Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?

    Déficit de confiance

    16 avril 2012 |Manon Cornellier | Canada
    Depuis deux semaines, des milliers de fonctionnaires fédéraux sont avisés que leur poste pourrait être touché par la série de compressions annoncées dans le dernier budget. La première vague d'avis a frappé, il y a deux semaines, dans une dizaine de ministères et agences. La seconde a eu lieu la semaine dernière dans au moins 23 ministères et organismes, sans compter Radio-Canada.

    Depuis douze jours, plus de 9000 personnes auraient reçu des avis. Des vétérinaires, des inspecteurs, des informaticiens, des scientifiques, des experts en politiques publiques, des infirmières, des psychologues, des ingénieurs, des responsables à l'approvisionnement... Le pire est qu'ils ne savent pas s'ils se retrouveront, au bout du compte, sans emploi. Ils savent seulement qu'ils pourraient l'être, à la suite d'un long jeu de chaises musicales qui mettra chacun en compétition avec ses collègues. Les fonctionnaires ne connaîtront leur sort définitif que dans plusieurs semaines, sinon des mois. Joli climat de travail en perspective!

    L'objectif du gouvernement est d'éliminer 19 200 postes permanents, dont environ 7200 par attrition. Il faut savoir cependant que ces pertes d'emploi s'ajoutent à celles imposées lors des examens stratégiques précédents et qui conduiront à la disparition d'au moins 6300 postes supplémentaires. Et selon l'Alliance de la fonction publique, environ 9700 emplois de plus ont disparu à la suite du gel de l'embauche en 2010.

    Le gouvernement aime rappeler qu'à terme, c'est-à-dire en 2014-2015, les compressions représenteront «seulement» 5,2 milliards d'économies récurrentes annuelles. Il oublie de dire qu'elles s'ajoutent à celles générées par les examens précédents et le gel du budget de fonctionnement des ministères. On parle d'environ 6 milliards d'économies récurrentes supplémentaires en 2014-2015. Cet effort est d'ailleurs une des raisons qui expliquent que la plupart des ministères n'ont pu respecter la commande passée l'an dernier en vue du budget de cette année — une réduction de 5 à 10 % de leurs dépenses — sans procéder à de nouvelles réductions parfois sévères de personnel.

    ***

    La même incertitude qui affecte les employés plane sur les services et les programmes. Le gouvernement refuse de dire lesquels seront directement affectés et comment. C'est au compte-gouttes que l'on apprend qu'un organisme disparaît, qu'un programme est amputé, et la plupart des ministères affirment que les services ne seront pas diminués. Les syndicats crient peut-être parfois au loup, mais, dans bien des cas, leur inquiétude est justifiée.

    Comment peut-on dire à une centaine d'inspecteurs des aliments que leur poste est visé sans les amener à conclure qu'il y aura moins de gens pour faire les inspections et que la sécurité des Canadiens s'en ressentira? Et comment ne pas faire la même déduction quand les services frontaliers visent plus de 1000 employés et annoncent le démantèlement d'une partie de l'escouade de chiens renifleurs?

    Seul ministre à avoir osé monter au front, le ministre de l'Agriculture, Gerry Ritz, persiste à dire que la sécurité et la santé des Canadiens seront protégées. Ses collègues émettent le même message, mais en s'en remettant souvent à des porte-parole en service commandé qui en sont tenus à des phrases creuses. Du genre, «le gros des économies sera réalisé au sein de l'administration grâce à des gains d'efficacité et à une gestion plus serrée». Fidèle à son habitude, le gouvernement n'a organisé aucune séance d'information digne de ce nom pour clarifier ses intentions et démontrer l'exactitude de ses prétentions.

    ***

    Pour un gouvernement qui a transféré en catimini des fonds pour les infrastructures frontalières vers des projets dans la circonscription du ministre Tony Clement, qui a continuellement manipulé les faits dans le dossier des F-35, qui a systématiquement refusé de fournir le véritable coût de sa loi omnibus en matière de justice, c'est beaucoup demander d'exiger de le croire sur parole. La confiance n'est plus au rendez-vous pour bien des Canadiens. Le gouvernement a empoisonné le puits et il lui revient maintenant non pas d'affirmer que les services, la santé et la sécurité ne seront pas dangereusement touchés, mais de le démontrer. Noir sur blanc et de vive voix, en cessant de se cacher derrière d'obscures porte-parole et des communiqués insipides. Après tout, il s'agit d'une des plus importantes opérations de compressions budgétaires de l'histoire canadienne.

    La responsabilité de défendre ces choix et de les expliquer avec honnêteté revient aux ministres, aidés de leurs plus hauts subalternes, s'il le faut. En un mot, de rendre des comptes. Un devoir dont ce gouvernement oublie malheureusement trop souvent le sens.

    ***

    Au moins une agence, celle des services frontaliers, a choisi d'économiser un million en ne payant plus le salaire des fonctionnaires libérés pour activités syndicales. Le syndicat devra les payer lui-même. Dans une déclaration faite sur ce ton abrasif si cher aux conservateurs, la porte-parole du ministre Vic Toews, Julie Carmichael, a affirmé que ce serait une des raisons de la sortie virulente du syndicat contre les compressions. Son président, a-t-elle dit, serait «contrarié par cette coupure d'un million dans ce "slush fund" pour gros patrons syndicaux».
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel