Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette - Mulcair propulse le NPD

Thomas Mulcair fait une bonne rentrée dans le palmarès de la personnalité politique qui ferait le meilleur premier ministre, alors qu'un Canadien sur cinq lui donne son appui.
Photo: Agence Reuters Mike Cassese Thomas Mulcair fait une bonne rentrée dans le palmarès de la personnalité politique qui ferait le meilleur premier ministre, alors qu'un Canadien sur cinq lui donne son appui.

Celui que Bob Rae a récemment qualifié de «mini-Harper» serait-il en voie de supplanter le vrai Harper? Chose certaine, l'arrivée de Thomas Mulcair à la tête du Nouveau Parti démocratique a propulsé le parti dans les intentions de vote, tant au Canada qu'au Québec.

C'est ce que révèle un coup de sonde réalisé par Léger Marketing pour Le Devoir et The Gazette auprès de 1506 Canadiens. À l'échelle nationale, le NPD obtient 33 % des intentions de vote après répartition, soit un point devant les conservateurs — une égalité statistique.

Depuis les élections du 2 mai dernier, les conservateurs ont perdu près de 8 % d'appuis, alors que le NPD a vu son bassin d'électeurs gagner 2,5 %. Quant aux libéraux fédéraux, le sondage montre qu'ils sont redescendus au niveau d'appui plancher obtenu lors du scrutin, soit 19 %. Tous les points obtenus cet automne grâce à la bonne performance de Bob Rae se sont volatilisés.

L'effet Mulcair se fait encore mieux sentir au Québec. Le NPD suivait une courbe descendante depuis la mort de Jack Layton — 43 % d'appuis en octobre, 27 % en mars, selon Léger Marketing. Il remonte aujourd'hui en flèche pour atteindre 47 % d'appuis, un record.

«Il y a très souvent une lune de miel après l'élection d'un nouveau chef, note Sébastien Dallaire, directeur de recherche en affaires publiques chez Léger. La remontée du NPD n'est donc pas surprenante, sauf qu'un bond de 20 points, c'est vraiment spectaculaire.»

Il pense que «les Québécois sont contents du choix des militants du NPD. Ils attendaient de voir qui serait nommé, et l'arrivée de M. Mulcair est perçue comme une bonne nouvelle. Reste à voir si ça peut durer.»

Pour l'instant, le Bloc québécois de Daniel Paillé en paie légèrement le prix (29 %, deux points de moins qu'il y a un mois, mais six de plus qu'en mai), mais ce sont surtout les libéraux et les conservateurs (10 % chacun) qui écopent. Il faut toutefois préciser que la marge d'erreur de cet échantillon régional atteint 4,9 %.

Ce sondage en confirme un autre réalisé cette semaine. Harris Decima accordait alors 32 % des intentions de vote pancanadiennes au NPD, contre 34 % pour les conservateurs et 19 % pour les libéraux. «Il y a une tendance générale depuis quelques semaines, où les conservateurs et les libéraux perdent des points et où le NPD en gagne», résume Sébastien Dallaire.

Thomas Mulcair fait aussi une bonne rentrée dans le palmarès de la personnalité politique qui ferait le meilleur premier ministre, alors qu'un Canadien sur cinq lui donne son appui. Stephen Harper domine avec 26 % et Bob Rae ferme la marche (12 %).

Questionnés par rapport à l'élection de M. Mulcair comme chef du NPD, les répondants indiquent qu'il s'agit d'un bon choix à 39 %. Seulement 10 % des personnes sondées estiment au contraire qu'il s'agit d'un mauvais choix... ce qui laisse 51 % des gens sans opinion, particulièrement à l'ouest du Québec.

Par ailleurs, l'indice de satisfaction à l'égard du gouvernement Harper est en recul de 12 points depuis le mois de septembre (36 % satisfaits, 57 % insatisfaits). Les Québécois sont de loin les plus insatisfaits (76 %).

Budget: oui, mais...

Un deuxième volet du sondage s'attarde à la réception du dernier budget Flaherty, déposé le 29 mars. De manière globale, 35 % des répondants s'en disent satisfaits, contre 45 % qui l'ont au contraire mal reçu. La plus forte approbation vient de l'Alberta (53 %), alors que les Québécois sont ici aussi les plus réfractaires (56 %).

Dans le détail, l'appui au budget se révèle toutefois contradictoire selon les mesures. Ainsi, 70 % des Canadiens sont satisfaits de la réduction de dépenses de 5,2 milliards annoncée dans le budget (20 % d'insatisfaits).

Mais ils apprécient moins l'élimination de 19 200 postes de fonctionnaire (45 % satisfaits, 49 % insatisfaits). Et ils aiment encore moins que l'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse ait été porté de 65 ans à 67 ans (30 % satisfaits et 66 % insatisfaits, surtout chez les 45-54 ans). La réduction de 10 % du budget de Radio-Canada et de CBC partage la population en deux groupes égaux (le Manitoba, la Saskatchewan et l'Alberta étant les plus enthousiastes).

Le seul élément précis à vraiment faire consensus est l'abolition du sou noir, qui réjouit 66 % de la population (surtout les Québécois et les Albertains...).

«Il y a certaines contradictions, note Sébastien Dallaire, mais ce n'est pas inhabituel pour ce genre de questions. Ce qui passe bien, c'est l'idée des compressions. Mais dès qu'on entre dans le concret et qu'on voit les conséquences, ça devient autre chose. D'où les résultats mitigés.»

Le sondage a été mené en ligne auprès de 1506 personnes entre le 2 et le 4 avril. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d'erreur de 2,5 % dans 19 cas sur 20.

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De gauche ou de droite?


Les Canadiens sont-ils majoritairement de gauche ou de droite? Plutôt partagés, mais un peu plus à gauche, révèle une question du sondage Léger Marketing. Un Canadien sur cinq se considère plus à droite, alors qu'un sur quatre se dit de gauche. Au centre, on trouve 26 % des répondants. C'est en Alberta qu'on trouve le plus de gens de droite (36 %) et au Québec et en Colombie-Britannique qu'il y a le plus de gens se revendiquant de la gauche (32 % et 35 %).
45 commentaires
  • Michel Bédard - Inscrit 7 avril 2012 01 h 58

    Le train est bel et bien parti...

    Et ça arrive quand on a une locomotive de qualité...
    Toutes mes félicitations, M. le prochain PM.
    Enfin un politicien inspirant.
    Merci à tous ceux et celles qui ont persévéré
    pour voter 4 tours au congrès à la chefferie.
    Ce fut pénible, mais finalement...
    le résultat fut formidable.

    • pinaute - Inscrit 7 avril 2012 11 h 21

      Un bel enthousiasme prématuré cependant.

  • Yannick Delbecque - Inscrit 7 avril 2012 03 h 52

    Méthodologie douteuse

    Étant donné la très grande influence sur l'opinion publique que peut avoir la publication des résultats de telles consultations, Le Devoir doit s'assurer de la validité de la méthodologie employée avant de publier des articles analysant des résultats de consultation. Il ne peut pas se fier à la firme ayant produit le sondage parce que ces firmes ont des liens politiques importants qui pourait être intéressés par la publication de ces résultats pour leurs effets sur l'opinion publique et sans égards à leur validité. Pour être crédible, la vérification de la validité de ces nouvelles méthodologies doit être faite par des chercheurs spécialisés en statistique.

    • Mathieu Bouchard - Abonné 7 avril 2012 10 h 34

      Aussi, tout arrondissement à l'unité la plus proche crée un biais de ±0,5 (en distr. uniforme) dont les sondeurs ne tiennent nullement compte. Dans le calcul de la probabilité d'égalité statistique, faudrait rajouter ces inconnues sous forme d'une soustraction de deux de ces biais, ce qui fait un flou de ±1 (en distr. triangulaire), qu'on combinerait avec les lois normales des sondages. Mais personne fait ça !

      Même histoire avec les cahiers de lab de chimie au cégep : à chaque fois qu'on arrondissait, on oubliait de compter ça comme une erreur supplémentaire, parce que c'était enseigné de même, et c'est comme ça qu'il fallait faire pour avoir une bonne note.

    • Yannick Delbecque - Inscrit 7 avril 2012 11 h 52

      Mon commentaire a été tronqué (par ma faute). Pour préciser, c'est le paragraphe suivant que semble trompeur:
      « Le sondage a été mené en ligne auprès de 1506 personnes entre le 2 et le 4 avril. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d'erreur de 2,5 % dans 19 cas sur 20. »

      Je suis professeur de mathématiques et je tiens à souligner ce qui me semble une grossière erreur: si l'échantillon n'est pas aléatoire, le calcul de la marge d'erreur n'a aucun sens. Présenter les résultats de ce calcul relève de la désinformation (volontaire ou non) pur et simple : cela créé une fausse impression de validité qui n'est en rien confirmée par ce qui est présenté de la méthodologie. Comme l'échantillon n'est pas aléatoire tout résultats présentés dans cet article sont d'une validité douteuse.

      Ce genre de consultation par Internet semblent être présentées de plus en plus souvant dans les pages des journaux, toujours avec des variantes du paragraphe trompeur que je cite plus haut. Journalistes: soyez plus vigilants !

    • Mathieu Bouchard - Abonné 7 avril 2012 14 h 17

      Je crois que le paragraphe en question n'est pas trompeur, mais que bien des gens savent pas ce que c'est qu'un échantillon « probabiliste » ou pourquoi on dit « aurait ».

      À ce que je sache, les échantillons « non-probabilistes » de des dernières années de certaines maisons de sondage sont conçus en compartimentant des échantillons plutôt probabilistes de façon à réduire la marge d'erreur effective (combinaison de variables conditionnelles avec les statistiques de recensement...). Mais je crois qu'il y a plusieurs facteurs en jeu qui incitent les maisons à ne pas révéler le détail de leur méthodologie : 1. se la faire piquer ; 2. se faire trouver des trous en public qui discréditent la maison. Alors chaque maison essaye de pas en dire plus que les autres.

      Même si ces probabilités conditionnelles baissent la marge, ils nous diront pas jusqu'où ils l'ont baissée, parce qu'il y a un gros bogue méthodologique en plus, qui biaise le sondage d'une quantité inconnue : qui accepte d'être membre d'un panel de sondages, et quels liens y a-t-il avec les opinions politiques ? C'est pire encore que le biais venant du nombre de téléphones par personne, par exemple. Je devine que l'usage d'un panel de sondages économise sur le travail en permettant de piger directement dans des sous-ensembles de la population, au lieu de faire trop de téléphones parce qu'on veut un certain nombre minimum de personnes correspondant à chaque profil...

    • Mathieu Bouchard - Abonné 7 avril 2012 20 h 06

      Erratum : je voulais dire : « c'est pire que le nombre de numéros de téléphone par personne », dans le sens que le bottin téléphonique est juste une approximation de la population.

  • Daniel Houx - Inscrit 7 avril 2012 05 h 07

    Majoritaire

    Quand la gouvernement Harper était minoritaire il devait composer avec les autres partis et avait appris, plutôt bien d'ailleurs, à manoeuvrer entre les écueils. Il se servait de moyens contestables, à mon avis, mais était très habile. Mais depuis qu'il est majoritaire il n'a plus besoin de se cacher derrière un masque et son vrai visage apparaît, prétentieux et intolérant. Il faut cependant s'incliner devant un fait; il réalise ce qu'il a promis.........et même plus; durcissement des peines de prisons, registre des armes à feu et j'en passe. La liste est trop longue.

    Il semble plutôt faire plaisir à l'ouest du pays et négliger le centre et l'est. Serait-il séparatiste dans l'âme et désireux de scinder le Canada en deux pays distinct qu'il n'agirait pas autrement.

  • Sanzalure - Inscrit 7 avril 2012 07 h 45

    Félicitations à Monsieur Mulcair

    Après les élections du 2 mai dernier, plusieurs ont traité les québécois de tous les noms pour avoir voté en bloc pour le NPD. J'avais dit que ce n'était pas si fou que ça puisque logiquement le NPD était le seul parti susceptible de déloger les conservateurs aux prochaines élections fédérales.

    Ce n'est pas encore fait, mais on dirait que c'est dans le domaine du possible.

    Qui vivra verra !

    En attendant, je continue de croire que nous devrions soutenir le NPD même si on est pas d'accord avec toutes leurs idées.

    Serge Grenier

    P.S. À moins d'une remontée spectaculaire du Parti Rhinocéros dans les intentions de vote...

  • Jean St-Jacques - Abonnée 7 avril 2012 07 h 46

    Tout mais plus de Harper

    Si le NPD avec Thomas Mulcair peut nous débarasser de Harper, il aura accompli une bonne action. Harper représente un danger pour le pays avec ses orientations idéologiques.

    • Elena00 - Inscrit 8 avril 2012 11 h 06

      J'abonde dans votre sens. Harper est à revirer le Canada à l'envers.
      F.Desaulniers
      Québec