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    Guerre de 1812 - Refaire l’histoire

    19 juin 2012 |Josée Boileau | Canada
    Les activités soulignant le bicentenaire de la guerre de 1812 sont officiellement lancées. Des dizaines de millions de dollars seront dépensés pour convaincre les Canadiens que 1812 conduira à 1867. Une erreur historique montée en épingle sans vergogne par les conservateurs.

    Début mars 2010, dans son discours du Trône, Stephen Harper annonçait que serait souligné en grand le 200e anniversaire de la guerre américano-britannique de 1812, conflit qui, selon le premier ministre, avait « contribué à façonner l’identité canadienne ».


    Une relecture historique qui n’allait pas tarder à être dénoncée par des historiens de toutes tendances, qui trouvaient que le gouvernement conservateur exagérait l’impact de cette guerre obscure.


    Le premier ministre - qui s’en étonnera ? - n’accorda aucune attention à ces commentaires. Son patriotisme inclut depuis longtemps la référence à 1812, comme en font foi de précédents discours. L’anniversaire arrivait, il allait s’en servir.


    L’idée, c’était de faire comprendre qu’en 1812, les Canadiens, sous la férule des valeurs britanniques, se sont battus ensemble pour résister à l’envahisseur américain, posant des premiers jalons d’unité nationale. En fait, les soldats américains, incapables de combattre sur les mers, avaient transposé leurs batailles avec les Britanniques sur le sol de la colonie voisine, le Canada, au grand dam des habitants !


    On peut craindre que la révision à la sauce conservatrice de la naissance du Canada, à force d’être répétée, finisse par avoir des résonances, en dépit de ses extravagances. Ainsi du ministre du Patrimoine, James Moore, qui répète depuis des mois que la guerre de 1812 a permis de protéger le français.


    Cela n’a rien à voir. Comme l’a rappelé l’historien Jacques Lacoursière au Devoir la semaine dernière, l’immigration britannique menaçait à l’époque le Canada français. Les batailles contre les Américains ne s’arrimaient d’aucune manière à la dualité linguistique représentée par le Haut et le Bas-Canada. Le vrai lien de la guerre de 1812 était monarchique, point. En tirer d’autres leçons, c’est sombrer dans la démesure interprétative.


    Il y a quelques années, les professeurs Stéphane Kelly et Guy Laforest ont publié, aux Presses de l’Université Laval, l’ouvrage Débats sur la fondation du Canada, édition française des débats menés entre 1864 et 1873 dans les Parlements de l’Amérique du Nord britannique pour décider de la création d’un nouveau pays. Une brique où résonnent les discours de MacDonald, Cartier, D’Arcy McGee, Dorion, Robson, Taché, Riel…


    Comme l’écrivent les directeurs anglophones de cette impressionnante recension, dans leurs discours, « les députés font montre de vastes connaissances en droit, en histoire, en politologie et en pensée politique moderne ». Il s’agit, comme ils le notent, d’une « délibération politique d’un très haut niveau ». Le passé est appelé à la rescousse des débats, tout comme la comparaison avec les États-Unis. Différents conflits sont évoqués : la rébellion des Patriotes, la guerre civile américaine, les soulèvements populaires de 1848 à Paris, en Hongrie, en Irlande… Il y est bien question d’une invasion américaine : celle de… 1775, qui verra les villes de Québec et Saint-Jean assiégées. Et 1812 ? Pas-un-mot !


    Un événement prétendument fondateur, survenu quelque cinquante ans plus tôt, et que des parlementaires articulés, aguerris, postés d’un océan à l’autre, en quête d’un nouveau pays, d’une nouvelle identité, de comparaisons et de repoussoirs, ignoreront ! Voilà qui a de quoi étonner…


    À moins que l’événement en question n’ait pas été ce que l’on veut nous faire croire, et qu’il ne serve que des fins politiques bien contemporaines, et bien simplificatrices. À la Harper, quoi.

     
     
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