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    Réveillez-vous !

    16 mai 2012 | Manon Cornellier | Canada
    Le ministre des Finances, Jim Flaherty, décrit toujours son projet de loi budgétaire de la même manière : résolument ambitieux, complet, conçu pour répondre aux défis, non seulement des prochaines années, mais des prochaines générations. Il l’a répété hier encore devant deux comités parlementaires, soulignant à gros traits ces « réformes substantielles » destinées à assurer la prospérité à long terme du pays.

    Avec pareil menu, on s’attendrait à ce qu’il offre à tous le temps de digérer tous les plats. Le gouvernement a plutôt choisi de faire passer à peu près tout le monde sous la table, comme on dirait chez nous.


    Dommage, car une démocratie en santé ne se limite pas à l’exercice du droit de vote tous les quatre ans. Elle suppose un dialogue constant entre les élus et les citoyens. À travers les travaux parlementaires, les assemblées et consultations publiques, les échanges dans les médias sociaux et traditionnels. Depuis de trop longues années, le contrôle du message, la manipulation, la propagande ont pris le dessus sur l’information lorsqu’il est question de politiques publiques. Assez pour dégoûter un nombre croissant de citoyens qui, découragés, boudent les urnes.


    Mais avec sa stratégie bien peu démocratique de projet de loi budgétaire omnibus, le gouvernement conservateur est peut-être en train, bien malgré lui, de réveiller un géant qui dort. Pour la première fois depuis longtemps, tous les partis d’opposition ont décidé de ne pas s’en tenir à une guerre de procédures et de prendre les moyens pour informer les citoyens sur les ramifications du projet C-38 et, surtout, leur donner la parole.

     

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    En plus de l’habituel recours aux médias sociaux, le NPD tiendra dans différentes villes du pays, à partir d’aujourd’hui, des assemblées publiques où des experts seront invités à décortiquer des volets particuliers du projet de loi budgétaire, et le public à s’exprimer. Une façon de redonner aux Canadiens le Parlement d’où le gouvernement cherche à les écarter, de dire le leader parlementaire Nathan Cullen. (Il reste à voir si l’exercice du NPD ne sera pas à sens unique, étant donné le ton du site Internet créé pour l’occasion et le contenu des trop brèves notes d’information qui y apparaissent.)


    Les libéraux, de leur côté, ont tiré avantage d’un atout que les néodémocrates n’ont pas : des sénateurs. Le gouvernement voulait que la Chambre haute entame tout de suite une étude préliminaire en comité, un procédé rarement utilisé qui exige le consentement de l’opposition. Les libéraux l’ont donné, mais en échange d’une étude approfondie dans six comités sénatoriaux différents. Ils ont eu ce que le NPD espérait obtenir aux Communes, mais n’a pas obtenu. Du coup, une des Chambres fera le travail attendu d’un Parlement, entendra des témoins, donnera la parole aux Canadiens. Mais à cause du gouvernement, ce ne sera pas celle des représentants du peuple…


    Les libéraux tenteront aussi d’alerter les citoyens, sur la Toile et sur le terrain. Comme le dit le leader parlementaire libéral Marc Garneau, le défi de tous les partis est d’informer les Canadiens pour qu’il y ait un « réveil » comme celui observé contre le projet de loi C-30 sur l’interception des communications électroniques, projet que le gouvernement a mis sur la glace.

     

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    Dans la bulle parlementaire trop souvent affectée de cynisme, les tentatives de mobilisation des citoyens provoquent souvent la même réponse : c’est inutile, le gouvernement majoritaire n’en fera qu’à sa tête, les citoyens s’en fichent. Mais même majoritaire, un gouvernement qui veut garder le pouvoir doit se faire réélire. Il doit, jusqu’à un certain point, rester au diapason de la population.


    La tradition veut qu’il y parvienne, entre autres, lors de ses échanges avec les partis d’opposition et des audiences en comité où des témoins de tous horizons se présentent. Mais quand un gouvernement, comme celui de Stephen Harper, cherche par tous les moyens à escamoter les étapes du processus parlementaire et traite avec un mépris certain les élus de l’opposition, il ne reste à ces derniers qu’à se faire entendre ailleurs et autrement.


    Comme le disait Nathan Cullen, céder au défaitisme créerait un précédent dangereux et donnerait au gouvernement l’impression qu’il a maintenant le champ libre pour agir de la sorte à nouveau. Le défunt Jack Layton avait d’ailleurs dit, en réalisant les limites de l’opposition officielle dans un Parlement majoritaire, que son pouvoir viendrait du peuple. Et c’est vrai. Le seul remède contre la politique du diktat majoritaire est une population qui refuse de laisser faire et de se laisser faire. Mais pour cela, elle doit savoir.


    Les partis d’opposition ont tardé à se lancer dans ces campagnes alors que le temps presse pour quiconque veut vraiment provoquer une réaction citoyenne qui ne s’est pas encore fait sentir. Les partis n’auront peut-être pas gain de cause, mais en allant aux devants de la population en dehors du cycle électoral, ils arriveront peut-être à revigorer le débat démocratique. Ce serait toujours ça de pris.

     
     
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