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Revue de presse - Courage, courage

23 juin 2012 | Manon Cornellier | Canada
La session qui vient de se terminer à Ottawa a évidemment inspiré des billets parfois sévères, surtout à l’endroit du gouvernement. Inutile de les résumer puisque la plupart (sauf chez SunMedia) font écho à ceux écrits au Québec. L’un d’entre eux se démarque cependant, celui de Dan Gardner, de l’Ottawa Citizen.


Ce dernier se demande pourquoi les conservateurs font toujours preuve d’entêtement, le projet de loi budgétaire C-38 en étant le meilleur exemple. Gardner ne débat pas de ses vertus, mais rappelle sa complexité. Malgré cela, le gouvernement ne fait même pas semblant de tendre l’oreille. Il rejette tout amendement, comme si sa loi était parfaite et le Parlement, un détail. « Cela est stupide du simple point de vue des intérêts du gouvernement », dit Gardner, avant de mentionner d’autres exemples. Selon le chroniqueur, ce sont là les effets du pouvoir sur les gens. Citant des recherches sur le sujet, il résume leurs conclusions : « Le pouvoir mène les gens puissants à ne se soucier que des avantages potentiels (plutôt que des menaces éventuelles) à être impulsif et à porter des jugements rapides […] et à accorder moins d’attention à ce que les gens pensent et ressentent. […] Dans chaque cas, cela peut réduire la qualité du jugement de la personne au pouvoir. »
 
Et quand les gens puissants vivent dans une bulle, entourés de béni-oui-oui, dit-il, leur jugement en est encore plus affecté. Ce qui conduit, par exemple, à annoncer en Suisse, devant un auditoire de millionnaires, des changements à la Sécurité de la vieillesse dont dépendent les gens ordinaires. « Le pouvoir corrompt et rend les gens puissants stupides. Les chefs intelligents le savent, ce qui explique qu’ils diffusent le pouvoir et créent des contrepoids. C’est pour cela qu’ils recherchent des avis contraires et de l’information différente, qu’ils consultent, négocient et font des compromis », écrit Gardner. Il conclut en citant un ancien ouvrage de Tom Flanagan et de Stephen Harper : « Dans les sociétés démocratiques contemporaines, les organisations partagent le pouvoir […], prennent des décisions au moyen de consultations, de comités et de techniques de recherche du consensus. Il n’y a qu’en politique où on confie le pouvoir à une seule faction et où on s’attend à ce qu’elle prévale en tout temps sur l’opposition, par la force du nombre. Plus anachronique encore, nous persistons à structurer l’équipe gouvernementale comme un régiment sous la direction d’un seul commandant doté de tous les pouvoirs. » Mais c’était en 1996, note Gardner, bien avant qu’Harper prenne le pouvoir et démontre la sagesse du dicton de lord Acton, à savoir que « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».
 
Le nouveau Parti libéral

Le Parti libéral du Canada est à la recherche d’un nouveau chef, mais ce sera loin de suffire pour assurer sa survie. Andrew Coyne, du National Post, soutient que le PLC doit carrément se réinventer et redéfinir ce qu’est un parti centriste dans le contexte actuel. Sa prescription ? « Pour se faire une place, le Parti libéral devrait démontrer une audace inhabituelle et adopter avec assurance des objectifs clairs : une volonté d’aller là où les autres partis ne veulent pas aller, mais où l’opinion des experts et l’intérêt national mèneraient, sans se soucier d’être à droite ou à gauche sur un enjeu. Ce serait sa marque de commerce : le parti audacieux, le parti qui dit les choses comme elles sont, le parti qui pose les gestes justes. » Coyne reconnaît qu’il s’agit d’un « fantasme » et qu’il ne détecte aucune volonté chez les libéraux d’aller dans cette direction. Mais comme il croit à la nécessité d’un troisième parti pancanadien, il suggère à ceux qui pensent comme lui de se mettre à l’ouvrage et d’en créer un.
 
Compassion

En conclusion, une réflexion touchante sur le suicide assisté par la chroniqueuse du Vancouver Sun Barbara Yaffe, dont le père, Allan, a mis fin à ses jours en janvier 2011. Yaffe décrit le calvaire de son père de 86 ans dont la santé ne faisait que péricliter et qui comparait son corps à « un sac d’ordures ». Aveugle, invalide, souffrant d’insuffisance rénale, il voulait depuis longtemps en finir. Il est finalement passé aux actes en refusant ses traitements de dialyse. Comme le dit Yaffe, il avait ce pouvoir parce que le refus de traitement est un droit reconnu. Du coup, note-t-elle, le Code criminel est discriminatoire à l’endroit des malades qui dépendent de l’aide d’autrui pour mettre fin à leurs souffrances. Yaffe croit toujours que ce fut, pour son père, une délivrance. « Et ce serait la même chose pour les gens sains d’esprit qui, comme mon père, font face à des souffrances abjectes, mais ont besoin de l’aide d’un médecin pour obtenir une délivrance. » Elle conseille au gouvernement Harper de ne pas perdre son temps à en appeler du jugement rendu il y a deux semaines par la Cour suprême de Colombie-Britannique et qui invalide les dispositions du Code criminel à ce sujet. Il devrait plutôt avoir le courage de se mettre à la tâche pour rédiger une loi qui permettrait, comme en Oregon et aux Pays-Bas, le suicide médicalement assisté, avec des balises pour éviter les dérapages. Ce serait, dit-elle, la chose humaine à faire.
 
 
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