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    Le confort du voyageur

    14 mars 2012 | Manon Cornellier | Canada
    Hier soir, les députés fédéraux se sont lancés dans un marathon pour adopter un projet de loi spéciale destiné à imposer un mode de règlement des conflits de travail qui opposent Air Canada à ses pilotes, à ses machinistes et employés d'entretien. Pour la deuxième fois en moins d'un an, le gouvernement conservateur a décidé de s'immiscer dans les relations de travail du transporteur aérien au lieu de laisser libre cours à la libre négociation et à ses pendants, les droits de grève et de lockout.

    Et comme l'automne dernier dans le dossier des agents de bord, le gouvernement a eu recours à un stratagème pour empêcher les parties de passer aux actes avant l'adoption du projet de loi. Depuis la semaine dernière, le Conseil canadien des relations de travail a été saisi du dossier. Il doit déterminer si un arrêt de services peut porter atteinte à la santé et la sécurité des Canadiens. Et comme le prévoit la loi, personne ne peut interrompre les services tant que cette décision n'est pas rendue. Or, il y a très peu de chances qu'elle soit rendue avant le dernier vote au Parlement.

    Voilà qui soulagera les voyageurs, surtout ceux des provinces où les écoles sont actuellement en semaine de relâche. C'est d'ailleurs une des raisons que la ministre fédérale du Travail, Lisa Raitt, a données pour justifier son intervention, l'autre étant la fragilité de l'économie.

    Mais les travailleurs, eux, seront en droit de se demander ce qui advient de la libre négociation et de leur droit de grève. Une question que pourront aussi se poser les employés d'autres entreprises soumises au Code canadien du travail. Air Canada est après tout une compagnie privée qui a des concurrents capables de prendre la relève sur une grande partie de son réseau.

    ***

    Une grève causerait des inconvénients, mais c'est le propre d'une grève de déranger. C'est un des rares moyens légaux mis à la disposition des syndiqués pour établir un rapport de force avec la partie patronale. Si l'État intervient chaque fois, aussi bien dire que ce droit de grève est fictif, et la libre négociation collective une comédie.

    Le gouvernement va même plus loin et met indirectement en doute le droit des syndiqués de se prononcer sur un accord de principe conclu entre un comité de négociation et la partie patronale. Comme elle l'avait fait dans le dossier des agents de bord, la ministre Raitt a tenu à souligner que les machinistes avaient refusé un accord de principe — ce qui est leur droit, le comité de négociation étant au service des syndiqués —, mais la ministre en déduit qu'il y a impasse et que le temps est venu de forcer un règlement.

    Mme Raitt avait laissé entendre l'automne dernier qu'il était peut-être temps de procéder à une révision du Code du travail fédéral pour faire en sorte que les conflits ne puissent s'éterniser. Elle citait souvent ce problème des ententes de principe rejetées par les employés.

    ***

    Si le gouvernement veut limiter le droit de grève ou encore le droit des employés de se prononcer sur de tels accords, qu'il cesse d'utiliser des détours, modifie le Code canadien du travail et affiche sans détour ses couleurs. Car il a beau s'en défendre, son parti pris en faveur des employeurs est évident depuis l'élection du 2 mai dernier.

    Ce n'est pas parce que la ministre Raitt interdit le recours au lockout et à la grève qu'elle est neutre, comme elle le prétend. Le contenu de son projet de loi la contredit. Il exige de l'arbitre qu'il impose l'offre finale d'une des deux parties. Il doit aussi choisir des conditions de travail «qui sont compatibles avec celles d'autres transporteurs aériens et qui fourniront à l'employeur la souplesse nécessaire à sa viabilité économique et à sa compétitivité à court et à long terme [et] à la viabilité de son régime de pension, compte tenu de ses contraintes financières à court terme». Nulle part il n'est fait mention des préoccupations des employés. Dans ces conditions, quel intérêt peut avoir l'employeur de retourner à la table de négociations? Il n'y est d'ailleurs pas retourné depuis que le projet de loi est dans l'air.

    La ministre répond que la viabilité de l'entreprise et du régime de pension profite aux employés. Et l'arbitre peut choisir l'offre finale du syndicat, a-t-elle ajouté en point de presse. On veut bien, mais cela ne s'est jamais produit.

    Les employés se sentent tout simplement trahis, raconte le président du syndicat des machinistes et du personnel d'entretien, Marcel St-Jean. Et ils ont raison. Quand, en 2003, la compagnie s'est mise sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, les syndiqués ont accepté de faire des concessions très importantes. Ils l'ont même aidée à obtenir un délai pour combler le manque à gagner du régime de pension. Depuis, certains dirigeants de la compagnie et les actionnaires ont empoché des millions. Et maintenant, déplore M. St-Jean, la compagnie en demande encore à ses employés.

    Tout cela, dit-il, mènera Air Canada vers une défaite à plus long terme. «Ils vont se retrouver avec environ 20 000 employés insatisfaits qui auront perdu leur sentiment de fierté et d'appartenance. Ce ne seront pas de belles relations de travail.»

    En prétendant favoriser le règlement de ce conflit, le gouvernement est en train de créer un terreau fertile pour les prochains.
     
     
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