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Le cas Trudeau

18 juin 2012 | Chantal Hébert | Canada
Depuis que Bob Rae s’est désisté de la course à la succession du Parti libéral du Canada, il n’est question que de la candidature de Justin Trudeau au poste qu’a si longtemps occupé son père. Même Jean Chrétien a mis son grain de sel dans la discussion. Dans une entrevue accordée à la CBC samedi, l’ancien premier ministre a affirmé que « d’une certaine façon, Justin Trudeau avait fait ses preuves ».

Selon lui, le député de Papineau a démontré qu’il avait du coeur au ventre en briguant un siège fédéral dans une circonscription bloquiste. Par la même occasion, M. Chrétien notait qu’aux dernières élections, Justin Trudeau avait augmenté sa majorité envers et contre la vague orange qui a déferlé sur le Québec.


Dans l’état actuel du PLC, le fait d’avoir survécu au scrutin de 2011 est en effet un exploit dont d’autres aspirants possibles comme Martin Cauchon, Gerard Kennedy ou Martha Hall Findlay ne peuvent se vanter.


Ce ne sont pas non plus tous les députés du 41e Parlement qui ont prouvé qu’ils étaient capables de se faire élire ailleurs qu’en territoire acquis de longue date au PLC. Ainsi, c’est après s’être cassé la figure dans Vaudreuil-Soulanges que l’ancien astronaute Marc Garneau s’est replié dans la forteresse libérale de Westmount - Ville-Marie.


***


Cela n’empêche pas bien des vétérans libéraux de faire valoir - avec raison - que si Justin Trudeau s’appelait Justin Tremblay, il ne serait pas considéré comme le meneur appréhendé d’une course à laquelle il ne s’est pas encore inscrit. Mais même avec un autre nom de famille, il aurait sa place - ne serait-ce que comme le porteur le plus en vue du flambeau d’une nouvelle génération libérale - aux côtés de candidats comme Dominic Leblanc ou Marc Garneau ou encore du ministre québécois Jean-Marc Fournier.


Inspirés par l’exemple du succès actuel de Thomas Mulcair, certains stratèges du PLC en sont à penser que la voie du salut passe par les banquettes ministérielles de plus en plus dégarnies de Jean Charest.


Sans aller jusque-là, le fait est que si le retour des libéraux fédéraux dans les ligues majeures doit passer par une meilleure prestation au Québec en 2015, le choix d’un chef québécois serait sans doute plus judicieux. La difficulté que Bob Rae aurait eue à tirer son épingle du jeu contre Thomas Mulcair au Québec a joué dans sa décision de renoncer à prendre en permanence la direction du PLC.


Ce n’est pas faire preuve de mépris à l’égard des aspirants possibles à la succession de l’extérieur du Québec que de constater qu’aucun - y compris Justin Trudeau - n’arrive actuellement à la cheville du chef intérimaire en matière de performance parlementaire ou d’expérience politique. Dans une lutte contre un chef libéral plus ou moins à l’aise au Québec, le leader du NPD partirait avec une grosse longueur d’avance.


L’ambivalence de certains libéraux à l’égard de la candidature de Justin Trudeau est partagée par des stratèges conservateurs, mais pour des raisons différentes. Dans la mesure où elle serait plus susceptible de diviser le vote d’opposition au détriment du NPD, la présence d’un chef-vedette à la tête des libéraux pourrait être une condition gagnante de la réélection d’un gouvernement majoritaire conservateur en 2015.


Pour autant, certains conservateurs craignent l’effet Trudeau sur les communautés culturelles du sud de l’Ontario ou encore dans des circonscriptions comme Saint-Boniface ou Prescott-Russell où le vote francophone a un poids certain dans la balance du résultat. Ces clientèles conservatrices récentes qui pourraient être fragilisées par le retour d’un Trudeau à la barre libérale.


***


Ce n’est pas toujours pour dire du bien du député de Papineau qu’on en parle autant, mais le fait est qu’on en parle, ce qui n’est pas tellement le cas des autres aspirants à la direction du parti dont les noms circulent actuellement.


Même si plusieurs libéraux jurent que l’arrivée de M. Trudeau dans la course n’aurait pas pour effet de la transformer en couronnement, le fait est qu’il faudrait qu’il trébuche à répétition pour rendre la lutte moins inégale.


En prévision de la succession, les libéraux ont élargi le bassin de ceux qui vont avoir voix au chapitre du choix de leur prochain chef pour inclure quiconque se considère comme un « sympathisant » du parti. Seulement sur son fil Twitter, Justin Trudeau, avec plus de 135 000 abonnés, est suivi par davantage de gens que ce que le NPD compte de membres à l’échelle du Canada. Ce ne sont pas tous des sympathisants, bien sûr, mais par comparaison au grand bassin dans lequel il pourrait aller puiser des appuis, ses adversaires appréhendés jouent dans une pataugeuse.


Je vous quitte jusqu’en septembre… à moins que le premier ministre Jean Charest n’en décide autrement. Bon été.


***
 

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

 
 
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