Revue de presse - Choc des idées
Il y a la prévisible dénonciation. Comme celle servie par QMI à la suite du voyage de M. Mulcair dans l’Ouest, la semaine dernière. « Mulcair devrait s’occuper de ses affaires », de dire l’équipe éditoriale, qui trouve que la première ministre albertaine, Alison Redford, a bien fait de bouder le chef néodémocrate pour assister, aux États-Unis, à une rencontre du très influent et secret Bilderberg Group. Selon QMI, Mulcair a affiché un brin de mépris, a baissé le ton, mais sans changer de message. La chaîne en veut en particulier à Mulcair d’avoir comparé les façons de faire de l’Alberta à celles du Nigeria. Si le chef du NPD veut parler d’environnement, peut-être devrait-il se pencher sur les questions éthiques au sujet de la mine d’amiante au Québec, dit QMI, avant de s’en prendre au modèle québécois que cite parfois Mulcair. Et qui « évite de parler du fait que l’économie du Québec serait dans le caniveau sans les 8 à 10 milliards de dollars qu’il reçoit chaque année en paiements de péréquation d’Ottawa ». QMI reproche aussi à Mulcair de ne pas voir la contribution des sables bitumineux à la richesse et à la sécurité économique de tout le pays.
Et il y a les amalgames faits pour rappeler de vieilles rancoeurs. Dans le Globe and Mail, Tom Flanagan, ancien mentor de Stephen Harper et directeur de la dernière campagne du Wildrose Party, dit voir un parallèle entre les propos de M. Mulcair et la Politique nationale de l’énergie (PNE) imposée par les libéraux au début des années 1980. Pour « subventionner l’est du Canada », le gouvernement Trudeau a imposé un prix canadien pour le pétrole et le gaz qui était inférieur au prix mondial. De l’avis de Flanagan, Mulcair veut à son tour détourner une partie de la richesse de l’Ouest vers l’Est sous prétexte de protéger l’environnement. Il attribue - faussement - à Mulcair le projet d’imposer une taxe sur le carbone afin de gonfler les revenus fédéraux et de limiter, sinon fermer, les sables bitumineux. Flanagan rappelle que la PNE a alimenté pendant des années un sentiment d’aliénation de l’Ouest. La région a cherché à se donner une voix en commençant avec le Reform et finalement le Parti conservateur. Selon Flanagan, la conclusion pourrait être moins heureuse si Mulcair prend le pouvoir. Il pense que, pour comprendre l’appréhension des gens de l’Ouest canadien à leur égard, les Québécois n’ont qu’à s’imaginer leur réaction si un parti fédéral voulait que l’hydroélectricité québécoise profite à tous les Canadiens par le biais, par exemple, d’une taxe sur les exportations d’énergie électrique ou encore par l’obligation de vendre les surplus d’électricité aux autres provinces au même prix que celui exigé des Québécois. Si cela se produisait, prédit Flanagan, le Québec prendrait la porte de sortie à toute vitesse. L’outrage des gens de l’Ouest, quand il est question de leur pétrole, n’est pas différent, avertit-il.
Carré rouge
Et pour conclure, le point de vue, peu courant au Canada anglais, du chroniqueur Rick Salutin, du Toronto Star, sur la grève étudiante. Selon lui, le reste du pays a une dette envers ces étudiants. Avec leur campagne pour un accès égal à une éducation supérieure financée par les fonds publics, ils redorent le blason d’un pays qui perd des plumes sur la scène internationale à la suite de ses reculs en matière d’environnement ou encore à cause du manque d’équilibre de sa politique au Moyen-Orient, dit Salutin. Il ne reproche pas à Stephen Harper des virages annoncés, mais il rappelle que plus de 60 % de la population a voté contre lui. Les étudiants ont le mérite de bousculer le discours dominant où « la santé, le logement, une retraite digne ont cessé d’être des droits de la personne pour être présentés comme un « ce qui m’est dû » discutable ». Salutin note que les arguments fournis pour rejeter la gratuité sont les mêmes qu’on offrait à une certaine époque pour refuser l’éducation secondaire gratuite. On n’en avait pas les moyens, disait-on. À ceux qui invoquent le manque de ressources, Salutin rappelle qu’il y a toujours assez d’argent quand il y a une catastrophe ou un conflit armé. On augmente les taxes, on revoit ses priorités, on réorganise ses finances. « En d’autres mots, ce n’est pas qu’une question économique, c’est une question politique. » Salutin remercie les étudiants pour avoir remis en question cette logique, pour la leçon de démocratie directe, pour cette « bonne vieille grève », pour ce regain d’imagination et de rêve. « Ce n’est qu’au cours des dernières décennies que les gouvernements sont devenus des organismes voués exclusivement à l’élimination de ce qui fut bâti par et pour tous », déplore-t-il. Une éducation gratuite ? « Ce n’est pas infaisable, c’est seulement devenu impensable, excepté pour ces étudiants dans les rues du Québec », conclut-il.








