Sondage pancanadien - Hausser les impôts pour réduire les inégalités

C'est le gouvernement Harper qui en sera étonné: les Canadiens — y compris une majorité d'électeurs conservateurs — se disent prêts à payer des impôts plus élevés si cela peut permettre de maintenir en place certains services publics et de réduire les inégalités au pays, révèle un sondage pancanadien qui met à mal certaines idées reçues dans le discours politique canadien.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie C'est le gouvernement Harper qui en sera étonné: les Canadiens — y compris une majorité d'électeurs conservateurs — se disent prêts à payer des impôts plus élevés si cela peut permettre de maintenir en place certains services publics et de réduire les inégalités au pays, révèle un sondage pancanadien qui met à mal certaines idées reçues dans le discours politique canadien.

C'est le gouvernement Harper qui en sera étonné: les Canadiens — y compris une majorité d'électeurs conservateurs — se disent prêts à payer des impôts plus élevés si cela peut permettre de maintenir en place certains services publics et de réduire les inégalités au pays, révèle un sondage pancanadien qui met à mal certaines idées reçues dans le discours politique canadien.

Ainsi, 64 % des répondants au sondage mené par Environics Research auprès de plus de 2000 Canadiens disent être prêts à «payer des impôts légèrement plus élevés si [cela sert] à protéger les programmes sociaux comme les soins de santé, les pensions et l'accès aux études postsecondaires». Les électeurs libéraux et néodémocrates appuient cette idée à 72 %. Mais même les électeurs conservateurs approuvent le principe, à 58 %.

L'étude commandée par l'Institut Broadbent — un nouveau think tank de gauche dirigé par l'ancien chef du Nouveau Parti démocratique — révèle aussi que 83 % des Canadiens se disent favorables à une augmentation des impôts personnels des personnes les plus nanties.

De même, 73 % des Canadiens (et 61 % des conservateurs) appuieraient un retour graduel de l'impôt des entreprises au niveau de 2008, soit 19 %. Plusieurs baisses successives ont ramené ce taux à 15 %. Le gouvernement conservateur estime que c'est là un incitatif à la création d'emplois, affirmation que contestent l'opposition et plusieurs observateurs. Les réductions privent Ottawa de revenus d'au moins 6 milliards annuellement, dans un contexte de compressions de 5,2 milliards qui toucheront plusieurs services étatiques.

Ces conclusions sont enchâssées dans une étude qui s'attarde de façon plus globale au problème des inégalités croissantes au Canada. Dans la foulée du mouvement «Occupy Wall Street» et de ses autres déclinaisons régionales, l'Institut Broadbent a voulu vérifier le niveau de préoccupation des Canadiens devant les statistiques évoquant un fossé sans cesse plus large entre les Canadiens les plus riches et les plus pauvres.

Il ressort de l'exercice dirigé par Environics Research que 77 % de la population considère l'enjeu comme un sérieux problème pour le Canada, problème qui aura des conséquences à long terme. Les électeurs du NPD le pensent en bloc (89 %)... et 59 % des conservateurs sont aussi de cet avis. «Ces pourcentages prouvent que les préoccupations relatives à l'inégalité des revenus dépassent les frontières politiques», estime l'Institut. En fait, «l'appui à des mesures gouvernementales pour réduire l'inégalité des revenus est unanime, peu importent le parti politique, les divisions géographiques, les niveaux de revenu, le sexe ou les différences d'âge», ajoute l'organisme en résumant le découpage du sondage.

Entre autres conséquences à ce fossé économique, on pointe une baisse du niveau de vie (79 % des gens le croient), une augmentation des crimes (75 %), l'érosion des soins de santé et d'autres services publics (72 %). La qualité de la démocratie canadienne pourrait aussi être touchée, croient 67 % des répondants. Au final, 71 % des répondants soutiennent que la tendance aux inégalités «sape les valeurs canadiennes» que sont l'égalité et la justice.

«L'Institut en conclut que tout gouvernement ou parti politique qui s'attaquera en priorité à l'inégalité des revenus ne reflétera pas seulement l'opinion publique courante, mais traitera d'une question qui représente une valeur canadienne fondamentale: l'égalité», indique le groupe. Ce dernier souligne que «l'option d'augmenter les impôts pour protéger les programmes sociaux et pour traiter de l'inégalité des revenus n'a pas fait l'objet d'un débat public depuis fort longtemps».

À Ottawa, les conservateurs se sont beaucoup appuyés sur cet enjeu de l'imposition pour attaquer libéraux et néodémocrates lors de la dernière campagne électorale (et plus largement dans le débat politique quotidien à la Chambre des communes). Ces deux derniers partis promettaient d'annuler les baisses d'impôt aux entreprises dans un contexte de déficit budgétaire. La question a aussi refait surface lors de la course au leadership du NPD, où le candidat Brian Topp proposait un impôt supplémentaire pour les salariés gagnant plus de 250 000 $ annuellement. Mais il est rare que le débat sur l'impôt transcende les attaques partisanes.

Or, selon l'Institut Broadbent, les Canadiens seraient «désireux de fournir leur part pour appuyer les services publics si le gouvernement adopte une approche raisonnable en matière de taxation». Un dialogue devrait donc être possible, croit le think tank.

Écart

En septembre, le Conference Board of Canada indiquait que le Canada est en train de rattraper les États-Unis en matière d'inégalités entre riches et pauvres. Depuis une quinzaine d'années, l'écart de revenu entre les deux groupes a crû plus rapidement au Canada qu'aux États-Unis — qui demeure la société la plus inégalitaire parmi les pays développés. Au Canada, le cinquième de la population le plus riche accapare 40 % des revenus totaux, alors que le cinquième le plus pauvre en détient 7 %.

Cela ne veut toutefois pas dire que les plus démunis s'appauvrissent davantage ou que le revenu annuel moyen après impôt et transferts a diminué, notait l'Institut. C'est plutôt que les revenus des plus riches augmentent à un rythme nettement plus rapide que ceux des plus pauvres.

Le sondage publié hier a été mené par téléphone et comporte une marge d'erreur de 2,2 %, dans 19 cas sur 20.
24 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 11 avril 2012 06 h 14

    Sondage, sondage, que me dis-tu là?


    Ce sondage est en train de mettre dans les mains de M. Harper tout le beurre et l'argent du beurre. Il faudrait savoir s'il n'est pas simplement un spécialiste de la coupe à blanc? Qu'est-ce qui motivent les Conservateurs?

    Le font-ils pour renflouer les coffres ou si c'est simplement parce qu'ils pensent que la place d'un gouvernement est qu'il en prenne le moins possible? Pour eux, qui sont les citoyens? Au niveau de la justice, des lois plus répressives, est-ce pour rendre les citoyens plus dociles?

    Ont-ils besoin d'un Dieu et, si oui, M. Harper doit-il jouer le rôle de catalyseur pour les ramener tous au bercail de la foi en un (ou son) Dieu? Les Conservateurs pensent-ils que le seul moyen de civiliser les gens est de les faire croire en un Dieu?

    Ce serait à lui de répondre à ces questions. Ne lui demandez pas et il pourrait dire qu'il est d'accord de faire payer plus d'impôt au nom de plus d'Équité. Mais il faudrait aussi lui demande c'est quoi l'équité pour lui?

    Tout est question d'interprétation! À lire les résultats de ce genre de sondage, il pourrait bien penser que les citoyens sont comme des vaches à lait, avec en plus un petit côté maso qui pourrait le faire bien rire.

    M. Harper croit-il plus en l'État qu'aux entreprises? De ce point de vue, les entreprises sont-elles créatrices d'emplois ou des Midas dont le but est d'augmenter la cagnotte du capital de ceux qui en ont déjà beaucoup?

  • Jacques Pilon - Abonné 11 avril 2012 06 h 41

    Une valeur canadienne !

    Réduire les inégalités serait une valeur canadienne et pas une question partisanne... Ce qui sous entend qu'il ne s'agit pas d'une préoccupation ponctuelle mais bien ancrée dans nos valeurs, donc qui ne date pas d'hier, même chez les conservateurs [~60%].

    En ce qui me concerne c'est une surprise. Pourquoi faut-il un sondage d'un nouveau think tank (de gauche) pour nous en informer ? Y a t-il d'autres informations du genre que pourraient mettre en lumière d'autres faits étonnants qui nous sortiraient des lieux communs ? Mais surtout, les sondages habituels seraient-ils "commandés" au point de ne pas faire ressortir ce genre d'information ? Curieusement, ce matin, ni le jiournal de Montréal, ni le jiournal de Québec ne parlent de ce sondage...

    • dany tanguay - Inscrit 11 avril 2012 08 h 10

      Je ne comprends pas que vous soyez surpris que les journaux de Québecor ne parle pas des vraies choses.....

    • Jacques Pilon - Abonné 12 avril 2012 06 h 30

      Il va sans dire... C'était ironique...

  • Denis Paquette - Abonné 11 avril 2012 06 h 54

    des gformes de sociétés qui datent du début du monde

    Que les américains soient forcés d'avoir des politiques agressives est une chose, mais que le Canada les copie est imbécile et pas intelligent. C'est méconnaitre les humains et la vie, car ca peut conduire a bien des dérapages. C'est revenir a des formes de sociétés qui datent du début du monde

  • Killian Meilleur - Inscrit 11 avril 2012 07 h 36

    Et voilà

    Et voilà, on commence à comprendre véritablement la direction prise par le néolibéralisme!

    Et nous refusons de devenir un pays de rapaces avec des serres aux quatre coins des membres.

    Il existe des peuples où, lorsqu'on tombe, quelqu'un est toujours là pour nous relever. Il en est d'autres où les malchanceux piétinés se font piller jusqu'aux os de leur cadavre. Et nous voulons faire partie des premiers.

    L'entraide. Sans elle, le tissu social est inexistant.

    Sans elle, seuls l'économie et le droit permettent à l'univers humain de tourner, alors que la philosophie, l'art, l'éducation, la morale, l'éthique, l'environnement et même la Science la plus pure n'ont plus voix au chapitre

    Sans elle, ce même univers n'est rien d'autre qu'une machine, avec des humains qui courent comme des rats prisonniers dans des roulettes jusqu'à l'épuisement total.

    Sans elle, tout peuple finit par s'effondrer sur lui-même.

    On l'a vu avec les mouvements Occupy, l'avenir Néolibéral commence à montrer son véritable visage, une société où l'humain cesse d'être humain pour devenir une ressource, un code barre, un instrument.

    Oui, nous nous opposons à un avenir vide de chacun-pour-soi et de je-m'en-foutisme

    J'aimerais voir le pourcentage de réponses au Québec qui seraient favorables à une augmentation des impôts...

    Ça donnerait une nouvelle perspective à la grève étudiante.

    • Roland Berger - Inscrit 11 avril 2012 12 h 15

      À Killian Meilleur
      J'ose penser que votre dernière phrase (« Ça donnerait une nouvelle perspective à la grève étudiante. ») traduit mal votre pensée. Elle laisse entendre que les étudiants du mouvement actuel manifeste par égoïsme, comme le répètent les chantres de l'éducation-marchandise.
      Roland Berger

    • Killian Meilleur - Inscrit 11 avril 2012 21 h 40

      À Roland Berger

      Vous avez définitivement raison. Il faut que j'arrête de commenter les articles le matin : pas assez de neurones réveillés, chose dangereuse lorsqu'on a qu'une seule chose (la grève) en tête... Merci de l'avoir souligné.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 11 avril 2012 07 h 45

    Les conservateurs ou la dictature de la minorité.

    Surprenant ? Non quand on sait que le gouvernement idéologique réformiste et incompétent qui sévit à l'heure actuelle à Ottawa a réussit à se faire élire par 25% des électeurs possibles.

    L'abstention et la division du vote intelligent a fait le reste et on est collectivement pris pour quatre longues années avec un parti politique qui gouverne pour les lobbys qui le fianancent contre les intérêts de la majorité.

    Et on ose appeler ça la démocratie!