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    M. Chrétien a des options face au mariage gai

    Norman Spector
    28 août 2003 |Norman Spector | Canada | Chroniques
    À son évêque, Jean Chrétien dit qu'il est avant tout redevable aux Canadiens. Aux Canadiens, le premier ministre refuse l'option d'un référendum sous prétexte que les députés doivent assumer leurs responsabilités. À ses députés, M. Chrétien dit que les juges doivent avoir le dernier mot sur le mariage gai parce que, comme tout bon libéral, il a l'obligation de défendre la Charte canadienne des droits et libertés.

    Il s'agit là d'une conduite bien étrange: M. Chrétien a lui-même écrit chaque mot de la Charte à titre de ministre de la Justice en 1981. Cependant, il ne défend pas l'un de ses articles — l'article 33, qui porte sur la «clause nonobstant» — qui donne au Parlement, et non pas aux tribunaux, le dernier mot sur le mariage gai. M. Chrétien veut que les Canadiens et ses députés oublient cette clause parce qu'il veut nous faire croire qu'il n'existe pas d'autre option que de changer la définition du mariage. Que, personnellement, il aurait préféré ne pas avoir à examiner la question avant de prendre sa retraite. Que ce sont les tribunaux qui l'ont incité à le faire.

    En vérité, il a eu en main plusieurs options, qu'il possède toujours. Son gouvernement aurait pu faire appel de la décision des tribunaux à la Cour suprême du Canada. Il aurait aussi pu proposer une loi qui aurait référé les unions civiles à la Cour suprême ou demander au Parlement de décréter une telle loi en attendant que quelqu'un la conteste devant les tribunaux. Il aurait également pu utiliser la «clause nonobstant» pour protéger cette loi contre toute contestation juridique éventuelle.

    M. Chrétien n'a jamais comparé les écoles non mixtes à la ségrégation raciale qui a été en vigueur dans le sud de États-Unis jusqu'aux années 60. Et il sait que les équipes sportives nationales divisées selon le sexe — qui concurrencent leurs contreparties de partout dans le monde sous l'unifolié — sont compatibles avec la Charte canadienne des droits et libertés. Il sait également — ou il devrait savoir — que le droit à l'égalité ne signifie pas que nous sommes tous les mêmes et que, par conséquent, nous ne pouvons pas être traités différemment en vertu de la loi si c'est raisonnable.

    D'ailleurs, si M. Chrétien recherchait vraiment une solution raisonnable, il regarderait du côté de la France. Pays profondément catholique bien que la France soit officiellement séculière, beaucoup de gens là-bas croient que c'est là qu'a été inventée la notion moderne des droits de l'homme. En 1999, une coalition de gauche menée par le Parti socialiste a établi le PACS (Pacte civil de solidarité) pour les gais ou les hétérosexuels désireux d'officialiser leur relation afin d'en faire quelque chose de plus solide que le simple concubinage.

    Le PACS est signé par deux adultes de même sexe ou de sexe différent. Il est enregistré devant le tribunal mais pas à la mairie, où les mariages ont toujours lieu. Il permet quelques allégements fiscaux, notamment en matière de revenu et de dons de charité. Il vise à sceller des engagements qui reconnaissent entre autres l'aide et la responsabilité mutuelle pour les dettes des associés, que ceux-ci soient gais ou hétéros.

    Si on a fini de jeter sa gourme — que l'on soit hétéro ou gai —, on devrait pouvoir avoir accès à l'union civile. Mais si vous et votre conjoint songez à avoir des bébés en faisant l'amour — ou, mieux, à être fructueux et à vous multiplier —, se marier est bien avisé car le mariage reste le meilleur environnement pour mettre au monde des enfants et les élever jusqu'à l'âge adulte. Selon une étude récente, élever un enfant jusqu'à l'âge de 18 ans coûte presque 160 000 $. Et bien que les engagements du mariage aient été attaqués de toute part — la plupart du temps par des hétéros—, tous les Canadiens ont intérêt à ce que cette institution soit renforcée, ne serait-ce que pour protéger nos pensions de vieillesse.

    Maintenir une distinction entre le mariage et les unions civiles ne doit pas signifier une perte de dignité pour les gais et les lesbiennes, comme ce n'est pas le cas pour les nombreux hétérosexuels qui s'accommodent aujourd'hui d'arrangements semblables. Il serait particulièrement ironique que les homosexuels aient besoin de la validation du mariage, un établissement traditionnellement hétérosexuel, pour enfin se sentir entièrement égaux.

    Quand les joueuses de tennis se sont rendu compte que leur sport n'était pas traité sérieusement par les médias et les spectateurs, elles n'ont pas essayé de rejoindre les hommes. Elles n'ont pas non plus envisagé de changer les règles du jeu des hommes. Elles ont plutôt décider de valoriser leur jeu en misant justement sur ses différences. Et elles ont ainsi réussi à en faire une attraction passionnante pour des milliers de spectateurs.

    Les gais et lesbiennes sont fiers de leur différence et devraient continuer à manifester cette fierté dans leurs célébrations annuelles. Si je n'avais qu'un seul conseil à leur donner, ce serait de mettre moins d'accent sur le sexe dans leurs défilés — qui, après tout, est commun à toute matière organique — et davantage sur la contribution substantielle des gais et des lesbiennes au progrès de l'humanité à travers l'histoire.

    Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

    nspector@globeandmail.ca












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