Duceppe ne croit pas en une alliance électorale souverainiste
En entretien avec Le Devoir, l’ancien chef du Bloc québécois a soutenu hier que l’idée avancée par le député indépendant Pierre Curzi (entre autres) est vouée à l’échec dans le contexte actuel. « Je ne vois pas de possibilité de réaliser une telle chose, dit-il. Peut-être dans un système électoral à deux tours, mais certainement pas avec le mode de scrutin qu’on a aujourd’hui. »
Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir mardi, M. Curzi proposait de créer une alliance électorale entre les souverainistes de la scène provinciale, seule façon selon lui d’empêcher une division du vote francophone qui profite au Parti libéral du Québec. M. Curzi suggère d’organiser des primaires qui permettraient de choisir un candidat souverainiste par circonscription parmi les candidats du Parti québécois, de Québec solidaire et d’Option nationale.
La proposition a été rapidement rejetée par la chef du PQ, Pauline Marois, qui a plutôt appelé les souverainistes à se rallier à son parti. Porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir a pour sa part rappelé que le « but n’est pas de se débarrasser des libéraux pour assurer l’alternance du PQ, mais de se débarrasser d’une vieille culture politique » dont fait partie le PQ.
Selon M. Duceppe, la proposition de M. Curzi pose plusieurs problèmes. Les trois partis n’ont pas un programme identique, et les divergences seront exploitées par les libéraux ou les caquistes, croit-il. Mais plus profondément, M. Duceppe estime que « si on est souverainiste, on doit l’être tout le temps, pas seulement de temps en temps. Or, ce n’est pas le cas de Québec solidaire, qui a appuyé le NPD lors des dernières élections fédérales. »
M. Duceppe participera dimanche à Longueuil à une assemblée de la Commission nationale des états généraux sur la souveraineté du Québec, qui poursuit sa tournée entreprise il y a un mois. Un an après son retrait de la vie politique, M. Duceppe demeure convaincu que « ce qui bloque toujours [dans l’esprit des Québécois], c’est de savoir si la souveraineté est réalisable, si on en a les moyens ». D’où la nécessité pour lui de continuer à faire la pédagogie du projet - notamment sur le plan fiscal, dit-il.
« Prenons la question de la gratuité scolaire, explique celui qui est intervenu à quelques reprises en coulisse du conflit étudiant. Dans un cadre fédéral, elle coûterait cher, à cause du crédit d’impôt pour frais de scolarité. Je fais le parallèle avec le crédit pour frais de garde, où Québec perd des centaines de millions par année parce que la fiscalité à Ottawa, c’est “ one size fits all ”. Et ça ne correspond pas nécessairement aux programmes qu’on a. Plus les frais sont bas, moins on reçoit de crédits d’impôt. »
L’ancien chef fait preuve de la même prudence quant à la crise sociale québécoise. Mais lorsqu’on lui fait remarquer que les débats politiques au Québec se font désormais sur un axe gauche-droite davantage que sur un axe fédéraliste-souverainiste, M. Duceppe avance que « l’un n’exclut pas l’autre ». « Chaque nation a la politique de ses intérêts. Peu importe qu’on les défende à droite, à gauche ou au centre, on défend toujours les intérêts d’une nation. Mais il faut se rendre compte que la souveraineté, c’est bien plus par en-avant ou par en arrière que gauche-droite. On fera le débat gauche-droite une fois [la souveraineté] réglée », affirme-t-il.








