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Compressions aux soins de santé́ pour les migrants: un renoncement à notre devoir éthique

16 juin 2012 | Médecins du monde Canada, avec l’appui de 120 médecins et professionnels de la santé | Canada
Le 30 juin prochain, le gouvernement fédéral apportera des compressions importantes au Programme fédéral de santé́ intérimaire (PFSI) qui offre, depuis 1957, une couverture temporaire d’assurance maladie pour les demandeurs d’asile, les réfugiés et certains autres migrants. En tant que professionnels de la santé́, nous croyons que ces changements, en limitant l’accès aux services de santé́ et en introduisant une discrimination selon le pays d’origine, risquent de porter sérieusement atteinte à̀ la santé́ de milliers de migrants vulnérables.

Le ministre fédéral de la Citoyenneté́ et de l’Immigration aura bientôt, en vertu du projet de loi C-31, le pouvoir de désigner certains pays comme étant « sécuritaires ». Les migrants provenant de ces « pays d’origine désignés » n’auront droit à̀ aucune couverture pour des soins médicaux, même lorsqu’urgents ou essentiels, à moins de souffrir d’un problème de santé́ ayant un impact sur la santé́ publique (comme la tuberculose) ou la sécurité publique (comme un épisode psychotique avec agressivité́). Les demandeurs d’asile provenant de pays non désignés auront accès aux soins urgents et essentiels, mais n’auront plus accès aux médicaments pour traiter leur maladie hors de l’hôpital à moins que celle-ci ne représente une menace à la santé́ publique. Enfin, les soins dentaires, de la vue et psychologiques ne seront plus couverts.


Les professionnels de la santé́ à̀ travers le Canada et le Québec se mobilisent pour s’opposer à̀ ces compressions, qui sont également condamnées par de nombreuses associations, dont le Collège royal de médecins et chirurgiens du Canada, le Collège des médecins de famille du Canada, la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers, l’Association canadienne des travailleurs sociaux, l’Association canadienne des sages-femmes, l’Association canadienne des psychiatres et la Société canadienne de pédiatrie. Ils appréhendent une constellation de drames humains : les femmes enceintes originaires des pays désignés n’auront plus accès à des soins prénataux ni à un accouchement à l’hôpital, les enfants diabétiques ou asthmatiques n’auront plus accès à leur insuline ou à leurs bronchodilatateurs, les demandeurs d’asile de pays désignés victimes d’une crise cardiaque, d’un cancer ou d’un accident d’automobile n’auront même pas le droit d’être soignés à l’hôpital, à moins de payer eux-mêmes tous ces soins.


De nombreuses organisations médicales, au Québec, au Canada et partout dans le monde, militent pour un accès égal à la prévention et aux soins primaires pour toutes les personnes vivant sur un territoire donné sans égard à leur statut. Cet énoncé s’appuie à la fois sur des principes enchâssés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et un souci d’une mesure efficiente en matière de santé́ publique.

 

Inefficace et dangereux


Les personnes demandant un statut de réfugié ne migrent pas pour profiter d’un système médical. Elles fuient des situations de violence vécues dans leur pays d’origine. À̀ ces violences s’ajoutent celles subies pendant et après leur migration qui, combinées à leurs conditions de vie, affectent gravement leur état de santé́.


Cette nouvelle politique touchera plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la région de Montréal. Elle restreindra à̀ sa plus simple expression l’accès aux soins pour une population déjà très vulnérable et avec très peu de ressources. Elle sabotera les efforts de prévention et de promotion de la santé́, éléments indispensables pour une saine gestion de la santé́. Elle s’élèvera en barrière dans la prise en charge précoce des problèmes de santé́ et conduira inévitablement à une augmentation des complications graves et onéreuses. Bien qu’en apparence le gouvernement fédéral affiche un souci de la protection de la santé́ publique et de la sécurité́ des citoyens, l’accès interrompu au dépistage et au diagnostic de la plupart des maladies aura l’effet contraire.


Il apparaît évident que les demandeurs d’asile qui n’auront plus de couverture médicale consulteront, tardivement, un médecin dans les urgences. Les économies annoncées par le ministre Jason Kenney risquent donc de se transformer en dépenses refilées aux systèmes de santé́ provinciaux et aux migrants qui s’endetteront pour être traités. On assistera à̀ une plus grande confusion sur l’offre de services, à un renforcement des politiques d’accueil discriminatoires et à des dilemmes éthiques majeurs vécus au sein des équipes soignantes.


Ces changements apportés au PFSI par le gouvernement conservateur sont inéquitables, discriminatoires, rétrogrades, mais aussi inefficaces et dangereux pour la santé́ et la sécurité de tous. Ils hypothèquent la vie, la santé́ et l’intégration de milliers de migrants parmi les plus vulnérables qui font - et continueront de faire - partie de nos communautés. Nous demandons au gouvernement de renoncer à̀ ces restrictions et de préserver un accès aux soins primaires dans le respect de la dignité́ humaine et de la justice sociale.


L’assujettissement des politiques de santé́ à celles de l’immigration ne peut être soutenu par un argumentaire financier. Cela constitue plutôt un mépris des principes de santé́ publique et des droits de la personne fondamentaux, un renoncement indigne à notre devoir éthique ainsi qu’une accentuation de l’érosion de la protection sociale.


***
 

Ont signé ce texte:

 

Nicolas Bergeron, médecin; Marie Munoz médecin; Marie-Jo Ouimet médecin; Zoé Brabant infirmière et étudiante en médecine; Sophie Schoen, infirmière; Médecins du Monde Canada; Marie-Claude Goulet, médecin; Alain Vadeboncoeur, médecin; Camille Gérin, médecin; Médecins québécois pour un régime public; Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles; Samir Shaheen-Hussain, pédiatre; Janet Cleveland, psychologue; Lavanya Narasiah, médecin; Collège québécois des médecins de famille; Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec; Nimâ Machouf, épidémiologiste; Elisabeth Le Bel Plante, étudiante à la maîtrise en travail social; Francois Coutléem chercheur clinique; Amir Khadir, médecin infectiologue; Sylvain Thibault, Projet Refuge-Maison Haidar; Sylvie Vézina, médecin; Ghislaine O. Roederer, médecin; Jacques Ramsay, médecin; Dick Menzies, médecin; Sylvain Couture, médecin de famille; Morency Duchastel, médecin; Danielle Rouleau, microbiologiste-infectiologue; Serge Côté Les Artistes pour la paix; Andrée-Anne Talbot, résidente en médecine familiale; Alison Doucet, médecin; Juan Carlos Chirgwin, médecin; Carlos Bravo, dentiste; Hélène Rousseau, médecin; René Lefebvre, travailleur social; John Docherty, Réseau d'intervention auprès des personnes ayant subi la violence organisée (RIVO); Sylvie Laurion, psychologue, RIVO; Stéphane Hernandez, travailleur social, RIVO; Jairo Jaramillo, psychothérapeute, RIVO; Heather Fraser Fawcett, psychotherapist, RIVO; Ritika Goel, médecin de famille; Marc Steben, directeur médical Clinique A; Marie-Michelle Bellon, interniste; Neil Gaul, médecin; Isabelle Brabant, sage-femme; Anne-Marie Bellemare, travailleuse sociale; Kimberly Munro, étudiante en médecine; Abby Lippman, épidémiologiste; Sarah Reaburn, infirmière; Faiz Ahmad Khan, médecin; Meb Rashid, médecin; Clare Bastedo, gastroenterologue; Laurence J. Kirmayer, psychiatre; Marina B. Klein, médecin; Tarek Loubani, médecin; Michaela Bede, résidente en psychiatrie; Amos Hercz, médecin; Vikas P. Chaubey, médecin; Anne-Marie Gallant, infirmière; Edward Ou Jin Lee, doctorant en travail social; Marilyne Tovar, externe en soins infirmiers; Lauren Cripps, infirmière, Toronto; Jaswant Guzder, psychiatre; Ouanessa Younsi, médecin résidente en psychiatrie; Jill Hanley, travailleuse sociale; Chi-Minh Phi, médecin; Louise T. Auger, pédiatre; Nadine Lahoud, médecin; Rickesh Sood, médecin; Jason Szabo, médecin; Martine Gobeil, médecin; Bérénice Mortezai, omnipraticienne; Christina Greenaway, microbiologiste; Abeer Majeed, médecin; Gillian Morantz, pédiatre; Nazila Bettache, médecin; Eric Dagher; Chantal Gravel, psychologue, RIVO; Garima Talwar; Anne Wittevrongel, psychologue; Kevin Schwartzman, médecin; Saleem Razack, pédiatre; Rosalind Wong, Mouvement contre le viol et l'inceste; Francisco Noya, pédiatre; Marie-Josee Brouillette, médecin; Nanky Rai étudiante en médecine; Valérie Lévy; Ryan Herriot, médecin; Costas Pexos; Bianca Segatto; Louis-Patrick Haraoui, médecin; Norbert Gilmore, médecin; Myrill Solaski résidente, médecine familiale; Keith J Barrington, pédiatre; Olivier Sabella, médecin; Catherine Dufault, infirmière clinicienne; Cécile Rousseau, psychiatre; Marcelle Raymond, infirmière; Clairélaine Ouellet-Plamondon, résidente en psychiatrie; Rachel Kronick, residente en psychiatrie; Ghayda Hassan, psychologue; Sarah Fraser, psychologue; Stéphanie Rivier, psychologue; Jean-Sébastien Fallu, professeur, École de psychoéducation, Université de Montréal; David L. B. Woodbury, psychologue, RIVO; Valérie Ward, psychologue; Ann-Marie Lambert, psychologue, RIVO; Cynthia Glen, psychologue, RIVO; Marie-Hélène Paquin, psychologue; Lucie Nadeau, pédopsychiatre; Michel Peterson, psychanalyste, travailleur social et psychothérapeute; Toby Measham, pédopsychiatre; Garine Papazian-Zohrabian, psychologue; Anousheh Machouf, psychologue; Faria Kamal, étudiante en médecine; Manon Desmarais, infirmière; Amélie Dombeck, psychologue; Natasha Dufour, psychiatre; Farha Najah Hussain, orthophoniste; Eric-Viet Laperrière-Nguyen, médecin; Ellen Rosenberg, médecin; Association médicale du Québec.

 
 
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