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    Assurance-emploi - Des emplois saisonniers difficiles à pourvoir

    Le Canada a accueilli 31 000 travailleurs étrangers agricoles et laboureurs l’an dernier .
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Canada a accueilli 31 000 travailleurs étrangers agricoles et laboureurs l’an dernier .
    Pour expliquer sa réforme d’assurance-emploi, le gouvernement conservateur prétend vouloir donner priorité aux chômeurs canadiens plutôt qu’aux travailleurs étrangers temporaires. Or, ce remplacement ne sera pas si facile à opérer : il appert que les emplois occupés par les étrangers sont soit saisonniers, soit dans des régions où le taux de chômage est déjà plus bas que la moyenne nationale.

    Depuis quelques semaines, le gouvernement conservateur prévient que les chômeurs devront se montrer moins sélectifs dans leur recherche d’emploi. La ministre des Ressources humaines a expliqué que son gouvernement voulait jumeler chômeurs et employeurs avant d’appeler en renfort des étrangers. En vertu de la réforme annoncée le 24 mai dernier, les chômeurs seront répartis en différentes catégories, et ceux qui ont fait plus souvent appel au programme - souvent des travailleurs saisonniers - devront accepter des emplois moins payants que les autres s’ils ne veulent pas perdre leurs prestations.


    En 2011, le Canada a accueilli près de 430 000 travailleurs temporaires étrangers. Ces gens - qui ne sont pas des immigrants, dont le nombre a été de 280 000 en 2010 - ne viennent au pays que parce qu’un emploi les y attend. La durée de validité de leur permis de séjour a été en moyenne de 16 mois.


    Or, deux des trois premières catégories d’emploi pour lesquelles ces gens sont venus en plus grand nombre sont des emplois peu susceptibles d’éviter du chômage saisonnier aux Canadiens. Les travailleurs agricoles et laboureurs arrivent en tête de liste, avec 31 000 travailleurs étrangers. Ils sont restés en moyenne sept ou huit mois. Leur travail s’effectue pendant les périodes de pêche, les saisons touristiques, bref, pendant que les travailleurs saisonniers travaillent.


    Ken Fort, le président de FARMS, une association qui aide les agriculteurs à recruter à l’étranger, espère que toute cette attention médiatique ne finira pas par faire disparaître le programme, qu’il juge essentiel pour le secteur. Il assure que l’industrie fait déjà le plein de travailleurs canadiens, avec un taux de 85 %. Selon lui, il n’est pas possible de pourvoir les 15 % d’emplois restants par des travailleurs d’ici. « Les Canadiens ne veulent pas de ma job. Ils veulent une job qui va durer plus que quatre mois », dit-il.

     

    Priorité aux chômeurs


    Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, s’étonne de ces propos. « C’est un peu bizarre, dit-il au Devoir. Mais le fait que les étrangers travaillent plus fort ne doit pas être une raison pour leur donner les jobs avant les Canadiens. » Quant au fait que les Canadiens ne voudraient pas de ces emplois-là, le ministre réplique que, si c’est le cas, il faudrait espérer « voir une amélioration de l’éthique de travail par rapport [à celle des] étrangers qui arrivent ici ». « Nous voulons nous assurer que ces employeurs offrent les emplois aux chômeurs dans leur localité avant qu’ils déposent la demande pour des travailleurs temporaires », a-t-il dit, répétant les propos de ses collègues pour justifier la réforme annoncée.


    La troisième catégorie d’emplois parmi les plus populaires auprès des travailleurs étrangers temporaires est celle des gouvernantes et aides familiales résidentes, avec 14 677 personnes. Ces gens habitent chez l’employeur pour s’occuper en permanence d’un membre de la famille. C’est d’ailleurs dans cette catégorie que les permis de travail ont la plus longue période de validité : deux ans.


    Fait cependant à noter, au sommet du palmarès, près de 220 000 travailleurs temporaires étrangers sont admis avec un permis de travail ouvert. Il est donc impossible de savoir dans quel secteur ils oeuvrent.


    La deuxième catégorie d’emplois accueillant le plus de travailleurs étrangers temporaires est celle de la restauration, avec près de 20 000 employés, restant entre 12 et 14 mois en moyenne. La majorité d’entre eux, toutefois, se dirige vers les Prairies, là où le taux de chômage est le plus bas du pays. En tête de liste, selon l’Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires (ACRSA) : l’Alberta (taux de chômage : de 5,3 % en mars).


    Il y a beaucoup de concurrence pour recruter la main-d’oeuvre dans ces provinces, explique Dwayne Marling, représentant de la région au sein de l’ACRSA. « Dans ces économies axées sur l’exploitation des ressources naturelles, c’est un véritable défi. À Fort McMurray, par exemple, les jeunes gagnent de bons revenus et travaillent de longues heures. Cela augmente la demande sur le secteur de la restauration à un moment où il y a moins de gens disponibles pour occuper ces emplois. » Selon les données de 2010 du ministère, l’Alberta a accueilli 38 % de tous les travailleurs temporaires étrangers autres qu’agricoles.


    Ce problème se répercute, quoique dans une moindre mesure, en Saskatchewan (taux de chômage de 4,8 %) et au Manitoba (5,3 %). Le taux de chômage national moyen se chiffre à 7,2 %. M. Marling note cependant que Terre-Neuve accueille également beaucoup de travailleurs temporaires étrangers. Le taux de chômage y est le plus élevé au pays, à 13 %.


    L’impact du boom pétrolier albertain trouve un léger écho au Québec dans les régions visées par le Plan Nord, selon François Meunier, porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec. « Là, il n’y a plus personne qui est prêt à travailler à 12 $ l’heure parce que n’importe qui peut se faire offrir un emploi dans les mines au double ou au triple de ce salaire-là. […] Même des gens sans qualifications se font offrir des emplois à plus de 20 $ l’heure. L’industrie n’est pas capable de supporter une rémunération aussi importante que ça. Il n’y a personne qui veut payer son club- sandwich 52 $. »


    Justement, pour justifier la réforme, le ministre Kenney avait cité le cas du McDonald de Sept-Îles, forcé d’embaucher des travailleurs des Philippines. M. Meunier confirme qu’il s’agit d’une des régions aux prises avec une pénurie de main-d’oeuvre. Le cas du McDonald’s a fait grand bruit à la Chambre des communes. La ministre des Ressources humaines, Diane Finley, avait déclaré vouloir que « les McDonald’s de ce monde n’[aient] pas à faire venir des travailleurs étrangers temporaires pour faire le travail que des Canadiens sur l’assurance-emploi ont les compétences de faire ». Cette déclaration avait amené l’opposition à s’inquiéter de voir tous les chômeurs forcés d’accepter des « McJobs ». McDonald’s confirme que de ses 80 000 employés au Canada, 2000 (2,5 %) sont des travailleurs étrangers temporaires.


    Devant la grogne de l’opposition, le gouvernement avait clarifié que nul ne serait obligé d’accepter un poste situé à plus d’une heure de voyagement de son domicile. « À l’occasion, les emplois ne se trouvent tout simplement pas là où se trouvent les travailleurs », conclut Dwayne Marling.

     
     
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