonctions de ministre et de députée le 31 juillet. Elle a été ministre du Patrimoine en 2006-2007 avant de passer à la Coopération internationale en août 2007.


    Dans les coulisses, au moins une personne proche de la ministre a indiqué que « sans aucun doute», Bev Oda « a été démissionnée ». Mme Oda s’est retrouvée plus souvent qu’à son tour en mauvaise posture. En avril, on a appris qu’alors qu’elle participait à une rencontre de pays donateurs à Londres, Mme Oda a refusé de séjourner à l’hôtel cinq étoiles où se déroulait la conférence et a plutôt exigé d’être relocalisée au très chic Savoy. Cela a engendré des dépenses supplémentaires de 1353,81 $, dont un verre de jus d’orange à 16 $. Elle a finalement remboursé cette somme. Pour les déplacements rendus nécessaires, elle a retenu les services d’une limousine au coût de près de 3000 $. L’hôtel Savoy offre encore des chambres « fumeur ». Mme Oda est une très grande fumeuse. Des sources ont confié au Toronto Star qu’elle fumait même dans ses bureaux, en violation de toutes les règles en place.


    Mme Oda avait été critiquée en 2006 pour avoir engendré des coûts de 5500 $ en limousine pour se rendre au gala des Juno Awards, à Halifax, à titre de ministre du Patrimoine. Elle avait remboursé 2200 $ au Trésor public. Ces dépenses n’avaient pas été déclarées dans les divulgations proactives que les ministres doivent remplir chaque trimestre.


    Bev Oda avait surtout été avalée par la tourmente en février 2011 lorsqu’elle a semblé donner — puis retirer — son accord à une subvention au groupe d’aide internationale Kairos. Elle avait signé la recommandation accordant la subvention, mais un « not » (« ne… pas ») avait été ajouté après coup, modifiant du tout au tout la signification de sa signature. Le groupe Kairos n’est pas apprécié par les conservateurs à cause de sa position dans le conflit israélo-palestinien.


    Mme Oda avait d’abord affirmé ne pas savoir qui avait ajouté ce « not ». Elle a dû par la suite reconnaître que c’est elle qui en avait fait la demande à son équipe. Le président de la Chambre des communes avait statué que de prime abord, Mme Oda avait induit la Chambre en erreur. L’affaire n’était pas allée plus loin, à cause du déclenchement de l’élection. Mme Oda a été réélue le 2 mai 2011 et le premier ministre l’avait reconduite dans ses fonctions de ministre responsable de l’ACDI.


    Mme Oda avait tenu le gouvernail de l’ACDI lorsque le gouvernement conservateur a décidé que l’aide qu’il consacrerait à la santé maternelle dans le monde — initiative phare de la présidence canadienne du G8 — ne devrait pas servir à financer des avortements à l’étranger, imitant en cela les politiques des gouvernements américains républicains. Pourtant, des notes de breffage de l’ACDI indiquaient que cela pouvait sauver des vies. La secrétaire d’État Hillary Clinton avait d’ailleurs passé un savon au gouvernement canadien à ce sujet lors de sa visite à Ottawa.


    Remaniement en perspective


    Toutes les rumeurs de remaniement ministériel indiquaient que Mme Oda serait expulsée du cabinet. D’ailleurs, dès la semaine dernière, le gouvernement avait confirmé que ce n’est pas elle qui représenterait le Canada lors de la conférence de Tokyo sur l’Afghanistan qui débute ce dimanche. C’est plutôt Chris Alexander, député d’Ajax-Pickering (Ontario), qui y sera. Au moins une source a indiqué au Devoir que les fonctionnaires du ministère s’attendent à ce que ce soit lui qui la remplace. Il s’agirait d’un choix logique dans la mesure où M. Alexander a été l’ambassadeur du Canada en Afghanistan.


    Parmi les autres appelés à bouger, notons que Peter MacKay (Défense) serait appelé à la Justice pour relayer Rob Nicholson. Peter Kent (Environnement) serait déplacé. Le nom de Christian Paradis est parfois évoqué comme successeur, question de mieux faire passer les politiques environnementales conservatrices au Québec.


    L’organisme Canadian Taxpayer Federation s’est empressé de publier un communiqué de presse hier dans lequel il calcule que Mme Oda se qualifiera dès son départ à une pension de 52 183 $ par année, soit un montant approximatif de 700 000 $ d’ici à ce qu’elle souffle ses 80 bougies. « La pension à vie de Bev Oda devrait être suffisante pour acheter environ 43 841 verres de jus d’orange à 16 $», a ironisé le directeur national de recherche de l’organisme, Derek Fildebrandt.


    Rappelons que récemment, Brent Rathgeber avait écrit sur son blogue que ses commettants lui parlaient des dépenses de Mme Oda, notamment.


    Son collègue ministre Christian Paradis n’a pas voulu spéculer sur les raisons de son départ. Il a dit espérer toutefois que les gens se souviennent d’autre chose que les limousines ou les verres de jus à 16 $. « Je lui souhaite bonne chance. Il y a du positif dans son dossier et c’est ce qu’il faut rappeler aujourd’hui », a-t-il indiqué hier.


    Le député du NPD Alexandre Boulerice ne voyait pas le positif du tout. « C’est une bonne chose », s’est-il exclamé. « On n’en demandait pas tant », a-t-il ajouté en faisant référence à son départ non seulement du cabinet, mais de la vie politique. « Elle était devenue un boulet insupportable » pour son équipe.













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