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Revue de presse - Coups de tonnerre

16 juin 2012 | Manon Cornellier | Canada
En cette semaine marquée par le vote marathon sur l’éléphantesque projet de loi budgétaire C-38, nombre de chroniqueurs et d’éditorialistes ont déploré la façon de procéder du gouvernement. Le Saskatoon Star-Phoenix s’inquiète du fait que « le vrai pari de cet énorme projet de loi, qui transforme la nature du Canada comme aucun autre projet avant lui, est de faire disparaître les derniers vestiges de pouvoir que le Parlement avait ». Le quotidien avertit que, si les Canadiens ne peuvent faire entendre leur désaccord au Parlement, ils trouveront une autre tribune…

Michael Den Tandt, de Postmedia News, pense que « les conservateurs font, trois années trop tôt, une erreur classique de gouvernement majoritaire en fin de mandat. En insistant pour imposer le projet omnibus C-38 sur des parlementaires mécontents, y compris dans les rangs du caucus conservateur, les têtes dirigeantes conservatrices alimentent un feu qui, si on n’y prend garde, pourrait éventuellement les brûler ». Leur façon d’agir repousse même certains de leurs alliés potentiels, dit-il. « Tant que nous aurons une démocratie, la popularité demeurera une exigence pour bâtir une dynastie politique. À moins que les conservateurs de Harper ne fassent preuve très bientôt d’humilité et de flexibilité, ils vont consolider une image qui les hantera en 2015 », prévient-il.


Surprise au PLC


Mais la grosse nouvelle inattendue de la semaine est sans contredit la décision de Bob Rae de ne pas être candidat à la direction permanente du Parti libéral du Canada (PLC). « Une bonne décision », titrait le Globe and Mail.


L’Ottawa Citizen le pense aussi, même s’il croit que Rae aurait pu faire le travail après s’être distingué dans son rôle de chef intérimaire. Mais son passé de premier ministre ontarien serait revenu le hanter ainsi que le non-respect de la parole donnée lorsqu’il a accepté le poste qu’il occupe actuellement. Le Citizen trouve stupide qu’on lui ait imposé cette condition et que le parti se prive d’un tel leader. Il lui faut maintenant en choisir un bon, capable de rester lui-même. Car « le parti doit savoir ce qu’il défend. Par conséquent, il doit être dirigé par quelqu’un qui a de la personnalité et une vision », conclut le quotidien.


Susan Riley écrit dans le Hill Times que la décision de Rae est « un rare exemple de sacrifice, de sagesse et de maturité dans une arène où ces qualités sont peu prisées », et que ça pourrait être une perte pour un parti à l’avenir aussi incertain. Pourquoi partir alors ? Elle suppute qu’il n’avait plus envie des coups bas et des bagarres et qu’il s’est rendu à l’argument que le parti avait besoin de renouveau. Bob Hepburn, du Toronto Star, pense que Rae et sa femme ont réfléchi sérieusement à ce que seraient les 10 prochaines années s’il entrait dans la course, et ils n’en ont pas eu envie.


Tasha Kheiriddin, du National Post, juge plus plausible que Bob Rae ait compris qu’il ne pourrait pas gagner contre Justin Trudeau et qu’il ne valait pas le coup de prendre la direction d’un « bateau qui coule ». Le Vancouver Sun croit au contraire que Rae a mis le parti sur la voie de la reconstruction, mais qu’il lui faut maintenant un chef capable d’articuler une vision qui rejoigne les Canadiens, y compris ceux de l’Ouest.

 

Le sauveur


Dès l’annonce de la décision de Rae, les projecteurs se sont braqués sur Justin Trudeau, qui faisait déjà l’objet de conjectures en début de semaine à la suite de la publication d’un sondage lui donnant deux longueurs d’avance sur tous les autres aspirants candidats, Rae compris. Dès mardi, Lawrence Martin écrivait dans le Globe and Mail que Trudeau représente le meilleur espoir du PLC pour éviter de voir les progressistes du parti dériver vers le Nouveau Parti démocratique pour défaire les conservateurs. Mais Martin reconnaît que cela ferait plaisir aux conservateurs puisque son opposition resterait divisée.


Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, pense aussi que Justin Trudeau est la dernière planche de salut du PLC. « Les libéraux ont besoin d’un choc politique et d’un rajeunissement qu’ils n’auraient pu obtenir en faisant de leur chef intérimaire le chef permanent. » Mais elle comprend les hésitations de Trudeau devant une tâche extrêmement difficile au sein d’un parti qui « a peu de chances d’être dans la course pour former le gouvernement en 2015 ».


Michael Den Tandt, de Postmedia News, pense au contraire que Trudeau n’est pas prêt pour le poste de chef. En s’accrochant à cette idée, les libéraux montrent combien ils sont désespérés et, pour cette raison, Trudeau doit résister aux pressions exercées sur lui, conseille-t-il. « Trudeau a du talent à revendre et a la capacité d’acquérir un bagage intellectuel qui lui permettra d’articuler une pensée politique cohérente. Mais il ne l’a pas fait encore et, tant qu’il ne s’imposera pas cette discipline, il ne fera pas le poids face à Stephen Harper ou Thomas Mulcair », conclut-il. Gary Mason, du Globe and Mail, prévient pour sa part que le nom Trudeau résonne encore très mal dans l’Ouest, où l’on refuse d’oublier la politique nationale de l’énergie de Pierre Elliott Trudeau. Mason espère lui aussi que le fils ne cédera pas aux pressions.

 
 
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