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Revue de presse - Tempête autour des sables bitumineux

19 mai 2012 | Manon Cornellier | Canada
Les propos du chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, sur l’impact négatif du développement accéléré des sables bitumineux sur la valeur du dollar et, par ricochet, sur le secteur manufacturier du centre du pays continuent de faire des vagues. De grosses vagues. D’autant plus qu’il persiste et signe, affirmant que les premiers ministres des provinces de l’Ouest qui rouspètent ne sont que les « messagers » de Stephen Harper.

La presse de l’ouest du pays ne cesse d’en parler et de s’indigner. Les conservateurs, eux, tentent d’en faire leurs choux gras. L’affrontement inquiète. Selon John Ibbitson, du Globe and Mail, on serait en présence d’un cas bien canadien de positionnement politique. Un parti tente de faire des gains aux dépens d’un autre en misant sur le ressentiment régional de certains électeurs. Dans ce cas-ci, un parti, le NPD, cherche à ébranler l’appui récent des électeurs ontariens pour les conservateurs. « Mais opposer l’Ouest à l’Est, le secteur des ressources naturelles au secteur manufacturier, un nouveau Canada prospère et en croissance à une économie plus usée, voilà la recette parfaite vers la polarisation et la paralysie, et peut-être même la rupture du pays. » Il convient que la politique repose sur la mise en évidence de points de vue divergents qui « trouvent racine dans les différences de classe, de culture, d’ethnie, d’histoire, de géographie ». Pour gagner, il faut établir une base et ensuite identifier et charmer une partie des électeurs pouvant être séduits par les deux camps. Selon Ibbitson, Harper est maître de cette approche, mais Mulcair croit qu’il peut faire encore mieux. « Mais le succès, en cette matière, suppose invariablement de mettre deux groupes en opposition. » Ibbitson se rassure en notant que cela n’est pas nouveau au Canada et que ces différends cachent souvent un plus profond consensus.


Selon Michael Den Tandt, de Postmedia News, cette stratégie ne laisse présager aucun gain néodémocrate en Alberta et en Saskatchewan lors des prochaines élections. Et selon lui, cela importe peu à Mulcair, qui est en fait préoccupé par le nombre de sièges en jeu lors du prochain scrutin en Ontario. Den Tandt est persuadé que le chef néodémocrate a fait une croix sur les Prairies, misant sur l’Ontario pour former un gouvernement. « C’est peu scrupuleux et malhonnête, mais rusé. » Pour réussir, toutefois, Mulcair doit compter sur l’incapacité des conservateurs de contrer efficacement son message qui alimente le ressentiment des Ontariens qui voient leur économie manufacturière décliner. La richesse pétrolière albertaine génère toutefois d’importants revenus fédéraux et des investissements à travers le pays. Den Tandt ne croit pas que Mulcair veuille mettre cela en péril, mais il est prêt à le dire pour le moment, « au risque de créer un fossé entre l’Est et l’Ouest, pour en arriver à déloger les conservateurs de la plus grande province du pays ».


Le Sénat dans le lot


Les remous autour de Mulcair nous amènent étrangement à la question de la réforme du Sénat. On y est moins chaud dans l’Ouest maintenant que la région a le sentiment d’avoir une voix à Ottawa. Cela ne veut pas dire que le rêve d’un Sénat égal et élu a disparu, mais élire les sénateurs sans réformer l’institution en profondeur, comme le propose le gouvernement Harper, passe difficilement, en particulier en Colombie-Britannique, où le gouvernement provincial a manifesté de l’intérêt.


Le Vancouver Sun est outré, lui qui privilégie l’abolition du Sénat. Il considère qu’élire des sénateurs alors que les pouvoirs et la composition de la Chambre haute restent inchangés ne peut que nuire à la Colombie-Britannique, qui y est sous-représentée. Une élection donnerait un semblant de légitimité à une institution qui, parce qu’elle en manquait, faisait jusqu’à présent preuve de retenue.


L’auteur Gordon Gibson, qui fut en son temps chef du Parti libéral de la province, en rajoute, toujours dans le Sun. Selon lui, le plan de Harper est une « pure folie pour la Colombie-Britannique » et doit être combattu. À son avis, il nuirait à l’économie de la province « pour des générations à venir », rien de moins. Et c’est là qu’on revient au fossé Est-Ouest. Gibson ne veut pas voir une Chambre bancale gagner en légitimité alors que l’est et le centre du pays y jouissent d’un poids démesuré par rapport à l’Ouest. « Les provinces qui subventionnent le reste du pays en vertu de la péréquation, soit la Colombie-Britannique, l’Alberta et la Saskatchewan, n’ont que 18 sièges en tout et cela ne peut être changé sans un amendement constitutionnel, ce qui n’arrivera pas. » Gibson est convaincu qu’un Sénat jugé plus légitime utiliserait son pouvoir pour faire pencher toutes les politiques en faveur des provinces « clientes ». Le résultat serait une ponction financière permanente aux dépens des provinces productives de l’Ouest, y compris la Colombie-Britannique. « L’équité régionale serait détruite par un Sénat plus puissant mais toujours dépourvu d’équilibre. » Le Sénat, rappelle-t-il, n’a pas été conçu pour être démocratique, mais pour offrir un second avis réfléchi sur les projets de loi. Ce qu’il fait bien, juge-t-il.

 
 
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